La semaine dernière, le maire LR de Cannes David Lisnard a officiellement lancé le déploiement de son mouvement politique « Nouvelle Énergie » à l’échelle nationale. Sans officialiser sa candidature, l’élu local a dans son viseur la primaire de la droite puis la présidentielle de 2022. La question est simple : peut-il s’imposer comme une alternative sérieuse dans une droite à la dérive et pourquoi pas, parvenir à la tête du pays ?

La chronique politique de Roland Lombardi.

Un an avant l’échéance, il est bien-sûr trop tôt pour formuler une prédiction réaliste de la composition du second tour de la présidentielle. Surtout que toutes les élections précédentes ont toujours contredit les prévisions des meilleures analyses politiques 12 mois avant le scrutin.

Comment prévoir sérieusement quoi que ce soit sachant qu’au moment où sont écrites ces lignes, nous ne connaissons pas le nom du candidat de la gauche et que chez LR, un candidat n’a toujours pas été désigné. Une primaire sera-t-elle organisée et quelles en seront les modalités de participation ou de votes ? Xavier Bertrand sera-t-il leur champion ou partira-t-il seul ? Eric Zemmour se lancera-t-il finalement dans la course ? Dans quel état sera le pays ?

Ce qui est certain, c’est que nous y verrons un peu plus clair au soir du second tour des régionales le 27 juin prochain. Et surtout, une fois que les résultats seront bien digérés en septembre lorsque la campagne débutera vraiment.

Dans une précédente chronique, j’avais expliqué pourquoi Emmanuel Macron pouvait encore gagner en 2022.

De fait, tout dépend du candidat LR. Si « la droite la plus bête du monde », si prompte à toujours se tirer une balle dans le pied, comme dernièrement en PACA, se choisit comme champion – par le jeu d’une primaire ou pas – un Michel Barnier ou un Xavier Bertrand, le président de la République sortant peut être réélu. Certes plus difficilement qu’en 2017, mais face à Marine Le Pen, le succès est assuré. Même si la majorité des Français ne veulent plus de ce duel, voire de ce duo diront certains…

Dans un contexte de droitisation claire de l’opinion et d’exaspération générale – dont certains cadres LR ne semblent toujours pas se rendre compte –, le seul qui aurait objectivement une infime petite chance de perturber ce scénario serait Bruno Retailleau. Celui-ci bénéficie des réseaux Fillon et peut compter sur la base électorale de l’ancien Premier ministre candidat malheureux avec 20 % des voix en 2017. Mais là encore, ce sera insuffisant. Une candidature solitaire d’Éric Zemmour, avec un score que l’on pourrait estimer aux alentours des 10 % grignoterait éventuellement le score de Marine Le Pen, permettant ainsi au président du groupe LR au Sénat de peut-être se qualifier face à Macron et donc de gagner. Mais cela demeure encore une spéculation très hasardeuse.

C’est ici que le cas Lisnard devient intéressant.

Le scénario cauchemar pour Emmanuel Macron

À condition qu’il soit le candidat désigné des Républicains - pouvant s’appuyer ainsi sur la machine et les finances du mouvement et de son maillage territorial d’élus encore prégnant - le maire de Cannes peut réellement faire la différence. Entouré de Bruno Retailleau, de Valérie Boyer, de Xavier Bellamy, de Julien Aubert et d’Éric Ciotti, ceux qui sauvent encore l’honneur chez LR, David Lisnard peut attirer d’autres talents en dehors du parti et surtout redonner espoir à tout l'électorat de droite désabusé, déçu mais majoritaire dans le pays. Une véritable bouffée d’air frais salvatrice dans le marigot de la politique française actuelle.

Pourquoi ? Car il est par excellence l’anti-Macron et de toutes ses pâles copies.

David Lisnard, 52 ans, marié, père de trois enfants, est diplômé de l'Institut d'études politiques de Bordeaux mais il n’est pas un énarque. L’Azuréen dénote des technocrates et des élites parisiennes car il est issu d’un milieu plutôt modeste et vient lui-même de la société civile. C’est surtout un élu de terrain, connu pour son pragmatisme et ses réussites municipales et apprécié pour ses qualités de gestionnaire rigoureux et de travailleur acharné. Conseiller général puis départemental des Alpes-Maritimes depuis 2008, il est élu maire LR de Cannes en 2014, réélu en 2020 dès le premier tour avec 88 % des voix ! L’édile le mieux élu l’an dernier dans une ville française.

Celui qui entend « lutter contre la folie bureaucratique française » s'est également illustré sur le plan national par son efficacité à Cannes contre la Covid et surtout, sa résistance aux pitoyables diktats et attaques d'Olivier Véran.

Dans « le déclassement général de la France », c’est « le déclassement éducatif qui est le problème le plus inquiétant » pour lui. C’est pourquoi, en homme cultivé, il vient de sortir un livre remarquable, coécrit avec Christophe Tardieu, La culture nous sauvera (Éditions de l’Observatoire, 2021).

Se définissant lui-même comme un « ordo-libéraliste », il veut favoriser « les libres initiatives privées et locales » et « utiliser l’Europe comme un levier de puissance dans le monde ».

C’est par-dessus tout un homme de conviction sans langue de bois qui veut « restaurer l’autorité de l’État », bien moins clivant qu’un Zemmour ou une Le Pen et surtout beaucoup plus crédible qu’un Baroin, un Bertrand et tous les macron-compatibles de son camp.

De belle allure, pourvu d’une classe et d’un charisme certains, David Lisnard tranche également avec ses fades contemporains de par son discours basé sur l’expérience, le concret et le bon sens. Calme mais énergique, toujours positif, il dégage finalement une forme de sincérité. Celle d’un homme ancré dans le réel et toujours soucieux du bien-commun.

Bref, cela nous change nettement du politiquement correct et des éléments de langage d’une com’ présidentielle dégoulinante de bien-pensance et déversée ad nauseam par une caste politique totalement déconnectée.

Mais voilà, en dépit de toutes ses qualités intrinsèques, le porte-parole de l’Association des maires de France est encore trop peu connu des Français. Il le reconnait lui-même : « Pour l’instant, 95 % des gens ne me connaissent pas ».

C’est donc très rapidement que David Lisnard devra adopter la stratégie adéquate, le bon timing et les bons sujets pour rattraper son retard dans ce domaine et s’imposer aux LR comme dans le paysage médiatique français. Car dans notre société hypermédiatisée, un déficit de notoriété pour un politique est un immense handicap. Or, il n’y a jamais d’invariance structurelle en politique, surtout de nos jours où les choses peuvent évoluer très vite et des surprises surgir avec un évènement inattendu, les réseaux sociaux ou les chaînes d’info.

De toute manière, en politique tout est possible et beaucoup de grandes choses ont commencé petitement…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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15/06/2021 - Toute reproduction interdite


Des membres des médias attendent devant le siège du parti politique Les Républicains, à Paris, le 11 juillet 2017.
© Charles Platiau/Reuters
De Roland Lombardi