Alors que le variant Delta fait entrer la France et le reste de l’Europe dans une nouvelle vague épidémique, la question de la vaccination des plus jeunes se pose. Le docteur Christian Velot, maître de conférences en génétique moléculaire à l’université Paris-Sud et vice-président du Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique (Criigen), a répondu aux questions de la rédaction de Fild à ce sujet. Ce qu’il nous a expliqué va à l’encontre de bien des idées véhiculées ces dernières semaines.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : En France, la vaccination est ouverte à toutes les personnes âgées de "12 ans et plus". Est-il nécessaire de vacciner les plus jeunes ?

Christian Velot : Non seulement il n’est pas nécessaire de vacciner les plus jeunes, mais c’est une erreur de le faire. Pourquoi ? En période de pandémie, par définition, le virus circule. Il y a donc émergence de variants (qu’il s’agisse, de manière générale, de mutants ou de recombinants). Si ceux-ci sont moins virulents que la souche d’origine et tout aussi bien neutralisés par les anticorps, tout va bien. Mais si ces variants échappent à l’immunité acquise (naturelle ou vaccinale) contre la souche d’origine, ils vont pouvoir proliférer et d’autant plus que la souche d’origine est freinée par la vaccination de masse. Le variant a alors la voie libre car la souche d’origine ne peut rentrer en compétition avec lui. Autrement dit, en vaccinant massivement en période de pandémie, on crée une pression de sélection en faveur des variants. En quelque sorte, on crée avec la vaccination de masse vis à vis des variants la même situation qu’avec l’utilisation intempestive d’antibiotiques vis-à-vis des bactéries résistantes aux antibiotiques : celles-ci ont la voie libre car toutes les bactéries sensibles sont décimées et ne peuvent donc plus « occuper le terrain » et limiter la prolifération des résistantes.

Fild : Serait-il donc préférable d'étendre la vaccination à tous, y compris aux enfants de moins de 12 ans ? Ou plutôt se concentrer sur les populations les plus sensibles ?

Christian Velot ­: En admettant que les vaccins soient sûrs et efficaces, il faut bien sûr vacciner mais seulement une frange de la population (les plus vulnérables vis-à-vis du virus), et surtout pas ceux qui permettent au virus d’origine de circuler sans en être victimes. Or cette population existe - et c’est une aubaine - : ce sont les jeunes. Il est donc stupide de vouloir vacciner les populations non sensibles, et notamment les jeunes, au prétexte que des variants circulent. Il faut faire exactement le contraire ! Cela ne veut pas dire qu’il ne faudra jamais les vacciner, mais pas avant que nous soyons définitivement sortis de la pandémie. C’est la raison pour laquelle, au lieu d’assister à une véritable compétition puérile entre les pays pour savoir qui aura vacciné le plus en un minimum de temps, la vaccination devrait être coordonnée à l’échelle mondiale en définissant, pays par pays, région par région, des pourcentages de personnes à vacciner. Cela devrait être le rôle de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Fild : Le vaccin est-il aussi efficace sur les enfants que sur les adultes ?

Christian Velot : D’abord, il faudrait savoir s’il est vraiment efficace sur les adultes. En effet, pour ce qui est de l’efficacité des vaccins, il faut bien savoir de quoi on parle. D’abord, efficacité contre quoi : forme grave, toutes les formes, contamination ? C’est souvent le flou le plus complet. Pour mesurer directement l’efficacité d’un vaccin anti-Covid, il faudrait inoculer volontairement le virus à un échantillon de personnes, ce qui est bien évidemment totalement exclu pour des raisons éthiques alors qu’il n’existe pas de traitement curatif de la maladie. Ce que mesure l’efficacité d’un vaccin, ce n’est donc pas le risque de développer la maladie ou une de ses formes graves. Dire qu’un vaccin est efficace (par exemple vis-à-vis des formes graves) à 90% ne signifie pas que la population vaccinée est protégée à 90%. Cela ne signifie pas non plus que 90% des personnes vaccinées sont protégées. Ce que mesure l’efficacité annoncée du vaccin, c’est en fait la réduction du risque de développer la maladie en étant vacciné par rapport à la population non vaccinée. Imaginons par exemple que la probabilité de développer une forme grave dans la population non vaccinée soit de 1 pour 1000, alors elle serait de 1 pour 10 000 parmi la population vaccinée (avec un vaccin dont l’efficacité est de 90%). Autrement dit, un vaccin efficace à 90% diminue par 10 la probabilité d’être malade par rapport à la population non vaccinée. Notons aussi que le calcul de l’efficacité d’un vaccin devrait toujours être accompagné de la donnée d’un intervalle de confiance de cette valeur.

Enfin, se pose la question des protocoles ayant permis d’établir ces valeurs d’efficacité annoncées, et notamment des populations concernées. S’agit-il de personnes en bonne santé, de personnes présentant des comorbidités, de jeunes, de personnes âgées, ou d’une moyenne des efficacités sur l’ensemble de ces populations ?

On nous gargarise avec des chiffres sans nous apporter la moindre explication et en comptant sur l’imaginaire collectif pour une surinterprétation positive de leur signification.

Fild : Y'a-t-il un risque de faire vacciner des enfants ?

Christian Velot : Il est intéressant de se demander quelles sont les études cliniques de phase III qui ont été faites spécifiquement sur cette population. On ne peut pas se permettre de faire une simple transposition aux plus jeunes des résultats obtenus sur d’autres franges de la population. Il faudrait que des tests de phase III aient eu lieu spécifiquement sur des cohortes représentatives de cette population. Il paraît insensé de vouloir entreprendre la vaccination des plus jeunes alors même que, d’une part, il n’y a aucune urgence à le faire, et, d’autre part, que l’ampleur des risques et des effets secondaires ne sont pas maitrisés chez les adultes. Le fait, par exemple, que beaucoup de personnes ayant reçu une première injection du vaccin d’AstraZeneca exigent un autre vaccin pour la seconde injection en raison d’importants effets secondaires montre une fois de plus qu’on est allé trop vite en autorisant un vaccin sans en apprécier l’ampleur des effets secondaires, au point de ne pas anticiper le refus par les patients de la seconde dose. Par ailleurs, il apparaît qu’un certain nombre de personnes vaccinées développent la Covid, comme cela a été notamment rapporté par l’IHU à Marseille. Tout cela devrait inspirer la plus grande prudence avant de généraliser la vaccination à toute la population.

Fild : À moins de 2 mois de la rentrée scolaire et avec la propagation du variant Delta en Europe, faut-il imposer la vaccination à tous les enfants ?

Christian Velot : Le variant Delta est plus contagieux, mais conduit à très peu de formes graves. Là encore, il faut le laisser circuler à travers une population non fragile — c’est-à-dire les jeunes — afin de barrer la route à d’éventuels variants plus méchants.

Fild : Finalement, la vaccination est-elle réellement efficace pour tous ? Pourrons-nous atteindre l'immunité collective malgré les variants ?

Christian Velot : Non seulement nous ne connaissons pas l’ampleur de l’efficacité réelle, mais la vaccination massive en période de pandémie crée une pression de sélection en faveur des variants comme expliqué précédemment. Une telle stratégie entrainera, au mieux, un recul de l’échéance de l’immunité collective, au pire, une nouvelle pandémie.

25/07/2021 - Toute reproduction interdite


Une jeune fille se fait vacciner contre la maladie du coronavirus dans un centre de vaccination mobile à Tel Aviv, le 6 juillet 2021.
© Ammar Awad/Reuters
De Fild Fildmedia