Les derniers « bataillons » de blouses blanches cubaines viennent d'arriver en Andorre, où ont atterri 39 professionnels de santé (médecins et personnel paramédical) pour endiguer la propagation du Covid-19. Un contingent qui s’ajoute à la cinquantaine d'infirmiers et médecins cubains envoyés d'urgence dans les hôpitaux italiens. Par Francis Mateo 

À coup sûr, si la lutte contre la pandémie est une guerre, le corps médical cubain y tient la place de troupe d'élite ! Le lexique martial dont abusent les dirigeants politiques pour se donner des allures de chefs face à la crise sanitaire convient d'ailleurs ici parfaitement, puisque le régime castriste use véritablement de cette stratégie humanitaire comme d'une une arme diplomatique.

En d'autres termes, la médecine est devenue le meilleur soft power de Cuba. Au point d'apparaître comme un recours planétaire, alors que le pays est exsangue économiquement, et plus que jamais isolé politiquement depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Ce tour de force s'explique d'abord par de réelles compétences en matières médicale et pharmaceutique, avec notamment des traitements développés dans les laboratoires de l’île... pour pallier justement les contraintes de l’embargo des États-Unis ! Ainsi est née la Mélagénine, médicament extrait du placenta humain pour le traitement du vitiligo, l’une des grandes spécialités de la médecine cubaine. L’innovation mondiale la plus spectaculaire dans ce domaine concerne les vaccins baptisés CIMAvax-EGF® et VAXIRA®, permettant de lutter de manière thérapeutique et non préventive contre le cancer du poumon dit « non à petites cellules » en phase avancée.

Une bonne affaire

Une solution « made in Cuba » contre le coronavirus ne pouvait donc pas manquer : l’Interferon alpha 2b utilisé en Chine pour lutter contre le virus Covid-19 a été élaboré par le laboratoire cubain BioCubaFarma ; un médicament également produit en Chine par la société sino-cubaine ChangHeber (basée à Changchun). Les troupes médicales cubaines partent donc en mission internationale avec des « munitions », et en nombre : au total 28.729 médecins et infirmiers cubains sont présents dans cinquante-neuf pays (1), dont une douzaine où ils ont été envoyés précisément pour combattre le coronavirus.

Au-delà de la dimension diplomatique (l'appel de Donald Trump à refuser l'aide médicale cubaine en est une preuve supplémentaire!), ce rayonnement sanitaire représente une rentrée de devises essentielle pour Cuba. Selon des sources ministérielles, le chiffre d'affaires de ces « services médicaux » représenterait quelque 3 milliards de dollars par an. Une somme qui comprend les ventes de médicaments et les prestations facturées selon des règles léonines : l’État perçoit directement entre 3.000 et 5.000 dollars par mois pour chaque « collaborateur » médical, et reverse un salaire mensuel moyen de 50 dollars à ces mêmes médecins et infirmiers. La tractation peut varier en fonction des liens politiques avec les pays, parfois sous forme d'échange de « marchandises » (médecine contre pétrole par exemple avec le Venezuela), voire des interventions gratuites pour les pays les plus pauvres (comme le Surinam ou Haïti).

À Cuba, un système de soins à l'agonie

Cette « diplomatie sanitaire » représenterait ainsi la troisième principale source de revenus pour Cuba, après les « remesas » (argent envoyé par les Cubains de l'étranger) et le tourisme. Que ce soit sur le plan politique ou économique, Cuba sait donc marchander ses bons services sanitaires.

Mais attention : avoir une bonne médecine ne signifie pas disposer d'un bon système de soins ! Il existe certes des cliniques qui prodiguent les meilleurs traitements à Cuba, notamment La Pradera près de la Havane, mais réservées aux apparatchiks du régime castriste, aux dirigeants des « pays frères » (comme ce fut le cas avec Hugo Chavez) ou à de riches touristes ayant les moyens d'accéder à une offre à laquelle le Cubain moyen ne saurait rêver.

Pénurie de médicaments, matériel vétuste, bâtiments délabrés... le système sanitaire sur l'île est à l’image de l'économie du pays : ravagé. Ce qui entraîne un autre paradoxe : alors que les médecins cubains sont envoyés dans le monde pour lutter contre la pandémie, les autorités locales doivent prendre des mesures préventives pour éviter une propagation qui pourrait être désastreuse sur l'île, en raison des insuffisances sanitaires. De fait, tous les étrangers non-résidents ont dû quitter Cuba avant la fermeture des frontières et la réalisation de tests de détection du coronavirus à grande échelle. Une politique qui semble efficace jusqu'ici .

02/04/2020 - Toute reproduction interdite


L'agent de santé Mari Garcia attend à la porte d'une maison pour contrôler une famille dans un contexte d'inquiétude concernant la propagation de l'épidémie de coronavirus dans le centre-ville de La Havane, le 30 mars 2020.
Alexandre Meneghini /Reuters
De Francis Mateo