Pierre Marès est professeur de médecine à la Faculté de Montpellier-Nîmes. Spécialiste en gynécologie obstétrique reconnu internationalement, il est président de différentes associations, en particulier de dépistage des cancers.  Médecin de terrain et humaniste, il nous transmet cette tribune dans laquelle il explique que malgré la pandémie, il est temps d'assurer une reprise de l'activité économique et de la vie en société. Pour reprendre notre destin en main.

             Tribune.

L'arrivée de la Covid a bouleversé nos quotidiens, nos habitudes et nos organisations, tant sociales que médicales. Avec la mise en place de l'état d'urgence sanitaire, des dispositions exceptionnelles ont été proposées, à l'instar du confinement, pour réduire la diffusion de l'infection.

À ce jour, et de façon globale, deux éléments semblent émerger :

1 - le virus ne disparaît pas et n'obéit à personne. Il va donc falloir vivre avec lui pendant plus longtemps et ce n'est pas nous qui déciderons du moment de son départ !

2 - la répercussion de cet état d'urgence et ses conséquences, contraignant chacune et chacun d'entre nous, a un impact négatif sur l'activité économique, l'activité sociale et médicale.

Une multitude d'acteurs de la vie sociale n'ont plus d'activité : l'économie aérienne, la culture, la restauration, les entreprises dites non essentielles, les associations sportives, les métiers du tourisme - et cette liste n'est malheureusement pas exhaustive -.

Ils sont pour beaucoup au bord de la faillite économique et de l'épuisement psychologique, malgré les aides de l'État.

Rappelons quelques éléments de situation dus à la pandémie :

- Le dépistage des cancers a diminué de 50 % dans certaines régions pour le cancer du sein et du colon en 2020 par rapport à 2019. Autant de lésions qui seront diagnostiquées tardivement avec des traitements plus lourds et des séquelles plus graves. Cela traduit, entre autres, la dimension anxiogène qui impacte toutes les franges de la société avec des situations interpersonnelles complexes, parfois même avec des violences. Le confinement et l'augmentation du télétravail ont été également un facteur d'accentuation de ces problématiques.

- Dans les secteurs industriels encore en activité, les ruptures de stock sont de plus en plus fréquentes en raison du chômage partiel qui réduit l'activité des sous-traitants, et par ricochet, la crise sanitaire impacte l'ensemble des acteurs économiques, du premier au dernier maillon de la chaîne.

- La bienveillance proposée pour les anciens est-elle si bienveillante ? Ne vaut-il pas mieux vivre en gardant un contact avec ses proches, en respectant les règles « barrières » ? Peut-être même aller jusqu'à faire face à la mort, mais alors mourir entouré des siens plutôt que de mourir seul... Et ceci aussi bien pour les uns (les anciens) que les autres (les plus jeunes).

Dans ce contexte, quel vécu pour les jeunes générations confrontées parfois à une certaine incompréhension avec leurs anciens, tout en devant faire face à leur avenir économique sans visibilité et à la problématique d'une dette qui leur faudra immanquablement rembourser ?

Quelles perspectives d'avenir à envisager et quel sens peut-on donner à la solidarité dans cette société qui oublie sa jeunesse ?

On comprend clairement que personne ne dispose de la méthode sociale ou de la thérapeutique médicale, qui va, à elle seule, résoudre le problème.

De l'hygiène de vie au traitement de première ligne avec les mesures barrières, jusqu'à la vaccination, tous les traitements peuvent avoir un rôle et devraient être associés.

N'est-il donc pas temps de fédérer tous les moyens sociétaux, préventifs, thérapeutiques ? En d'autres termes tous les moyens humains disponibles pour lutter contre cette infection qui revêt autant de formes qu'elle suscite de commentaires, et pour laquelle toutes les affirmations successives ont été remises en cause. N'est-il pas temps d'assurer une reprise de l'activité économique et de la vie en société, source de confiance en l'avenir et de notre capacité à aller de l'avant ?

Soyons vigilant à l'encontre de ces blessés économiques de la crise de la covid 19, que leur énergie de travail et leur volonté de faire évoluer notre société ne soit pas écrasée ou mise de côté.

Au contraire, canalisons et unissons cette énergie pour construire un avenir, même si des risques existent ! C'est ce qu'on fait toutes les générations avant nous.

09/02/2021 - Toute reproduction interdite


Sur une plate-forme du tramway de Nice, des gens se tiennent sur des cercles pour respecter la distanciation sociale le 11 mai 2020.
Eric Gaillard/Reuters
De Fild Fildmedia