Voici les chiffres officiels du Covid-19 au Qatar au 2 avril 2020, pour une population d'environ 2 millions et demi d’habitants. Nombre d’infections : 949 - Nombre de décès : 3. Progression d’infection journalière : 114. Des chiffres visiblement manipulés, à l’image de la propagande habituelle des communicants de l’État du Qatar. Par Jean-Pierre Marongiu.

Dans les camps de travailleurs situés dans la zone industrielle, dédiée aux installations gazières, l’armée empêche toute velléité de sortie et seuls des citernes d’eau filtrée et des camions de sacs de riz sont autorisés à y pénétrer. Le virus se propage en milieu ultra confiné. Les conditions de vie de ces travailleurs, partageant des bungalows à 15 ou 20, en temps normal dramatique et régulièrement dénoncé par les organisations humanitaires, sont devenues mortelles. Des témoignages nous parviennent, laissant envisager de véritables hécatombes en fin de crise.

Une visite récente d’Amnesty International, pourtant encadrée par des membres des services de sécurité qatarienne et limitée à un camp modèle de la zone industrielle, a mis en évidence des carences graves.

Pour le seul camp de Ras-Laffan, une source émanant de l’ambassade indienne fait état de 62 décès. Il existe au Qatar une cinquantaine de camps de travailleurs, il est légitime d’évaluer à l’heure où nous écrivons cet article à un millier le nombre de décès de personnes parmi les travailleurs émanant des pays asiatiques.

Les chantiers de constructions de stades de la coupe du monde ne sont pas suspendus, les travailleurs sont simplement confinés sur les sites et sommés de continuer leurs activités. Les conditions de vie de ces travailleurs stratégiques sont à peine meilleures que celles des camps des zones industrielles. La nourriture est fournie par l’armée ainsi que l’eau potable, des tentes ont été dressées en guise de dortoir. Un observateur a pu constater une létalité proche de la scandaleuse normalité habituelle sur ces sites de construction, à savoir une cinquantaine de décès par mois pour cause de mort soudaine du travailleur. Aucune autopsie n’est effectuée.

Un autre sujet d’inquiétude dans l’évaluation du coronavirus au Qatar est à prendre en considération, il s’agit des conditions sanitaires des populations carcérales. Une source interne à la prison centrale de Doha fait état d’une centaine de morts. Le Qatar dénombre une dizaine de lieux de détention dans lesquels les conditions d’emprisonnement sont équivalentes.

La situation sanitaire est pire dans le centre de déportation de Doha, sous contrôle des services d’immigration, où s’entassent des milliers d’étrangers en situation irrégulière. Les illégaux parqués dans cette jungle à l’air libre, délimitée par des clôtures barbelées, n’apparaissent déjà plus sur les listings des personnes vivant sur le territoire qatarien, ils ne seront pas comptabilisés et disparaîtront des statistiques.

Les mesures d’éloignement et de confinement prises par le gouvernement qatarien ont pour finalité de protéger la population native. Le ministère de la Santé ne comptabilise que deux cas d’infection de Qatariens, encore s’agissait-il de voyageurs revenant d’Europe.

Il est paradoxal de constater qu’en dépit des chiffres officiels rassurants, des mesures drastiques sont prises :

- Le ministère de l’Environnement et des Municipalités a fermé tous les parcs et les plages publiques afin de freiner la propagation du coronavirus.

- Le ministère du Commerce et de l’Industrie dans une circulaire a déclaré qu’il a été décidé de fermer temporairement tous les restaurants, cafés, magasins d’alimentation, et les Food- trucks à partir du 23 mars et jusqu’à nouvel ordre dans les lieux suivants : Clubs sportifs, Lusail Marina, Doha Corniche, Al Khor Corniche, et Aspire Park.

Au Qatar, le Covid19 respecte la hiérarchie des nationalités.

Les limitations imposées aux étrangers par la kafala (la mise sous tutelle d’un travailleur étranger), toujours en vigueur en dépit des annonces mensongères réitérées sur son abandon, s’appliquent également au coronavirus.

Il faut comprendre qu’au Qatar, 95 % de la population est constituée d’étrangers soumis à une autorisation de sortie du territoire dûment approuvée par le sponsor. Dès l’annonce officielle de la propagation du virus, les kafeels (les sponsors) ont confiné les travailleurs sur les sites de construction ou dans les camps, mais n’ont pas autorisé les sorties de territoires, en prévision de la reprise économique en fin de crise.

03/04/2020 - Toute reproduction interdite


Vue générale d'une aire de jeux vide pour enfants, suite à l'apparition de la maladie à coronavirus (COVID-19), à Doha, Qatar, le 17 mars 2020
Reuters
De Jean-Pierre Marongiu