Avec Épitaphe pour un traître (Ed. Ed2A, 2021), Nicolas Warnery nous plonge dans l'univers secret du renseignement français, à travers un protagoniste chargé de recruter un transfuge russe, alors que la guerre froide touche à sa fin. L'auteur, ambassadeur de France à Hanoï, est un féru et fin connaisseur du monde de l'espionnage. D'où la précision, qui confine au réalisme, de ce premier roman.

Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : « Épitaphe pour un traître » est votre premier ouvrage. Pourquoi un roman d'espionnage, et pourquoi dans un contexte de Guerre froide ?

Nicolas Warnery :
J’ai toujours beaucoup aimé les questions d’espionnage et de renseignement, qu’il s’agisse de livres - comme ceux de John Le Carré ou de Vladimir Volkoff - de films ou de séries comme « Le Bureau des Légendes ». J’apprécie énormément cette ambiance dans laquelle on ne sait jamais qui ment, qui dit la vérité, et où l’on cherche toujours un traître. Il y a deux périodes qui sont l’âge d’or de l’espionnage. D'abord la seconde guerre mondiale, avec les agents britanniques et français du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) et les grandes affaires d’intoxication (fournir de fausses informations à l’ennemi pour le déstabiliser, ndlr) des Allemands sur le lieu du Débarquement. Par ailleurs, lors de la guerre froide, il y a eu des exploits d’un courage inouï accomplis par des agents dont parfois personne ne connaît l’existence ou le nom, et qui se sont sacrifiés pour ce combat de titans entre le monde libre et le monde soviétique de l’époque. Cette dernière période me fascine particulièrement. Trente ans après le coup d’État de 1991 qui va mener à la disparition de l’URSS, j’ai estimé que l’écriture d’un roman dans ce contexte était une bonne manière de fêter cet anniversaire.


Fild : Le personnage principal, Louis d’Arbricourt, est issu d’une famille d’aristocrates ayant accompli de nombreux faits d’armes. Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Nicolas Warnery : Il y a plusieurs aspects. C’est d’abord un personnage de littérature, inspiré de celui de Christian d’Ancourt dans le livre « Le Bracelet de Vermeil », issu de la saga du « Prince Éric » écrite par Serge Dalens. C’est un peu un chevalier boy-scout au cœur pur. Louis d’Arbricourt présente aussi des traits de caractère de certains agents que j’ai pu rencontrer. Même s’il a un côté chevaleresque, il porte un poids sur ses épaules qui est trop lourd pour lui, à savoir la honte de la famille, et il répète un cas de figure survenu lors des générations précédentes. J’aimais bien ce côté famille « vieille France » qui entretient le culte des ancêtres et des souvenirs des faits d’armes. Par facilité, je lui ai donné mon âge, afin qu’il ait les mêmes repères musicaux et littéraires que moi, pour ne pas commettre d’anachronisme. Le monde change tellement vite que, à dix ans près, il est possible de se tromper sur les références ! Et puis j’ai brusquement vu mon personnage dans la figure de Pierre Niney, un comédien que j’aime beaucoup. Je tenais le physique de mon héros. Il a exactement ce visage, ces cheveux noirs, ce regard fiévreux, et ça m’a aidé à le structurer.

Fild : Vous êtes ambassadeur. Quels liens sont amenés à entretenir ceux qui exercent votre fonction avec les services secrets ?

Nicolas Warnery : On a forcément affaire à eux. Il y a deux cas de figure. Si l’on est en poste à Paris, quelle que soit la fonction qu’on occupe, on lit de temps à autre des rapports de situation régionale ou générale émanant de la DGSE. Et si on traite des dossiers spéciaux, on a accès à des bulletins de renseignements précis qui concernent la situation en question traitée par la DGSE. Lorsque vous êtes en fonction, il vous arrive parfois de croiser des agents. Chacun son métier, ils ne font pas le nôtre et nous ne faisons pas le leur, mais nous effectuons la même mission régalienne de défense des intérêts de la France au sens large.

Fild : Votre livre abonde de précisions historiques et militaires. Comment vous êtes-vous documenté ?

Nicolas Warnery : J’ai beaucoup lu et j’ai rencontré un certain nombre de personnes dans les années 1980. Je n’ai donc pas de mérite à utiliser ma mémoire et à restituer des éléments. Il y a beaucoup de clins d’œil, non seulement à des opérations qui ont réellement eu lieu, comme Farewell ou Greenpeace, mais aussi à certains agents précis. Je voulais rendre hommage aux agents de la DGSE comme aux forces spéciales, notamment au 13ème régiment de dragons parachutistes. Au fil des années, j’ai rencontré une dizaine d’anciens officiers de ce régiment, et j’ai en mémoire un certain nombre d’anecdotes. Ces éléments m’ont permis de décrire quelques opérations dans le roman, sans rien révéler de confidentiel. J’ai toutefois dû vérifier et compléter ce que je disais, afin d’être précis et d’éviter de commettre des erreurs. Je voulais que ce roman soit le plus réaliste possible, et qu’il montre aux lecteurs à quoi ressemble la vie de ces personnes.

01/09/2021 - Toute reproduction interdite


Nicolas Warnery
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