Le stress post traumatique est un phénomène méconnu et pourtant assez répandu. La psychopraticienne Hélène Fournier accompagne régulièrement des personnes qui en souffrent. Pour Fild, elle détaille les symptômes récurrents du stress post-traumatique, les évènements qui peuvent en être à l’origine et les thérapies adéquates à adopter auprès des patients        

Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Qu’est-ce que le stress post-traumatique ?

Hélène Fournier :
C’est un phénomène qui porte sur des traumatismes graves. On va trouverune mémoire émotionnelle enregistrée, comme une mémoire fantôme, qui peut être incontrôlable et réveillée à travers des évènements ou des environnements. Cela passe par les différents sens, comme la vue ou l’ouïe, qui peuvent raviver spontanément un évènement traumatique qui a été enkysté. Et ce parfois même 20, 30, ou plus, années plus tard…

Fild : Comment cela se manifeste-t-il physiquement ?

Hélène Fournier : Il y a un impact sur la santé et la qualité de vie des victimes. Elles peuvent avoir des tremblements, des sidérations, une augmentation du rythme cardiaque, des troubles digestifs, des difficultés à respirer normalement, des flash-backs, des cauchemars, une perte de l’estime de soi... Si la personne a une mémoire traumatique – et donc aucune représentation visuelle de l’évènement - c’est l’inconscient qui réveille émotionnellement et corporellement ce moment. Un enfant pourra perdre confiance en lui après des violences verbales et corporelles causées par d’autres élèves de manière répétitive au sein d’un établissement scolaire, mais aussi une chute de ses compétences scolaires avec des idées suicidaires. Mais le stress post-traumatique peut aussi se traduire par des angoisses liées à d’autres évènements qui rappellent inconsciemment le traumatisme en question. Ces personnes peuvent également avoir des comportements déviants ou à risque, comme des addictions ou des compulsions.

Fild : Quels types d’évènements peuvent conduire à vivre du stress post-traumatique ?

Hélène Fournier :
Certains stress sont plus violents que d’autres comme les traumatismes de guerre, les viols, les abus sexuels, les violences conjugales et sur les enfants, le harcèlement scolaire…. Cela porte sur des évènements graves, comme une femme qui va présenter un comportement à risque avec une addiction à l’alcool dans un environnement familial à la suite de violences conjugales. Mais prenons un homme asthmatique au contact des chats - dont l’origine de la peur envers ces animaux remonte à son enfance - qui développe une angoisse en la localisant au niveau de son corps : on peut éventuellement parler de stress post-traumatique, mais avec certitude d’angoisse et d’anxiété.


Fild : Comment vous y prenez-vous pour soigner le stress-post traumatique ?

Hélène Fournier :
J’accompagne les patients avec l’hypnose, qui est un état de conscience modifié, la DNR ( Deep Neural Repatterning ou restructuration profonde du système neuronal en français, ndlr ) via des mouvements occulaires ou du tapping (tapotements, ndlr). J’utilise également la Programmation Neuro-Linguistique (PNL), la sophrologie, la séxothérapie… Quand je fais face à une personne qui souffre de stress post-traumatique, je vais venir atténuer les émotions, et transformer la perception du traumatisme. Si le souvenir est présent, je vais utiliser la dissociation qui consiste à modifier la représentation mentale d’une expérience vécue. Je ne vais pas effacer le souvenir mais le modifier, le transformer. Mais il peut arriver que lorsqu’on a subi une violence extrême, le cerveau bloque parfois l’information. Toutefois, la mémoire est stockée au niveau de l’inconscient, et elle peut se réveiller. Si une femme a été violée à l’âge de 3 ou 4 ans et qui manifeste émotionnellement et corporellement le même stress lors des rapports sexuels, je vais l’accompagner sans raviver ni le souvenir ni la mémoire, sans forcément en parler. Ici aussi, je vais chercher à changer la perception du souvenir, en tentant de modifier l’ancrage corporel et en classant l’information pour améliorer la qualité de vie de la victime.

23/11/2021 - Toute reproduction interdite



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De Fild Fildmedia