L’uniforme des matelots français est officiellement apparu en 1858. Destiné à donner du prestige aux marins, il fut aussi conçu pour les protéger des climats hostiles lorsqu’ils parcouraient les océans. Leurs vêtements et accessoires ont aussitôt inspiré les créateurs, propageant le style du moussaillon dans le monde. Retour sur l’un des symboles de la culture française au même titre que la baguette ! 

Par Klervi le Collen.

En 1983, Isabelle Adjani a marqué les esprits avec son « petit pull marine tout déchiré aux coudes », un pull trop grand, bleu foncé avec un col en V, un peu éloigné du modèle originel.

Mais quelle est la véritable histoire du vrai pull marin qui gratouille ?

Pour comprendre, il faut remonter aux hivers glacials qu’ont dû affronter tant de générations de marins mal équipés, car vêtus par leurs propres soins. Il fallait y remédier et leur permettre de se protéger des climats hostiles lorsqu’ils parcouraient les océans.

En 1858, un décret publié dans le bulletin de la Marine impose donc le caban et le tricot rayé bleu et blanc. Idée étonnante quand on se souvient que pendant des siècles, les rayures furent associées au diable, aux prostituées et aux bagnards. La description est précise : « 21 raies blanches larges de 20 mm et 20 ou 21 raies bleues larges de 10 mm » et pour les manches : « 15 rayures ». La couleur choisie est le bleu indigo qui tend vers le noir et résiste aux embruns et à l’eau salée. L’origine du nombre de rayures semble quant à elles assez floue. Plusieurs explications sont avancées, parmi lesquelles un hommage aux 21 victoires napoléoniennes. Mais la plus probable réside dans la technique de tissage et d’assemblage sur place du vêtement.

En 1874, la tenue s’est rapprochée de celle que nous connaissons aujourd’hui. Le pull marin est adopté de manière règlementaire en 1891 et la marine se fournit alors chez les Tricots Saint James dont les filatures se sont implantées en 1850 dans la ville manchoise éponyme. Située à la frontière de la Normandie et de la Bretagne, cette manufacture utilise la laine réputée des moutons du Mont-Saint-Michel et commercialise du fil de laine ainsi que des accessoires pour les merceries avoisinantes.

En 1889, le directeur Léon Legallais innove en proposant des chemises de laine. Puis des pulls marins. Et des années plus tard, ce sera le tour des marinières. Le succès est au rendez-vous.

« Et sur ta marinière, je cherche notre trait d'union » chantait Hoshi en 2018 qui venait de passer un partenariat avec Saint James en contant une histoire d’amour hydrique et sexy autour d’une marinière. Quelques années auparavant, en 2012, Arnaud Montebourg posait en couverture du Parisien Magazine avec une marinière pour défendre le « made in France ». Cette photo a fait le buzz à l’international.

Le symbole du chic à la française

La marinière d’aujourd’hui est un croisement entre le tricot rayé et la vareuse. Le style marin a inspiré la mode dès le XIXème siècle avec pour pionnier Édouard VII. Alors âgé de 4 ans en 1846, il apparaissait en costume de matelot de la Royal Navy. Sa tenue patriotique n’est pas passée inaperçue et les créateurs du monde entier l’ont copiée pour les enfants des familles aisées. Une récurrence se remarquait dans la fabrication : un col carré, des galons et la présence du bleu, du blanc et du rouge. Dans les années 1930, il fut à la mode pour les promenades dominicales et les sorties en bord de mer. Donald Duck le porte depuis 1934. Même les écoliers japonais s’habillent avec le Sailor fuku depuis la fin du XIXème siècle ! Dans les mangas, cette tenue prend une teinte érotique en mettant en scène des adolescentes en jupes et vareuses.

Chez les adultes, la mode est arrivée plus tardivement. Quelques stylistes s’inspirèrent des cols pour orner les élégantes. Il faudra toutefois attendre 1916 pour que Gabrielle Chanel ose porter la marinière à Deauville. Fini les corsets qui compressent les corps des femmes ! Désormais, on s’émancipe avec des pantalons à ponts et des vareuses revisités avec des matières fluides comme la soie, offrant aux femmes une allure masculine et transgressive. En 1966, Yves Saint-Laurent a lancé sa collection « matelot ».

En 1983, Jean-Paul Gaultier a marqué les esprits avec sa ligne « Boy Toy ». Tous les créateurs ont retravaillé ce haut bicolore : Kenzo, Prada, Lanvin, Dior, Castelbajac, Margiela, Rykiel…

Lagerfeld a créé de son côté les maillots officiels de l’équipe de foot française en 2011. De son côté, Brigitte Bardot a rayonné en marinière dans le Mépris , tout comme Jean Seberg dans A bout de souffle. Pablo Picasso les peignait, Brassaï les photographiait. John Wayne, le Mime Marceau, et Boris Vian posaient dans leur maillot rayé. Et Même Yvette Horner l’a portée détournée en robe !

Lors de l’exposition de 2017 intitulé « Is fashion modern ? », le MOMA (Museum of Modern Art) a présenté le « breton shirt ». La marinière quimpéroise d’Armor-Lux fut ainsi retenue parmi les 111 pièces présentées. Et cerise sur le gâteau, la Marine française va prochainement lancer sa propre boutique sous le nom de « Marine Nationale depuis 1626 ».

Le style marin force aujourd’hui l’admiration. Symbole du chic à la française, il n’est malheureusement pas toujours manufacturé en France…

29/03/2021 - Toute reproduction interdite


Un petit garçon photographié en habit de marin en avril 1898 (Photographie de famille)
© Collection Sirot-Angel/Le Collen
De Klervi Le Collen