Les pistes cyclables sont en France et les usines à charbon sont en Chine et aux États-Unis. Les écolos sont en Europe, les pollueurs sont ailleurs. À quoi bon se réunir entre écolos pour déplorer la mauvaise volonté des gros émetteurs de CO2 ?

La chronique de Guillaume Bigot

Après l’invention d’une politique déclamatoire dans l’entre-deux guerres, les organisateurs des COP (abréviation anglaise pour « Conférences des Parties ») inventent une diplomatie de la déploration ou de la chouinerie stérile, aidés en cela par une armada d’ONG qui assurent le chœur des pleureuses. L’échec est prévu d’avance. On vient même pour l’entériner et se lamenter.

C'est dans cet esprit qu'Emmanuel Macron a fustigé les mauvais élèves du climat dans son discours en marge de la COP 26. Le président n’a pas tort.

D’abord, 42 % des émissions de CO2 de la planète sont le fait de deux pays : la Chine (28% des émissions mondiales) et les États-Unis (14% des émissions mondiales). Si les deux superpuissances économiques - l’une et l’autre signataires des accords de Paris - soutiennent officiellement la démarche de la COP, elles sont l’une et l’autre loin de tenir leurs engagements.

Les États-Unis avaient signé l’accord de Paris en 2016, mais le président Trump s’en était retiré. Deuxième pollueur de la planète, l’Amérique de Joe Biden, s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. Rappelons que la neutralité carbone signifie que l’économie d’un pays soit en mesure d’absorber autant de gaz carbonique qu’elle en émet. Et l’atteinte de la neutralité carbone implique une véritable révolution technologique et économique. Or, les États-Unis sont loin d’être prêts.

Joe Biden a l’air de bonne composition, mais 2050, c’est loin ; et si l’objectif est fixé, les moyens de l’atteindre restent pour le moins flous. Le président américain ne veut pas entendre parler d’une taxe carbone qui est, pour l’instant, l’un des leviers les plus efficaces pour réduire les émissions.

Du côté de la Chine, c’est pire. Pékin a présenté, le 22 septembre, un plan visant à atteindre la neutralité carbone… en 2060 ! Même si le président chinois a transformé l’engagement de son pays d’atteindre son pic d’émissions avant 2030, il reste 8 ans à la Chine pour plomber le climat. La planète a le temps de bouillir deux fois.

Les meilleurs élèves se sacrifient pour les principaux pollueurs

Le 13 octobre, la Russie (deuxième pays producteur de pétrole) et l’Arabie Saoudite (troisième) ont pris le même engagement que Pékin : atteindre la neutralité carbone en 2060. Mais ni Poutine, ni Xi Jinping ne feront le déplacement de la COP. Comme le disait Keynes : le long terme est une mauvaise référence pour les affaires courantes. À long terme, nous serons tous morts.

Nos collègues de la BBC viennent par ailleurs de révéler que l’Arabie Saoudite, l’Inde et l’Australie, tous grands consommateurs et producteurs d’énergie fossiles, ont tenté de faire pression sur le GIEC pour que leur rapport minore l’impact de ces énergies sur le dérèglement climatique.

On en arrive ainsi à une situation absurde où les meilleurs élèves de la planète, les moins polluants, la France en tête, se contraignent à toujours plus d’efforts au détriment de leurs producteurs et de leurs citoyens alors que les plus gros pollueurs ne font que peu d’efforts, et qu’ils sont les principaux responsables du réchauffement climatique.

À la fin de la guerre froide, lorsque les soviétiques déployaient des fusées nucléaires en Allemagne de l’Est, des manifestations monstres, en Allemagne de l’ouest, protestaient contre l’installation de fusées américaines. Mitterrand avait alors déclaré : les pacifistes sont à l’ouest, les fusées sont à l’est. Ici, c’est la même chose : les pollueurs sont en Chine et aux USA et les écologistes sont en Europe. Les centrales à charbon sont en Chine et aux USA et les pistes cyclables sont en Europe.

C'est pourquoi le président français aurait dû être plus offensif et moins plaintif. Il aurait dû dire que la France - je dis bien la France et pas l’Europe - possède la clé de cette désescalade climatique. La France est le pays du monde qui a le plus décarboné sa consommation énergétique. Grâce au nucléaire. La Chine, la Russie, les États-Unis pourraient également massivement réduire leurs émissions de CO2 en adoptant la technologie nucléaire française. Cela tombe bien, c’est une technologie que nos industries et que nos ingénieurs maîtrisent parfaitement. Pourquoi a -t-il hésité alors qu’il avait une occasion en or de faire une bonne affaire pour notre commerce extérieur, et une bonne action pour la planète ?

Tout simplement car le président Macron est enfermé dans son idéologie européiste. Il ne veut pas vexer l’Allemagne qui est une grosse productrice de charbon depuis que Merkel a bêtement fermé ses centrales. Emmanuel Macron n’est pas seulement prêt à sacrifier la souveraineté de la France à une chimérique souveraineté européenne, il est aussi prêt à sacrifier la planète à la construction européenne.

04/11/2021 - Toute reproduction interdite


Joe Biden et Boris Johnson discutent lors d'un événement sur l'action et la solidarité à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Glasgow, en Écosse le 1er novembre 2021.
© Kevin Lamarque/Pool/Reuters
De Guillaume Bigot