International | 18 juin 2018

Comment Moscou a remis à flot Riyad

De Meriadec Raffray
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Trump a resuscité l’alliance américano-saoudienne qui battait de l’aile, mais c’est Poutine qui a sauvé la monarchie bédouine de la faillite financière.

Le 21 mai 2017, Donald Trump et son administration réservent leur première visite à l’étranger à l’allié historique saoudien que son prédécesseur a tant malmené. En échange de son soutien politique, le roi Salmane paraphe les 380 milliards de dollars de contrats que le nouveau président lui soumet. Mais cela n’aurait pas été possible sans l’amorce du retournement de la situation budgétaire du champion du sunnisme. Cette évolution prend sa source dans le pacte signé six mois plus tôt entre Riyad et Moscou. Fin 2016, les deux capitales se sont entendues pour plafonner leur production de pétrole en vue de susciter un rebond des cours. Depuis l’effondrement de l’été 2014, leur atonie fragilise tous les grands Etats producteurs. Les deux pays pèsent le quart de la production annuelle mondiale (97 millions de barils/jour en 2017) et plus de la moitié en y ajoutant l’OPEP, sous la coupe de Riyad.

La monarchie saoudienne est financée aux trois quarts par les ventes d’hydrocarbure. En deçà de 85/90 dollars le baril, son « Etat providence » est déficitaire. Dès 2015, son budget affiche un trou inédit (100 milliards de dollars). Au rythme des dépenses, ses réserves (plus de 660 milliards de dollars) auront fondu en moins de cinq ans, calculent les experts. 80% des actifs sont fonctionnaires. L’eau, l’essence et le logement sont subventionnés, l’essentiel de la nourriture importée, comme les armes, dont il est le premier acheteur mondial. En raison de l’envolée de sa consommation énergétique, ses exportations de pétrole ont même reculé en dix ans.

Les princes refusent d’abord que l’OPEP diminue sa production. Ils espèrent asphyxier les oilmen américains responsables de la déflagration de l’été 2014 : ces derniers ont inondé le marché de leur pétrole de schiste qu’ils pompent désormais à un coût compétitif. En vain. A l’automne 2016, Riyad révise donc ses positions. Elle lève son véto à l’idée de ménager une exception à l’Iran, que l’accord sur le nucléaire autorise de nouveau à exporter, ouvrant ainsi la voie à un arrangement au sein de l’OPEP. Le moment est aussi favorable pour y associer les Russes. Déjouant tous les pronostics, ils ont accru leur production dans des proportions record depuis la chute de l’URSS afin de compenser leurs pertes financières. Signé le 30 novembre 2016, l’accord orchestre une baisse à 1,8 million de baril par jour. Cela équivaut à l’excédent de l’offre mondiale. A l’automne 2017, ces termes sont reconduits pour l’année 2018. Tombé à 40 dollars le baril en moyenne en 2016, le brut est remonté à 53 dollars en 2017 et pointe à 65 dollars au premier trimestre 2018.

Le roi Salmane doit une fière chandelle à Poutine. Pour ce dernier, l’urgence était moindre. A plus de 50 dollars le baril, en combinant le regain de sa production et la dévaluation du rouble, la Russie a restauré dès 2016 sa rente des hydrocarbures. D’ailleurs, ses pétroliers sont opposés aux quotas. Poutine leur a tordu le bras. Car en échange, il a obtenu l’engagement des Saoudiens de mettre le holà au soutien qu’ils dispensaient depuis 2011 à la nébuleuse djihadiste qui combat l’armée de Bachar Al Assad en Syrie. Et au passage, il a obtenu gain de cause pour l’Iran. Alors que le baril oscille autour de 80 dollars, Moscou et Riyad pourraient reconsidérer leurs positions à la prochaine réunion de l’OPEP, fin juin, à Vienne.

Sauveur du roi Salmane et de son fils MBS, Poutine est devenu le principal arbitre du Moyen-Orient et des cours du brut.

 

19/06/2018 - Toute reproduction interdite.


Le complexe pétrolier de Shaybah est vu de nuit dans le désert de Rub' al-Khali, Arabie Saoudite, 14 novembre 2007
De Meriadec Raffray

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