Comment les personnes souffrant de pathologies psychiatriques et de handicap mental sont-elles prises en charge dans les ‘’foyers de vie’’ qui les accueillent ? Explications avec Stéphanie Courtade, psychiatre libérale en région parisienne. Propos recueillis par Victoire Razavi

GGN : En quoi le covid-19 représente-t-il un risque plus important pour les personnes atteintes de troubles psychiques ?

Stéphanie Courtade : Ils ne sont pas plus à risques mais ils sont plus vulnérables sur le plan des mesures de prévention car il est plus compliqué de leur faire entendre les méthodes de précaution. Certaines personnes ne sont pas à même de comprendre et de s’adapter à la situation. Imposer des gestes barrières est plus difficile pour ceux qui souffrent de troubles psychiques. Il est par exemple difficile de protéger les grands autistes qui ont une approche du monde sensorielle, et qui ont besoin de toucher beaucoup plus de choses.

GGN : Les foyers de vie sont-ils bien équipés pour faire face aux Covid-19 ?

Stéphanie Courtade : Non, pas du tout. Les éducateurs sont un peu sensibilisés à la culture sanitaire mais ce n’est pas le cœur de leur métier. On leur apprend à être proches des patients et non pas à prendre des distances avec eux. Donc, les réflexes, comme les parcours d'asepsie, sont difficiles à acquérir en si peu de temps avec la population à laquelle ils sont confrontés. Il faut leur faire comprendre les règles d’hygiène simples, comme enlever leurs bijoux par exemple. De plus, aucun médecin ne se déplace en ce moment, et les résidents ne peuvent plus aller chez ces derniers. Le SAMU peut intervenir, mais en général au dernier moment. A ce jour, je n’ai toujours pas trouvé d’unité mobile spécifique au Covid-19 qui se déplace dans des foyers de vie. Je suis donc en train de monter une unité mobile de médecine générale spéciale Covid-19 dans le milieu de la déficience mentale, puisqu'elle n'existait pas.

GGN : Comment faites- vous respecter les mesures d’hygiène dans les foyers de vie ou d’accueil ?

Stéphanie Courtade : C’est très variable d’un lieu à l’autre, et c’est aussi lié à l’architecture. Si les bâtiments sont isolés des uns d’autres et si les mêmes équipes d’éducateurs vont aux mêmes endroits, alors on limite les contaminations. En fait, ce sont souvent les résidents les plus autonomes qui sont le plus touchés, car ce sont ceux qui sont les plus mobiles.

GGN : Quelles consignes spécifiques les personnels appliquent-ils avec les malades ?

Stéphanie Courtade : Comme je vous l’ai dit, la culture sanitaire n’est pas au cœur du métier des éducateurs. Ils doivent donc réorganiser leur façon de travailler. Ils sont obligés de distinguer les résidents qui sont malades des potentiellement malades. Ils doivent aussi surveiller les résidents qui ont de la fièvre individuellement.

GGN : Comment des personnes atteintes de troubles psychiques vivent-elles le confinement ?

Stéphanie Courtade : Cela dépend des personnes. Certaines se trouvent soulagées, à l’instar des autistes qui peuvent être renfermés sur eux-mêmes, car cela peut les aider à sortir temporairement de leur anxiété. A l’inverse, des personnes souffrant de problèmes d’addiction le vivent très mal. Des personnes en manque, souffrant de sevrage aigu, peuvent même en mourir.

14/04/2020 - Toute reproduction interdite


Engin Akgurt
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De GlobalGeoNews GGN