Christian Vallar et André-Michel Ventre signent Le Commissaire de police, réalités et fictions (Ed. L’Harmattan, 2021). Le premier est professeur agrégé de droit public et ancien doyen de la faculté de droit et de sciences politiques de Nice.  Le second est inspecteur général honoraire des services actifs de la Police nationale. À travers leur analyse historique, législative mais aussi fictionnelle, les deux auteurs livrent un ouvrage riche, qui explore les différentes facettes de la prestigieuse fonction du commissaire de police. Loin des clichés et des personnages de fiction.

Fild : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Christian Vallar : Nous portons un intérêt particulier aux questions et problématiques de la sécurité intérieure du pays et à la sécurité en général. Il nous a paru intéressant d’étudier les fonctions, les missions et le statut des chefs de police en France, sur qui reposent la conception des actions et politiques à mettre en œuvre. C'est un témoignage sur leur vécu professionnel.


Fild : Qu’est-ce qui caractérise le métier de commissaire ?

André-Michel Ventre : C’est un métier complexe, à plusieurs facettes où le management et la direction de service se conjuguent avec des pratiques partagées avec les autres corps policiers. C’est un métier actif où l’imprévu est un élément très présent, qui transforme son exercice en une forme de gestion de crise permanente. La routine est sans doute la chose la moins présente dans ce métier ; surtout si l’on considère la multiplicité des missions confiées à la police et à ses chefs. En réalité, ce métier ouvre la voie à des exercices très divers et très variés de la fonction policière, bien loin d’une cristallisation sur un seul type d’activités. C’est aussi et surtout un métier de service, dans lequel les commissaires de police sont au service du public, de la Justice, du pouvoir exécutif qu’il soit national ou local.


Fild : Quelles sont les idées reçues les plus répandues lorsqu’on évoque la figure du commissaire ?

Christian Vallar : La principale est celle d’un fonctionnaire d’autorité seul, qui donne des ordres et attend qu’ils soient exécutés pour en considérer les résultats. Un personnage lointain et relativement peu impliqué dans la quotidienneté des tâches. Or, la police est un travail d’équipe dans lequel le capitaine est également un joueur très actif. Penser qu’un commissaire de police est placé sur un piédestal ou un « Olympe administratif » au sommet duquel il dirige un service serait une grossière erreur.

Par ailleurs, la toute-puissance du commissaire de police est un lieu commun étrange, quand on se rappelle qu’il est soumis non seulement aux lois de la République comme tout un chacun, mais aussi à un code de déontologie exigeant. Il doit également rendre des comptes aux magistrats comme au préfet, qui sont autant de patrons pour lui ; sans oublier qu’il est responsable des effectifs de tous les grades mis sous son autorité.

« une aventure permanente »

Fild : Quel est le quotidien d’un commissaire de police ?

André-Michel Ventre :
C’est un quotidien de manager, voire de directeur des ressources humaines, de contacts multiples avec les autres acteurs de la chaîne de production de la sécurité (de l’ordre administratif ou judiciaire), avec le milieu associatif et les maires, sans oublier le public (victimes ou autres) placé sous sa juridiction.


Fild : Quelles qualités doivent posséder les candidats qui aspirent à rejoindre cette profession ?

Christian Vallar :
C'est d'abord l’envie de servir et de connaître une activité dont les conséquences ou les résultats sont visibles immédiatement, ainsi que celle de ne pas connaître un sentiment de routine. Mais aussi le désir de vivre une aventure permanente.
Pour cela, il faut avoir un esprit ouvert, une capacité à mettre de la distance entre les faits auxquels on peut être confronté et soi-même, afin de garder une capacité d’analyse indispensable. La capacité à appréhender les faits et son environnement en toute objectivité, sans passion démesurée, est sans doute la plus grande qualité à cultiver pour un commissaire de police.

Fild : Pourquoi dites-vous que le commissaire « tient une place contestée dans l’organisation de la sécurité et de la justice » ?

André-Michel Ventre :
Tout simplement parce qu’au-dessus de lui, préfets ou magistrats ont toujours eu la tentation de se mettre à sa place pour exécuter les instructions qu’ils lui donnent. Sans oublier que certains de leurs subordonnés ne rêvent que de prendre la place des commissaires de police. La chronique syndicale en témoigne au quotidien.

Fild : Quel personnage de fiction incarne le mieux la figure du commissaire à vos yeux ?

Christian Vallar :
Aucun. Ils sont fictifs et c’est bien là le problème. Quel directeur général de la police nationale, préfet de police de Paris, procureur ou juge d’instruction voudrait travailler avec un commissaire de police solitaire, rebelle à ses heures, qui se passe des moyens d’enquête technologiques modernes et préfère son intuition ? Ou encore collaborer avec un individu porté sur la boisson, cassant des voitures chaque fois qu’il sort sur la voie publique, instable voire caractériel, sans parler d’une vie de famille désordonnée pour ne pas dire davantage ? Les héros de la littérature policière ou de la filmographie du même genre sont trop éloignés de la réalité vécue par les policiers, qui ont comme tout un chacun une vie familiale et relationnelle normales.

12/10/2021 - Toute reproduction interdite


Le Commissaire de police, réalités et fictions par Christian Vallar et André-Michel Ventre
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De Fild Fildmedia