Je me battrai le temps qu’il me reste à vivre pour ne laisser personne dérober mon indépendance, n’être assimilée à aucun clan victimaire et sauver mon honneur. Je ne néglige aucun de mes soutiens, mais je suis bien plus que cette fille dont le harcèlement massif - qui dure depuis maintenant deux ans - fait l’objet de multiples et interminables débats.

La chronique de « Mila en Liberté »

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Je suis une amoureuse de l’art, de la musique, du maquillage, de la photographie, du divertissement. Amoureuse de l’ambition et adepte de la résilience... J’ai réussi naturellement à rester ambitieuse, déterminée, travailleuse et optimiste ; même s'il serait mensonger de dire fièrement que je n’appréhende pas le lynchage et les répercussions de chacune de mes réussites futures.

Je n’aurai pas d’autres vies, je veux négliger ma peur, accueillir ma douleur afin de n’avoir aucun frein dans ces mille choses que je veux accomplir dans celle-ci. Les rêves que je me suis promis de réaliser depuis que je suis toute petite.

Je suis cette personne qui ne veut pas seulement rêver, cette personne que mes détracteurs n’ont pas réussi à me faire haïr.

Je suis et je serai chanteuse, je sortirai un album qui se concrétise déjà avec mes partenaires, et dont nous serons fiers.

Je suis et je serai animatrice d’une émission télé de divertissement.

Je suis et je serai amoureuse et mariée.

Je suis et je serai auteur, mais plutôt romancière, car le livre que j’ai écrit à 17 ans ne sera sûrement pas le dernier.

Je suis et je serai chroniqueuse pour Fildmedia.com avec une belle équipe, et de belles valeurs.

Je suis et je serai modèle photo et maquilleuse sans jamais cesser de m’épanouir et m’amuser.

Je suis et je serai peut-être comédienne, sportive, bénévole, militante.

Mais je refuse qu’on m’assimile seulement à mon militantisme, qu’on pense que ma vie et mes capacités se résument à ça.

Il n'y a pas de crainte à s’écarter du troupeau intimidant

Je refuse d’appartenir à qui que ce soit car je suis devenue un personnage public, de me plier en quatre pour être à la hauteur des attentes de parfaits inconnus.

Je ne négligerai ni ma pensée, ni mes projets.

Je ne veux pas quitter ce monde sans avoir accompli tout cela.

Et si je disparais, personne ne dira à ma place que j’ai baissé les bras, que je n’étais finalement pas faite pour avancer dans ces domaines là.

De mon vivant, je ne dirai jamais ça.

Le jour où j’y serai parvenue, quoi qu’il puisse arriver ensuite, je saurai que ma vie aura été sauvée.

Je suis blessée lorsqu’on pense que mon existence et mon avenir se résument à un “badbuzz”, un harcèlement massif, un statut de victime, une bête de foire.

Si un jour on assimile mon nom à la chanteuse, l’artiste et non à la polémiste (malgré moi), si un jour je parviens à cette satisfaction qui m’obsède, je jure solennellement que je ne ferai jamais partie de ce genre d’artiste qui met ses valeurs de côté pour éviter tout malentendu et toute polémique.

Je n’aurai toujours pas peur de me salir les mains, de défendre des personnes harcelées, de proclamer mon ressentiment de la morale, de dénoncer ce qui me semble injuste.

Je veux être la première artiste de ma génération qui milite pour montrer qu’il n’y a pas de honte, pas de sentiment craintif à avoir lorsqu’on s’écarte du troupeau intimidant. Je veux montrer à mon public que les barrières ne sont qu'imaginaires, que même en ayant une fatwa sur la tête, même en étant victime chaque semaine de nouvelles diffamations, on peut réaliser ses rêves, on peut entrer dans le monde du spectacle et s’éclater.

Je ne perdrai pour rien au monde mes valeurs

Il m’est parfois arrivé de recevoir des messages privés d’acteurs connus et toutes autres célébrités. Il s’agissait de messages de soutien inconditionnel, mais ces personnes m’ont fait promettre de ne jamais révéler cela, ne jamais en parler à qui que ce soit dans la crainte que cela puisse être nuisible à leur carrière.

Et j’ai tenu parole, je n’ai jamais révélé de nom, pas même à un seul de mes proches, bien que ce soit assez offensant.

Et je respecte pourtant cette manière de maîtriser sa carrière, je ne veux tout simplement pas m’y prendre comme ça.

De toute façon, je n’y arriverais pas.

Je ne peux pas me taire, je suis incapable de me soumettre ou de cautionner quelconque forme de lâcheté, et je n’ai jamais eu honte d’avoir ce tempérament rebelle, c’est d’ailleurs quelque chose que j’aime transmettre.

Je veux changer mon image, je veux que mon nom ne soit pas maudit mais reconnu pour ce que j’ai toujours voulu.

Mais je ne perdrai pour rien au monde mes valeurs.

Moi, j’ai envie de rappeler à ce monde qu’on peut devenir une brillante ministre en étant aussi une femme noire en situation de handicap, qu’on peut devenir un très bon athlète en ayant perdu ses membres, une peintre reconnue dans le monde entier après un grave accident de bus. On peut aussi avoir composé - en 1810 – l’une des pièces musicales les plus reconnues en étant pourtant devenu complètement sourd ; devenir un grand auteur, compositeur et interprète en étant non-voyant ; se relancer dans la politique et n’avoir jamais cessé de se battre après avoir été l’otage pendant 6 ans des Forces Armées Révolutionnaires en Colombie ; devenir une des personnes les plus admirables et importantes de ce monde (selon moi), le symbole de la lutte pour l’égalité raciale, après avoir passé 27 ans en prison dans des conditions très difficiles, n’ayant pas une seule seconde renié ses convictions pacifistes, et avoir œuvré pour la libération de l’Afrique du Sud et évité une guerre civile à son pays.

Mila.

20/01/2022 - Toute reproduction interdite



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De Mila