Alors que la crise sanitaire a provoqué une récession économique mondiale, certains secteurs se démarquent et affichent des bénéfices importants. Quelles sont ces entreprises qui ont su profiter de la pandémie ?

Par Sara Saidi

 

36,9 milliards de bénéfices cumulés en 2020 pour le CAC40, un chiffre d’affaires en augmentation de 19,5% pour les géants du net tels que Amazon ou Google, hausse de 8,5% des recettes pour la grande distribution… Alors que beaucoup d’entreprises luttent depuis le début de la pandémie pour maintenir leur établissement à flot, certaines multinationales ont su surfer sur la crise et en tirer profit. Selon le rapport de l’association Oxfam, publié en septembre 2020 : « 32 entreprises qui comptent parmi les plus grandes multinationales de la planète, devraient enregistrer cette année une hausse spectaculaire de leurs bénéfices, soit 109 milliards de dollars de plus que leur bénéfice moyen réalisé au cours des quatre années précédentes ».

Numérique, électronique, pharmaceutique… ces secteurs qui profitent

Sans surprise, le numérique est en tête des secteurs les plus performants. Outre la digitalisation croissante de l’économie, la distanciation sociale, le télétravail, les cours en ligne, et plus généralement l’évolution des habitudes des consommateurs ont permis aux GAFAM de réaliser d’important bénéfices. Amazon a ainsi « généré un chiffre d’affaires de 88 milliards de dollars lors du second trimestre 2020 ». Pour sa part, Facebook a réalisé un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars grâce à l’augmentation de ses recettes publicitaires. Le secteur de l’électronique a profité de la montée en puissance des géants du numérique et du développement de la 5 G : ses recettes ont augmenté de 5,4%. De son côté, la grande distribution a profité de la fermeture des restaurants et du premier confinement : « Les grands groupes de distribution et de l'industrie alimentaire ont également réussi à surfer sur la vague de changements de mode de vie et des habitudes d'achat engendrées par la pandémie, la vie étant de plus en plus définie par les nouvelles technologies », analyse l'étude du centre de recherche de la banque italienne Mediobanca effectuée auprès de 200 grandes multinationales et publiée en mars 2021. Enfin, le secteur pharmaceutique observe en 2020 une augmentation de 3% de son chiffre, notamment grâce à la production de tests covid. Une augmentation qui va sûrement croître en 2021 avec la campagne vaccinale. Mediobanca observe toutefois que les résultats des entreprises diffèrent selon leur zone géographique : « Les ventes totales des multinationales basées dans la zone Asie Pacifique et les Amériques sont restées pratiquement inchangées, les groupes chinois ont enregistré une augmentation de 11,2% de leurs revenus, mais les entreprises basées dans l’Union Européenne ont le plus souffert, avec des ventes totales en baisse de 14,5% ».

Versement de dividendes malgré la crise

Selon Oxfam, beaucoup d’entreprises dans le monde ont continué de verser des dividendes à leurs actionnaires malgré la crise. L’association donne les exemples de Toyota, du groupe chimique allemand BASF, ou encore de plus d’une vingtaine d’entreprises du CAC40 en France. Pas moins de 37 milliards de dividendes ont été versés par les entreprises du CAC40 pendant la crise. Pour Quentin Parrinello, responsable de plaidoyer justice fiscale et inégalités à Oxfam France, on peut parler « d’une économie à deux vitesses », avec des grandes entreprises qui s’en sortent bien et obtiennent des aides des banques centrales en plus de l’aide donné par les États tandis que « tout le tissu de PME et ETI en France qui était déjà fragile avant la crise a été encore plus altéré », estime-t-il.

En effet, l’Etat français est venu en aide aux entreprises privées à hauteur de 155,36 milliards d’euros, un soutien important qui, selon l’économiste Maxime Combes manque de transparence : « Selon un rapport publié par l’Assemblée Nationale, il existe environ 2 000 types d’aides publiques au secteur privé en France entre les aides gouvernementales et les aides des collectivités territoriales (…) Sur les 155 milliards (…) on ne sait pas qui a touché quoi, dans quelle proportion, on est obligé d’accepter les déclarations de Bercy (…) », affirme-t-il.

Conditionnement des aides publiques

Maxime Combes est également l’un des auteurs de Allô Bercy, une étude publiée par l’observatoire des multinationales qui dénonce l’absence de contrepartie aux aides publiques de la part des entreprises du secteur privé. Pour lui, l’État aurait pu, grâce au versement de ces aides, donner une nouvelle impulsion à l’économie et accompagner les grandes entreprises dans la transition vers la dé-carbonisation de l’économie, plus de parité, la réduction des gaz à effet de serre, la re-localisation… Des propos que rejoint Quentin Parrinello : « Cest choquant de voir Sanofi verser plusieurs centaines de millions deuros de dividendes aux actionnaires alors que lensemble de ses moyens financiers devraient être mis dans loutil productif pour produire plus de vaccin et dans la recherche », s’indigne-t-il. Le laboratoire pharmaceutique français a en effet annoncé en février dernier un bénéfice de 340 % pour l’année 2020. Critiqué pour son échec à développer un vaccin anti-covid il a néanmoins versé 4,8 milliards de dividendes à ses actionnaires tout en prévoyant de supprimer 400 postes dans la recherche.

Oxfam prône ainsi la mise en place d’un impôt sur les bénéfices exceptionnels des entreprises afin qu’elles contribuent à la phase de relance économique : « L’impôt a un rôle à jouer car c’est une manière de refinancer le service public, nos hôpitaux… », explique Quentin Parrinello. Selon lui, il est également essentiel que les entreprises soutenues financièrement par l’État soient accompagnées vers un changement profond de leur modèle économique : « La crise (…) montre que oui, il faut aider les plus précaires et les entreprises. Mais il faut aussi rebâtir un système économique et un modèle de protection sociale beaucoup plus juste pour nous permettre de faire face aux prochaines crises. Cela passe notamment par une imposition beaucoup plus progressive, faire contribuer les plus riches et les grandes entreprises pour financer ce modèle social », conclut Quentin Parrinello.

07/05/2021 - Toute reproduction interdite



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De Sara Saidi