Economie | 2 avril 2020

Covid-19 : Un chef d'entreprise témoigne de ses difficultés face à la crise.

De GlobalGeoNews GGN
3 min

Hervé Rousseau est intermédiaire en opérations de crédit et entrepreneur à la tête de trois agences de courtage. Il revient sur l'impact de la crise sanitaire et économique liée au Covid-19 sur son activité. Propos recueillis par Souleiman Sbai.

La crise sanitaire que nous traversons a manifestement eu (et aura certainement) de lourdes conséquences économiques. Comment se traduisent-elles pour un chef d'entreprise comme vous ?

Avant la crise, mon domaine d'activité était florissant, et depuis l'achat de mes agences en 2015 nous avions une croissance à deux chiffres. Nous surfions sur une économie favorable avec une forte demande et une offre dynamique. En ce début d'année, nous avions un taux de rendez-vous avoisinant les 50 par mois et par agence, et le 16 mars, nous sommes tombés à une moyenne de 4 rendez-vous par semaine avant d'atteindre le chiffre de zéro ces derniers jours. À partir du moment où nous n'avons plus d'entrants, nous n'avons plus de chiffre d'affaires. Un phénomène aggravant réside dans le fait que nos affaires en cours se sont retrouvées bloquées, car certaines banques ont adopté le confinement. De plus, les notaires qui signent habituellement les actes ont du jour au lendemain également suspendu leur activité. Nous avons donc peu de perspectives car peu d'entrants, et pas de facturation possible liée à nos dossiers en cours puisque la chaine est rompue. Cela s'est traduit par les résultats suivants : - 50% pour le mois de Mars car la crise est arrivée en milieu de mois, et probablement des résultats qui avoisineront les - 70, - 80% pour le mois d'Avril étant donné que le confinement devrait être prolongé au moins jusqu'au 15 Avril. Nous nous posons donc la question du comment nous allons pouvoir payer nos charges, les salaires et rembourser nos emprunts. Pour fonctionner, une entreprise s'engage et s'oblige sur le moyen long/terme. Or le moyen/long terme sont plus qu'obscurcis à l'heure actuelle.

Il semblerait que certains secteurs soient davantage affectés et vulnérables. Qu'en est-il du votre ?

Monsieur Macron a décidé de fermer les commerces non-indispensables tels que les bars, restaurants, cafés ou par extension les salons de coiffure. Si l'on s'attarde sur l'exemple du coiffeur, celui-ci ne peut exercer en raison de la forte proximité avec ses clients et se retrouve à faire face, comme moi, à une forte diminution du chiffre d'affaires. En revanche, quand le confinement sera terminé, le coiffeur pourra immédiatement reprendre son activité et enregistrer une hausse de son chiffre d'affaires. Les choses sont différentes pour mon activité. Elle a des projets d'investissement de mes clients qui devraient très probablement être secoués. L'épidémie influence directement la sérénité et la bonne santé économique de nos clients. Un secteur comme le mien directement lié à la confiance des agents économiques est donc beaucoup plus affecté par la crise actuelle. À supposer que le confinement s'arrête entre Avril et Mai, les 6 mois suivants s'annoncent probablement compliqués pour nous et certainement pour beaucoup d'acteurs économiques.

Quelles décisions avez-vous prises pour vous adapter à cette situation d'exception et pour protéger votre entreprise ?

Le gouvernement a mis en place plusieurs dispositifs d'accompagnement des entreprises. Il y a deux mesures phares par lesquelles je suis directement concerné : d'une part la prise en charge par la sécurité sociale de l'arrêt de travail des salariés contraints de garder leurs enfants de moins de 16 ans concernant deux de mes salariés, et d'autre part le chômage partiel qui concerne six de mes salariés. Le gouvernement a promis qu'il prendrait en charge une partie de la rémunération des personnes concernées par le chômage partiel. J'ai par ailleurs demandé à mes salariés d'essayer de maintenir un lien avec les clients pour avancer sur les dossiers en cours. Nous essayons également de faire de la prospection téléphonique pour essayer de trouver des opportunités d'affaires. L'idée est donc de ne pas s'endormir et de garder un maximum de liens avec nos réseaux pour trouver du « business résiduel » et préparer l'après crise.

Emmanuel Macron a annoncé un plan de soutien de 300 milliards d'euros aux PME pour faire face à la crise. Que pensez-vous de cette mesure ?

Nous avons pour l'instant peu de visibilité car les mesures économiques viennent tout juste d'être adoptées. Le PGE (Prêt garanti par l'État) qui est une possibilité d'emprunt proposée par l'État peut être très intéressante. Il faut toutefois souligner que ce plan est réservé aux entreprises qui n'étaient pas fragilisées avant l'épidémie. Ce dispositif est réservé à des entreprises « saines », présentant des comptes annuels avec des résultats d'exploitation et des fonds propres positifs. Pour vous donner un ordre d'idée, on peut obtenir du gouvernement une ligne de trésorerie équivalente à 25% de notre chiffre d'affaires. Ce qui est plutôt significatif. Dans ma situation, je pourrais donc prétendre à obtenir 250 000 euros de ligne de trésorerie qui sera distribuée par les banques, et garantie par BPI (la Banque Publique d'Investissement). Il s'agit d'une mesure extrêmement intéressante puisque j'avais estimé mon besoin de trésorerie entre 100 000 et 150 000 euros pour les 6 prochains mois. Le plan de soutien me permettrait donc de garder mes équipes et de préparer le rebond.

31/03/2020 - Toute reproduction interdite


Le quartier d'affaires déserté de La Défense alors que le verrouillage est imposé pour ralentir la propagation de la maladie à coronavirus (COVID-19) à Paris, France, 18 mars 2020
Benoit Tessier /Reuters
De GlobalGeoNews GGN

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