Pour contrer le « discours de haine antimusulman », le Conseil de l’Europe, financé par l’Union européenne, avait lancé cette semaine une campagne de véritable promotion du hijab, présenté comme un « un choix » et « un droit humain », en un mot comme un instrument d’émancipation ! Nouveau et pitoyable symbole, parmi tant d’autres, du suicide européen…

La chronique politique de Roland Lombardi

En visionnant pour la première fois le clip du Conseil de l’Europe censé « lutter contre les discours de haine antimusulmans », on aurait pu penser qu’il s’agissait d’une nouvelle campagne des Frères musulmans d’Europe. Cette puissante et influente organisation islamiste, grande spécialiste de l’entrisme, de plus en plus isolée dans le monde musulman – après ses échecs successifs lors de ses tentatives de récupération des Printemps arabes – mais qui, parce qu’elle est toujours soutenue et financée par « nos chers amis du Qatar », est toujours comme un coq en pâte sur notre continent, sauf en Autriche, premier pays européen à avoir eu le courage d’interdire cette dangereuse confrérie.

On pouvait aussi bien penser que le clip venait des services de com’ de tous leurs idiots utiles tels l’Unef, les Indigènes de la République ou de n’importe quel groupuscule « wokiste » ou islamo-gauchiste.

Que nenni ! C’est bien le Conseil de l'Europe – à ne pas confondre avec le Conseil européen, institution de l'Union européenne qui regroupe les chefs d'État et de gouvernement des pays membres – qui a diffusé et mis à disposition sur son site plusieurs dizaines de petits spots visuels en anglais (alors que le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union, mais ceci est un autre débat…) et spécialement adaptés au format des réseaux sociaux. Ainsi, cette campagne de communication, financée au passage grassement avec nos impôts – puisque cofinancée par l'UE via son programme « Droits, Égalité et Citoyenneté », doté de 439 millions d'euros pour la période 2014-2020 –, montre plusieurs femmes, de toutes ethnies et d’abord vêtues « à l’occidentale », puis en hijab. Les images se superposent verticalement, une moitié tête découverte, et l’autre en foulard. Ce sont donc toujours les mêmes femmes qui, les unes après les autres, se « transforment » ainsi, telle Superwoman, en femmes voilées. Le slogan qui apparaît est alors savoureux : « Beauty is in diversity as freedom is in hijab », « La beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab » !

En parallèle à cette campagne vidéo, le Conseil de l’Europe publie également des affiches de femmes voilées avec le message suivant : « my headscarf, my Choice » (« mon foulard, mon choix »).

Nul n’est besoin d’entrer dans un énième débat historique (ou théologique) sur le port du voile. On le sait pertinemment, pour ceux qui veulent voir, que le voile représente aujourd’hui, et notamment en Occident, une arme politique pour toutes les officines islamistes et leurs alliés multiculturalistes. Comme pour tous ceux, à l’instar d’Hani Ramadan, le frère de Tariq, qui pensent que « La femme sans voile est comme une pièce de deux euros : visible de tous, elle passe de main en main » ! La sénatrice Valérie Boyer ne se trompe pas lorsqu’elle affirme qu'il représente avant tout un interdit de liberté, d'égalité et de fraternité dans nos sociétés.

Les initiateurs européens de cette opération, par bêtise, naïveté ou pire par complaisance, n’ont toujours pas compris que cet universalisme et cet humanisme devenus fous, ainsi que cette tolérance suicidaire ne sont perçus, par nos ennemis de la mouvance islamiste, que comme le symbole de notre déclin, de notre faiblesse, d’une pitoyable soumission et au final, de leur victoire.

Quand le courage n’est plus l’apanage des élites européennes

Le Conseil de l’Europe aurait mieux fait, au lieu de promouvoir le hijab, de mettre en avant toutes ces femmes qui, dans le monde arabo-musulman et au risque de leur vie, luttent avec courage pour se découvrir et ne plus porter le voile.

En France, il suffit juste aussi de voir le torrent d’insultes et de menaces de mort qu’a reçu la femme qui, lors d’une discussion avec Éric Zemmour à Drancy, a enlevé son voile devant les caméras…

Alors que beaucoup de nos élites européennes sont toujours promptes à toutes les courbettes et compromissions, elles seraient bien inspirées du courage de la toute nouvelle chef du gouvernement tunisien, Najla Bouden. En effet, lors de sa récente visite en Arabie saoudite, celle qui est à présent l’une des femmes les plus menacées par tous les islamistes de son pays et de la région, a refusé de se plier au protocole et aux traditions en vigueur dans le royaume : Elle n'a pas porté le voile lors de sa rencontre avec les responsables saoudiens. Un geste fort et qui en a finalement imposé à ses hôtes. Comme quoi…

Bref, fort heureusement, devant la polémique, les critiques et le tollé suscités par cette funeste propagande, le Conseil de l’Europe a décidé de fermer le fil de discussion sur son compte Twitter et a finalement supprimé les vidéos dès mardi soir. Même si la campagne reste toutefois disponible sur le site de l’institution…

Le gouvernement Macron – n’oublions pas que nous sommes en campagne électorale – a fait lui aussi « part de désapprobation extrêmement vive ». Sarah El Haïry, secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'engagement, a déclaré : « Cette vidéo m'a profondément choquée (...). C’est absolument l'opposé de nos valeurs, des valeurs que la France défend : la liberté de conviction bien sûr...Ce qu'on voit dans cette vidéo, c'est le fait de prôner le port du hijab et du voile ». À la bonne heure !

Quoi qu’il en soit, en dépit du retrait précipité de cette campagne, ne nous leurrons pas : il y aura assurément d’autres tentatives de déconstruction et de fragmentation de nos sociétés occidentales de la part même de certaines élites pourtant censées les protéger. Devant le défi de l’islam politique sous toutes ses formes ou encore de l’immigration, comme je l’écrivais récemment : « avec de tels bergers, les Européens n’ont plus besoin d’ennemis ».

Chez moi, nous avons un célèbre proverbe que nos grands-mères nous inculquent dès notre enfance : "A chì troppu si cala, u culu vi mostra "* !

Une des premières leçons que l’on devrait également apprendre, avant qu’il ne soit trop tard, à certains dirigeants européens…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

*"celui qui se baisse trop montre son cul!"

03/11/2021 - Toute reproduction interdite


Najla Bouden Romdhane, est reçue par le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman lors du sommet de l'Initiative pour un Moyen-Orient vert à Riyad, en Arabie saoudite, le 25 octobre 2021.
Saudi Green Initiative Media Office/Handout via Reuters
De Roland Lombardi