Si une grande partie de la profession n’est fort heureusement pas à blâmer, ici et là certains « margoulins » franchissent allègrement la ligne jaune. Le développement des réseaux sociaux ne fait qu’aggraver la situation, et les arnaques se multiplient.

Enquête de Frédéric Andréa

Outre l’aspect psychologique des femmes et des hommes qui veulent avoir recours à la médecine esthétique – dois-je le faire ? pourquoi le faire à mon âge ? - il y aussi un questionnement quasi-philosophique. La grande psychanalyste Anne Dufourmantelle, aujourd’hui disparue, trouvait « inquiétant l’engouement pour la médecine esthétique » : « La standardisation des corps a de quoi faire peur », écrivait-elle.[1] D’autant qu’une nouvelle patientèle est apparue sur ce marché juteux : les adolescents, qui ont de plus en plus souvent recours à ces traitements esthétiques.

Pour Pierre Alain Mayeux, ancien président du Syndicat d’Esthétique Médicale Multi spécialités, « nous avons affaire à un vrai problème de société, et j’ai la nette impression que tout le monde s’en moque. Je vois arriver dans mon cabinet un tas de jeunes gens qui se sont fait avoir ». La difficulté que nous avons eu à entrer en contact avec les autorités sanitaires sur le sujet est un signe de ce malaise.

Si une grande partie de la profession n’est fort heureusement pas à blâmer, ici et là, certains « margoulins » franchissent allègrement la ligne jaune.

Pour rassurer les consommateurs et « faire plus sérieux », des établissements spécialisés avancent sur le devant de la scène en s’abritant derrière le caractère essentiellement médical de leur activité. Une façon de se donner une respectabilité tout en trompant son monde. Le « médical » vient masquer une activité commerciale très juteuse.

Ces messages affichés sur le site internet de deux centres spécialisés sélectionnés parmi d’autres en sont un parfait exemple : « L… vous assure des traitements médicaux sûrs, non invasifs et à la pointe de l’innovation, pour un maximum d’efficacité et de confort. (...) », « Votre prise en charge au Centre BT… est réalisée par une équipe médicale compétente et spécialisée dans l’épilation laser, des médecins et techniciennes ayant plus de 10 ans d’expérience dans ce domaine »

Et ce n’est pas l’une des moindres ambiguïtés de cette activité : on retrouve la présence de ces acteurs et de ces sociétés pas tout à fait comme les autres sur le réseau médical Doctolib. C'est l'un des aspects du problème que nous avons évoqué dans le premier volet de cette enquête : la médecine esthétique n’est absolument pas une spécialité médicale au même titre que la dermatologie ou la chirurgie.

Pour le docteur François Perrogon, Président de l’Association pour l’Information Médicale en Esthétique (AIME), « les escrocs, on les reconnaît à leurs titres souvent pompeux, à la manipulation qu’ils cherchent à exercer sur vous en essayant de vous séduire, au fait qu’ils répondent vaguement à vos questions, qu’ils tentent de vous fourguer d’autres traitements » . Ce médecin est d'ailleurs catégorique : il n’existe pas de diplôme officiel reconnu en médecine esthétique. Le fondateur de AIME, une association qui informe le public sur les pratiques douteuses de la profession, n’utilise guère la langue de bois. Selon lui « l’utilisation exagérée de ce titre de « médecin esthétique » doit mettre la puce à l’oreille ». Il existe cependant des formations spécifiques comme le diplôme universitaire délivré par l’université de Paris à des médecins et des chirurgiens français et étrangers soucieux de se familiariser avec les lasers à « visée esthétique ».

Digitalisation de la médecine esthétique

Face à la démocratisation de la médecine dite esthétique - différente de la chirurgie par une pratique beaucoup moins lourde et moins invasive - les propositions d’intervention se sont multipliées grâce aux réseaux sociaux.
Un petit tour sur Instagram permet de s’en rendre compte : n’importe qui peut s’improviser spécialiste du laser. Injection de Botox (un produit désormais interdit) ou d’acide hyaluronique ou de Belkyra Kibella, épilation totale ou partielle au laser, Peeling : tout est envisageable, ou presque. À n’importe quel prix et dans n’importe quelle condition. Le consommateur évolue dans une jungle et un jargon plus ou moins compréhensible. Il est parfois difficile de s’y retrouver et facile de se laisser abuser.

Plus grave encore : en mai 2021, TF1 diffusait un reportage dans lequel les responsables d’une agence marketing avouaient créer de « faux profils » avec de « faux avis » et de « fausses photos » pour attirer un public jeune et les orienter vers de « vrais » cabinets spécialisés dans la médecine et la chirurgie esthétique. Un vrai scandale.

Comment se protéger ?

Si l’on veut à tout prix se refaire une beauté ou se redonner un coup de jeune, il faut avant tout faire preuve de prudence. Prendre conseil auprès de son médecin généraliste ou d’un dermatologue. S’adresser, pourquoi pas, à un chirurgien esthétique, y compris pour des soins légers. Il faut également bien étudier le profil et la réputation de tel et tel centre spécialisé. De tel « spécialiste ». Une injection d’acide hyaluronique ou une séance de laser ne sont pas des traitements neutres. Pour la santé comme pour les finances, d'ailleurs. Certains tarifs pratiqués sont parfois prohibitifs, et il vaut mieux comparer ceux pratiqués par différents établissements plutôt que de faire un trou dans son porte-monnaie.

Pour aller plus loin

Association AIME , 4 rue Pajol 75018 paris

01 42 09 41 10

« Bref j'ai fait de la médecine esthétique » de Nadine Coll et Alexandra Favre Editions de la Martinière, 2012 .

[1] Cité dans « Bref j'ai fait de la médecine esthétique » de Nadine Coll et Alexandra Favre Editions de la Martinière.

14/10/2021 - Toute reproduction interdite



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