Alors que les mesures pour voyager en Europe évoluent jour après jour, la rédaction de Fild vous propose de faire le point sur le quotidien des Français de l’étranger, parfois plongés dans un véritable calvaire. 

Par Alixan Lavorel.

Deux millions et demi. C’est le nombre de Français qui vivraient à l’étranger selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Un nombre significatif de nos concitoyens qui, en cette période de pandémie, se retrouvent encore plus éloignés de l’Hexagone. Géographiquement, évidemment, mais aussi à cause des mesures prises par le gouvernement ou l’ensemble des « Vingt-Sept », les pays membres de l’Union européenne. Car si le quotidien des Français résidant en métropole ou à l’étranger aurait dû s’améliorer avec l’installation du pass sanitaire européen, notamment pour voyager, le résultat est encore parfois hésitant.

Pour ce qui est de la vaccination, moyen le plus simple pour obtenir le sacro-saint pass sanitaire, les différences entre citoyens de l’étranger et résidents nationaux sont déjà grandes. En France, la vaccination bat son plein depuis les annonces présidentielles du 12 juillet dernier. Une fois vaccinés, les Français pourront sans trop de difficulté profiter de leurs bars, restaurants et cinémas préférés voire sortir de France et voyager en Europe. En revanche, pour les Français de l’étranger, les difficultés s’accumulent.

Vaccinés, non-vaccinés et homologation européenne

Premier cas de figure, un Français ayant reçu le schéma vaccinal complet à l’étranger, au sein de l’Union européenne, par l’un des vaccins autorisés par l'Agence européenne du médicament (AEM) comme Pfizer, AstraZeneca, Moderna et Janssen. Ce-dernier, une fois ses doses administrées, peut déjà prétendre au pass sanitaire français, puisque son QR code européen est reconnu par Paris.

Second cas de figure, un Français vacciné en dehors de l’UE par un vaccin reconnu et autorisé par la France. Dans ce cas, le Secrétaire d’État chargé du Tourisme et des Français de l’étranger, Jean-Baptiste Lemoyne a assuré sur Public Sénat qu’il est « en train de travailler sur un système technique avec Cédric O et Olivier Véran - respectivement secrétaire d’État au Numérique et ministre de la Santé, ndlr - pour qu’on puisse les intégrer dans notre base nationale et faire en sorte qu’ils aient le pass sanitaire comme tout Français également vacciné avec ces mêmes vaccins ».

Troisième cas de figure, les Français vaccinés à l’étranger par un vaccin non reconnu par l’AEM (comme le Sinopharm chinois ou le Spoutnik russe) ou qui n’ont pas encore reçu de doses. Le sort des premiers sera, finalement, identique aux seconds selon le Secrétaire d’État Lemoyne : « Ils peuvent rentrer en France, mais ça veut dire qu’ils sont soumis aux contraintes des personnes qui ne sont pas vaccinées ». Ce qui a provoqué le courroux de nombreux Français, dont le schéma vaccinal est pourtant complet, mais dont l’efficacité des doses qu’ils ont reçues n’est pas prouvée au niveau européen. Les Français de l’étranger non-vaccinés, enfin, sont invités à le faire à leur retour en France et à contacter un numéro vert (le 0 800 08 71 48) pour plus d’informations, sur l’application TousAntiCovid. Au moment de l’écriture de ces lignes, la rédaction de Fild a tenté quinze fois d’appeler ce numéro. Quatorze se sont soldées par un échec de l’appel, sans plus d’explication. Un seul a abouti … après 15 longues minutes d’attente sur le standard sans qu’aucun conseiller ne décroche.

Sur le terrain, la coopération européenne bat de l’aile

Coordonner les actions, les mesures et les décisions des Vingt-Sept n’est pas une mince affaire. L’organisation des déplacements de 450 millions d’européens de l’Union peut, sur le papier, s’organiser. Mais sur le terrain, la réalité montre forcément des rouages bien moins huilés qu’ils n’y paraissent et débouchent parfois sur des situations à la limite de la légalité. C’est le quotidien que vit Carolanne Richard, 21 ans, depuis le 5 juillet dernier. En voyage à Rome au début du mois de juillet pour quelques jours, la jeune française a décidé de visiter avec ses amis Naples, plus au Sud du pays : « Malheureusement je rentrais en France le lendemain et je me suis dit que c’était une bonne idée de faire le test du retour dès mon arrivée à la gare de Naples pour gagner du temps ». Problème, après deux tests antigéniques, le résultat est tombé, la voilà positive. Trois heures d’attente plus tard, une ambulance l’a emmenée dans un centre Covid pour réaliser un PCR plus approfondi, le résultat des antigéniques étant « très faible » selon l’infirmier. À ce moment, l’étudiante originaire de Bretagne ne sait pas encore qu’elle n’en est qu’au début de son calvaire italien.

« On m'a emmènée à 30 minutes de Naples, à Saviano. Je suis arrivée dans le centre et on m'a dit que l’on m'a fait un lit et de mettre mes affaires dans le placard. Mais je n'avais aucune affaire, on m'a dit que je serai testée dans la journée donc je n'avais rien sur moi. J'ai compris qu'il fallait que j'y passe la nuit pour me tester le lendemain ». Les jours passent, et toujours pas de test, jusqu’au jeudi - le quatrième jour après son arrivée – où le personnel soignant lui a indiqué que les tests ne se font que le mardi. « La situation était folle. J’étais enfermée toute la journée dans ce centre géré par la Croix-Rouge, avec un garde qui m’empêchait d’en sortir ! Le dimanche 11, ils ont décidé d’installer une patiente positive dans ma chambre, alors qu'on ne savait toujours pas si j’étais réellement positive ou négative. »

Finalement le mardi est arrivé, et le test avec : « C’était hyper violent et douloureux, le bâtonnet au fond de la gorge puis enfoncé presque entièrement dans les deux narines. J'en ai saigné », confie par téléphone la Française, toujours bloquée en Italie au moment de l’écriture de cet article. Elle poursuit : « Je n'ai finalement eu mon résultat que le jeudi 15 au matin – soit 10 jours après son arrivée et deux jours après le test PCR, ndlr - Un infirmier m’a montrée du doigt et dit "positivo" sans me donner aucun papier, sans rien dire de plus ». Elle et sa famille ont décidé de contacter l’ambassade de France en Italie pour enfin arranger la situation. La réponse de la diplomatie française a été simple, il fallait attendre le test du mardi suivant, le 20 juillet. Si le test ressortait négatif, elle devait être libre de partir. S'il ressortait positif, elle devait rester jusqu'à la limite des 21 jours fixée par la loi italienne. Mais comme depuis le début de ce périple, les choses ne se sont pas passées comme prévu : « Finalement, on m'a dit ce mardi 20 qu'il n'y avait pas de test. Je suis repartie pour une semaine bloquée dans le centre. On m’a menti depuis mon arrivée. Je ne sais pas si c'est un problème d'organisation, mais on n’a même plus la force de se battre. Certaines personnes qui sont arrivées avant moi sont déjà reparties. Je veux juste que ça se termine ». Le jeudi 22 juillet, 17 jours après son arrivée dans le centre et après un seul test PCR, l’ambassade de France a « promis » un ultime test le lendemain pour Carolanne, et des solutions de rapatriement, « peu importe le résultat ».

En résumé, beaucoup de bonnes volontés ont été mises en place ces dernières semaines pour limiter un maximum aux Français de souffrir d’un second été sous le signe de la Covid. Des annonces, des arrangements et des coordinations ont été faits entre voisins européens mais ne sont manifestement pas encore au point. Finalement, la situation reste profondément inégalitaire entre les citoyens de l’étranger et ceux de l’Hexagone. Les presque trois millions de Français de l’étranger sont, à défaut d’être abandonnés, des oubliés de la crise sanitaire.

26/07/2021 - Toute reproduction interdite


Un agent de la police des frontières contrôle les passagers à leur arrivée à l'aéroport de Nice Côte d'Azur le 1er mars 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Fild Fildmedia