Analyses | 7 avril 2020

Covid-19 au Maroc : comment le Royaume fait face

De GlobalGeoNews GGN
3 min

En état d'urgence sanitaire depuis le 20 mars, le Maroc compte 1275 cas de contamination et 93 victimes. Le royaume a adopté des mesures drastiques tels le confinement total, la fermeture des frontières et le port du masque obligatoire afin d'éviter un scénario à la française. Par Souleiman Sbai.

Le 4 Avril dernier, Laurent, Jennifer et leur fille Lino âgée de neuf mois, tous les trois atteints du Covid-19, quittaient l'hôpital Ibn Zohr de Marrakech sous les applaudissements du personnel après trois semaines passées en observation. Massivement relayées sur les réseaux sociaux, ces images de la famille française guérie ont été porteuses d'espoir dans un pays au système de santé vulnérable à bien des égards.

Mais de quels moyens dispose le Maroc pour faire face à l'urgence sanitaire ? « Le Maroc connaît un sous-effectif de médecins. Fin 2018 on comptait dans les secteurs privé et public 23.374 médecins généralistes et spécialistes, soit un ratio de 7,1 médecins pour 10.000 habitants alors que l'OMS en recommande un minimum de 23. Ce sont les structures de santé publique qui gèrent la crise. Un fonds de gestion de la maladie Covid-19 de plus de 25 milliards de dirhams (environ 2 milliards d'euros) a été mis en place par l'État et par des dons de structures publiques et privées. Ce fonds a permis l'achat de médicaments, de 550 respirateurs, de 100.000 kits de dépistage et de 1.000 lits de réanimation (qui s'ajoutent aux 1.642 lits existants) » explique Zaineb Benslimane, interne en médecine à Rabat. Des investissements qu'elle qualifie de « stratégiques et efficaces » pour contenir l'épidémie dont l'impact demeure relativement faible au regard d'une population de 36 millions d'habitants.

En ce qui concerne l'industrie pharmaceutique, le Maroc compte 12.000 pharmacies d'officine, 53 unités de distribution et des multinationales présentes depuis plusieurs décennies. Selon le Docteur Guedira, Président du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens : « Le Maroc possède une capacité de production et de distribution du niveau de nombreux pays européens et exporte d'importants stocks de médicaments vers les pays d'Afrique subsaharienne avec lesquels il tient à renforcer ses liens dans le cadre de la stratégie régionale voulue par sa majesté le Roi Mohammed VI ». Quant au risque de pénurie de médicaments, il s'agit d'un scénario « peu probable compte tenu de la législation marocaine qui exige la constitution d'un stock de sécurité de médicaments d'au moins trois mois » explique l'honorable docteur en pharmacie qui approuve pleinement les mesures adoptées et le choix de « faire prévaloir la santé des marocains au détriment de l'économie ».

Si le débordement des services médicaux demeure la principale crainte des autorités marocaines, les conséquences économiques du Covid-19 ne sont pas moins redoutées. Le Maroc, confronté à une année de sécheresse aiguë, devrait connaitre une phase de récession avec un recul du PIB d'environ 1.5% selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement, de la Commission économique pour l'Afrique et de la Banque mondiale. Une première en vingt ans !

Une situation qui devrait affecter en premier lieu les travailleurs de l'économie informelle qui représente à elle seule plus de 20% de la richesse nationale, ainsi qu'une partie de la population qui risque de basculer dans la pauvreté - plus de 10 millions de personnes concernées selon les trois institutions précédemment citées. « Je suis profondément préoccupée par ces maillons faibles de notre Société » confie Kenza Hazeb présidente de la Commission de la jeunesse du Rassemblement National des Indépendants (RNI) en Espagne. Elle se dit toutefois satisfaite des mesures économiques prises par le gouvernement pour faire face à cette crise : « l'État vient d'octroyer à toute famille marocaine se trouvant dans une situation de précarité une aide financière prélevée sur le fonds de soutien nouvellement créé financé par les dons des citoyens et entreprises marocaines et géré par le ministre de l'économie. Il s'agit de personnes n'ayant ni caisse de retraite ni couverture médicale. Le paiement de cette aide a commencé le 31 mars. ». Comme une large partie de la population marocaine, elle se réjouit de l'élan de solidarité observé : "Il est aussi dans la tradition marocaine, des mécènes qui ne demandent que l'occasion de pouvoir aider leur prochain dans les moments pénibles tout en restant discrets. Cette attitude de partage, d'aide et de solidarité est bien ancrée dans les mœurs du peuple marocain."

Le confinement total semble largement accepté par la population à l'instar du port obligatoire du masque, produit massivement et vendu au prix dérisoire de 0.80 centimes de dirham dans les supermarchés. Le ministre de l'Industrie assurait il y a quelques jours que ces masques devraient bientôt être exportés vers l'Europe.

08/04/2020 - Toute reproduction interdite


Des policiers patrouillent dans les rues, suite à l'épidémie de coronavirus dans la banlieue de Casablanca, au Maroc, le 25 mars 2020.
Youssef Boudlal/Reuters
De GlobalGeoNews GGN

À découvrir

ABONNEMENT

80 journalistes
indépendants
sur le terrain,
pour vous !

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement

Newsletter FILD
Soutenez-nous

Parce que la presse indépendante est un pilier de la démocratie!

Abonnement 80 reporters engagés sur le terrain

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement