Les médicaments contre le Sars-CoV-2 tardent à arriver sur le marché. Ce retard contraste avec la rapidité d'élaboration et de distribution des vaccins, prioritaires dans la stratégie de lutte contre la pandémie. Les possibilités de recours aux traitements auraient-elles été négligées ? Et pourquoi ?

Une enquête de Francis Mateo

 

 

Un an et demi après le début de la pandémie de Sars-CoV-2, il n'existe toujours pas de traitement officiellement reconnu comme tel pour lutter efficacement contre la Covid-19. Il n’y a pas en tout cas de médicament disponible sur le marché, même si les essais cliniques en cours devraient permettre de disposer prochainement de solutions médicinales. Cinq traitements pourraient être disponibles en Europe à partir de l'automne prochain, dont des prescriptions d'anticorps monoclonaux qui sont parmi les solutions les plus prometteuses. Le XAV-19 du laboratoire français Xenothera, est l'un de ces premiers médicaments contre la Covid-19. Il est actuellement testé en phase II/III dans 35 hôpitaux de France, et dans six autres pays européens. Ces traitements à base d’anticorps sont généralement des sérums conçus pour agir directement sur le virus avant que l’organisme du patient n’ait sa propre réaction immunitaire. Ce sont des antiviraux dont le but est de prévenir l’aggravation de la maladie. Pour être efficaces, ils doivent donc être administrés dans les cinq premiers jours après l’apparition des symptômes.

D'autres solutions sont à l'étude en Europe, dont un spray anti-Covid élaboré en Espagne à partir d'une molécule brevetée par le docteur Ezio Panzeri sous le nom de ICEP4. Elle protégerait également l'organisme dès que le virus atteint l'épithélium - c'est à dire précocement - pour ralentir, voire empêcher l'infection, comme le confirment les tests cliniques en cours. Là aussi, il est difficile d'envisager une mise sur le marché avant le mois d'octobre ou novembre prochain. Mais ce traitement par spray nasal ouvre la voie à une solution à la fois efficace et naturelle contre le virus. Au-delà de la pandémie, ce sera aussi un médicament contre tous types de virus à ARN (acide ribonucléique), également efficace contre la grippe saisonnière. « Ce qui est important, c'est que les variations du virus n'affectent pas les résultats du traitement, évidemment déjà testé sur le variant « delta » (ou variant « indien », ndlr). Quelle que soit l'évolution du Sars-CoV-2, le médicament restera donc efficace », assure le docteur Iván Galindo, directeur exécutif du laboratoire espagnol WorldPathol, qui développe ce spray nasal.

Le débat sur l'hydroxychloroquine reste ouvert

Les médicaments contre la Covid-19 sont d'autant plus attendus que la politique vaccinale semble atteindre ses limites : à cause des réticences d'une certaine partie de la population à se faire vacciner, mais aussi parce que le vaccin ne parvient pas à contenir totalement la propagation du virus. En témoignent les exemples de la Grande-Bretagne et d'Israël, où les contaminations repartent à la hausse malgré des taux records de vaccination. N’y aurait-il n'y a pas eu d'erreur stratégique de la part de l’Agence européenne du médicament, qui n'a visiblement pas donné la même priorité aux traitements par rapport aux vaccins ?

Surtout, il faudra bien savoir pourquoi des solutions thérapeutiques ont été rejetées de façon parfois douteuse. Revenons sur la « bataille d'Hernani » de l'hydroxychloroquine défendue par le professeur Didier Raoult et son équipe de l'IHU de Marseille. La prescription de cette molécule avait été autorisée pour les patients hospitalisés avec des formes sévères d'infection. Mais le 22 mai 2020, la célèbre revue scientifique The Lancet a publié une étude sur les risques liés à la prise de chloroquine (augmentation de la mortalité et risque d’arythmies cardiaques). Conséquence : tous les essais cliniques alors en cours utilisant de la chloroquine ont été immédiatement stoppés. Mais l’étude a été rapidement retirée, faute de crédibilité. D’autres études du même type ont suivi le même procédé, mettant en doute l’efficacité et l’innocuité de l’hydroxychloroquine... avant d'être retirées !

Officiellement, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère que ce traitement n’a que « peu ou pas d’effet » sur l’état de santé des patients hospitalisés pour cause de Covid-19 et déconseille cette thérapeutique. De même qu'elle juge « peu efficace » le fameux antiviral Remdesivir (du laboratoire Gilead), qui avait pourtant été présenté comme un remède miracle.

Vers une judiciarisation des directives médicales ?

Pour autant, la chloroquine reste utilisée, en association ou non avec l’antibiotique azithromycine, dans plusieurs pays du monde, notamment en Afrique. Une réalité qui fait réagir le Pr. Didier Raoult sur sa chaîne YouTube : « L'idée que l'on interdise l'usage de médicaments qui sont anodins ou que l'on essaie de faire croire qu'ils sont toxiques contre toute évidence, alors que ça marche, c'est l'un des plus grands mystères que j'ai connus... Comment a-t-on pu faire croire qu'un médicament qui a dû être prescrit cinquante milliards de fois, la chloroquine et l'hydroxychloroquine, était d'une toxicité telle ? Comment a-t-on pu faire croire cela ? C'est inouï ! »

Le professeur de l'IHU de Marseille ne milite pas seulement pour l'utilisation de l'hydroxychloroquine. Il plaide également en faveur d'un autre traitement à bas coût qui a subi à peu près le même sort : l'Ivermectine, interdite dans certains pays... et recommandée dans d'autres (comme en Inde ou en Argentine). Le 25 mai, l'Indian Bar Association (IBA) a d'ailleurs intenté une action en justice contre le Dr. Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l'OMS, l'accusant d'avoir causé la mort de citoyens indiens en les trompant sur l'Ivermectine. À l'instar de ce qui s'est passé en France avec l'hydroxychloroquine, le médecin de l’OMS est accusé d’avoir diffusé un tweet trompeur le 10 mai 2021 contre l'utilisation de l’Ivermectine. À la suite de ce message alarmant, l'État du Tamil Nadu a retiré l'Ivermectine du protocole de traitement contre la Covid-19.

l'Ivermectine est un médicament bon marché prescrit comme antiparasitaire, mais particulièrement utilisé contre la Covid-19 en Inde, où les résultats de ce traitement préventif seraient spectaculaires selon le site d'informations scientifiques TrialSite : « Dans les régions de Delhi, de l'Uttar Pradesh, de l'Uttarakhand et de Goa, les cas ont chuté respectivement de 98 %, 97 %, 94 % et 86 %. En revanche, dans le Tamil Nadu, qui a choisi de ne pas utiliser l'Ivermectine, le nombre de cas a explosé et est devenu le plus élevé de l'Inde. Les décès au Tamil Nadu ont été multipliés par dix ». D'où les graves accusations contre le Dr. Soumya Swaminathan, qui pourraient avoir de lourdes conséquences judiciaires en Inde. Un précédent qui pourrait ouvrir la voie à une judiciarisation de la pandémie ailleurs, ce que redoutent aujourd'hui beaucoup de responsables politiques et de prescripteurs médicaux.

06/07/2021 - Toute reproduction interdite


Des techniciens de laboratoire travaillent à la production de Remdesivir, un médicament utilisé dans le traitement du COVID-19, dans les installations d'Eva Pharma au Caire, le 1er juin 2021.
© Mohamed Abd El Ghany/Reuters
De Francis Mateo