Société | 22 juin 2020
2020-6-22

Coronavirus en Iran, les femmes en première ligne

De Sara Saidi
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La République Islamique dIran connaît une seconde vague de contamination. En raison de la crise économique, le régime na pas pu imposer de confinement strict car de nombreux citoyens, asphyxiés par linflation et les sanctions américaines, vivent au jour le jour. Parmi eux : les femmes, en première ligne pendant cette crise sanitaire. 

                                                                                                                           Par Sara Saïdi

« Vivement que le coronavirus s’arrête », s’exclame Sahar. Cette jeune iranienne s’occupe habituellement du transport scolaire des élèves mais avec la fermeture des écoles elle a perdu son travail : « Depuis mars nous n’avons pas eu de salaire et cela va continuer si l’an prochain les cours se font aussi en ligne. Ce n’est pas un sentiment très agréable, car même si ce travail n’était pas particulièrement bien payé, il apportait tout de même du beurre dans les épinards », regrette-t-elle.

« En Iran, officiellement, seules 16% des femmes sont actives. Mais ces chiffres concernent seulement l’économie formelle, là où on peut avoir des statistiques », affirme Azadeh Kian, professeur de sociologie à l'université de Paris et auteure de Femmes et pouvoir en Islam. « On ne prend donc pas en compte toutes ces femmes coiffeuses, tisseuses… qui travaillent de chez elles. Mais aussi les vendeuses ambulantes dans les rues et les métros. Celles-là, ont toutes perdues leur emploi du fait du coronavirus alors qu’elles sont déjà dans une situation financière difficile », affirme la sociologue. Hamideh Chegoonian s’est longtemps occupée des droits des vendeurs ambulants qui travaillent sans autorisations : « Selon ce que me disent mes collègues, le gouvernement voulait aider les vendeurs ambulants mais faute de base de données ils n’ont pas pu », rapporte-t-elle.

Peu d’aides du gouvernement

« Ni le gouvernement ni aucun organe ou entreprise n’ont prévu de compenser nos pertes par un salaire et/ou des avantages (…) on espère juste qu’au mois de septembre les écoles ouvrent à nouveau et qu’on puisse reprendre le boulot. » reprend Sahar.

Une enseignante iranienne raconte aussi le cas d’une famille dont la mère a perdu son emploi : « Elle travaillait dans un restaurant en bord de route et comme les voyageurs se sont fait rare, le restaurant a renvoyé ses employés. Cette femme faisait également des ménages chez les particuliers mais comme les gens ont eu peur d’être contaminés par le coronavirus, ils ne l’ont pas faite venir. Elle habite dans un petit village et a seulement reçu 1 million de tomans (soit 210 euros) du gouvernement », explique-t-elle.

Pour Azadeh Kian, les femmes qui travaillent dans le secteur du service à autrui (care) sont celles qui « sont le plus susceptibles de perdre leur emploi en période de crise ». Negin* est bénévole dans une association caritative dédiée aux femmes seules ou dont les maris sont violents, toxicomanes et/ou sans emplois. Elle confirme : « Pour ces personnes précaires, le mois de février est habituellement un mois en or car, juste avant les festivités du nouvel an qui ont lieu en mars, elles sont appelées par certaines familles pour s’occuper du traditionnel nettoyage de printemps. Elles sont également engagées pour aider en cuisine ou s’occuper de servir les invités pendant les soirées. Or, cette année, à cause du coronavirus, les familles n’ont pas voulu faire venir d’étrangers chez eux. Et comme elles n’ont organisée aucune festivité, elles n’ont fait appel à personne pour s’occuper du service », explique Négin.

Infirmières en première ligne

Au plus fort de la crise sanitaire, les infirmières étaient en première ligne. Alors que le système de santé iranien est l'un des plus développé du Moyen-Orient, le gouvernement a tardé à prendre des mesures, ce qui a entraîné une explosion du nombre de cas confirmés.

Les sanctions américaines compliquent également la lutte contre le virus en entravant lapprovisionnement en matériel médical étranger, car Téhéran na pas accès aux marchés financiers. Plusieurs soignants sont décédés à l’instar de Narjes Khanalizadeh, 25 ans qui exerçait comme infirmière dans un hôpital de la province du Gilan au nord du pays. Positive au coronavirus, les résultats de son test nont été révélés quune semaine après son décès. La population iranienne lui a rendu un hommage sur les réseaux sociaux. « Les aides- soignants et les infirmiers dont la quasi-totalité sont des femmes étaient exposés au virus car ils n’avaient pas accès aux protections. De plus, ils ont eu très peu de prime par rapport aux médecins, alors qu’ils étaient sur le devant de la scène », déplore Azadeh Kian.

Les hommes à la maison

Enfin, avec la crise sanitaire, les start-up iraniennes qui emploient souvent des femmes ont dû se réorganiser : « Celles qui travaillent dans les start-up sont souvent des auto-entrepreneuses, souvent très diplômées, plutôt aisées. Je ne sais pas si elles ont été touchées par la crise mais dans tous les cas leur nombre n’est pas considérable par rapport aux femmes qui font partie du secteur informel de l’économie. », explique Azadeh Kian.

Une responsable de start-up confirme que la crise du coronavirus ne l’a pas spécialement affectée en tant que femme : « Parce que je vis avec mes parents, je n’ai pas une maison et des enfants sous ma responsabilité comme beaucoup d’autres femmes », explique-t-elle.

« En Iran, étant donné que selon la tradition, c’est l’homme qui doit apporter de l’argent à la maison, nos maris étaient sous pression… Et par conséquent, nous, les femmes l’étions aussi, surtout parce que nos maris et nos enfants étaient toute la journée à la maison ! », conclut Sahar en souriant.

23/06/2020 - Toute reproduction interdite


Des femmes iraniennes portant des masques de protection marchent dans la rue Darband, à Téhéran, Iran, le 12 juin 2020.
Ali Khara/WANA via Reuters
De Sara Saidi