Analyses | 19 août 2020

Cyclisme et géopolitique : Froome chez Israël Start-Up Nation

De Antoine Grynbaum
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A l'image du Qatar et de l'Arabie Saoudite, le petit état hébreu a décidé d'investir dans le sport. Une grande étape a été franchie cet été avec la signature de Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France chez l'équipe cycliste Israël Start-Up Nation.

                                                                                         L'analyse d'Antoine Grynbaum

 

La première pierre avait été posée il y a 2 ans lors du Tour d'Italie 2018, démarrant en Israël avec 3 premières étapes dans les rues de Jérusalem, autour de la vieille ville, puis passant par Tel Aviv et Eilat, avec la volonté de booster le tourisme, et d'accroitre la pratique du vélo dans le pays. Les vraies raisons sont toutefois un peu différentes : ne plus laisser Doha, Riyad et ses voisins du Golfe accaparer la sphère sportive.

Avec le PSG - l'autre ambassade du Qatar à Paris -, les Saoudiens et leur Dakar et les grands matchs de foot organisés dans la péninsule arabique, Tel Aviv a bien compris l'intérêt d'investir dans le sport. D'après plusieurs sources, l'état hébreu aurait ainsi déboursé 10 millions pour s'offrir cette publicité planétaire et cette belle carte postale cycliste.

Preuve de l'importance stratégique de l'évènement, le Premier Ministre Benyamin Netanyahou, avait même « mouillé le maillot », pédalant dans une vidéo publicitaire. Coup de pédale, et coup de com évidemment...

Mais l'organisation de ces 3 premières étapes en terre sainte avait été semée d'embuches géopolitiques, les équipes Barhain-Merida et UAE (Emirats arabes unis) dont les pays ne reconnaissaient pas l'existence d'Israël à l'époque, avaient menacé de boycotter l'évènement, avant de se raviser.

Un proche du pouvoir aux commandes  

A l'origine de cette offensive sportive, un homme d'affaires influent, Sylvain Adams, d'origine canadienne, et désormais installé en Israël. Passionné de cyclisme, ce fils de rescapé roumain de la Shoah, crée en 2015 l'Israel Cycling Academy, qui deviendra plus tard l'équipe Israël Start-Up Nation, en hommage à la nation start-up.

« Israël est ma marque. Je veux la promouvoir. Je suis fier de mon pays et fier de voir Israël sur le maillot », déclarait le milliardaire au printemps dernier, lors de la présentation de son équipe. Mais il manquait encore à ce moment-là la star, le Neymar du cyclisme, leur Neymar à eux.

Et début juillet, a donc eu lieu l'annonce surprise et fracassante : Chris Froome, la vedette qui parle au monde du sport et bien au-delà, vainqueur du Tour de France en 2013, 2015, 2016 et 2017, portera le maillot bleu ciel et blanc, à partir de l'année prochaine...

Et qu'importe si le Britannique, 35 ans, est en fin de carrière et a été mêlé à plusieurs reprises à des affaires de dopage. Il n'est ici nullement question de morale, mais de géopolitique : faire briller l'étoile de David et le drapeau israélien partout dans le monde grâce à l'exposition télé des grandes courses cyclistes... D'ailleurs, d'ici quelques jours, à partir du 29 août, les coureurs de la formation israélienne seront à pied d'œuvre pour représenter au mieux leurs couleurs dans ce Tour de France 2020 post-covid, mais sans Froome, non-sélectionné par Ineos, son équipe actuelle, pour insuffisance de résultats.  

 

20/08/2020 - Toute reproduction interdite.

 


Des coureurs s'affrontent sur une route principale près de Netanya, en Israël.
Ronen Zvulun/Reuters
De Antoine Grynbaum

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