Tout en surveillant le trafic en Méditerranée orientale, la frégate française peaufine sa préparation à l’éventualité d’un choc naval. Avec le retour des puissances navales et des postures agressives, le scénario du combat en haute mer n’est plus tabou.

Par notre spécialiste des questions de défense Mériadec Raffray, à bord de l’Aconit

8h00. Début de l’exercice de lutte contre les menaces asymétriques. Une vingtaine de marins sont mobilisés sous les ordres du lieutenant de vaisseau Marine, l’officier d’artillerie, assistée du chef de défense vue, Alex, un costaud. Les servants des deux canons de 20 mm et des 4 mitrailleuses de 12,7 mm sont parés. Tous ont revêtu un casque, un gilet pare-balles, une cagoule et des gants de protection ignifugés, y compris les personnels en passerelle, où le commandant en personne dirige la séquence. La mission de ce matin : s’entraîner aux procédures d’ouverture du feu et au tir à balles réelles sur des ballons largués en mer qui figurent des embarcations hostiles en approche rapide. C’est un danger réel pour les bateaux empruntant le canal de Suez, le détroit d’Ormuz ou en escale dans des ports étrangers. Tous ont en mémoire l’attentat à l’embarcation piégée téléguidé par Al Qaïda contre l’USS Cole dans le port d’Aden, au Yémen, en 2000. Le bilan fut énorme : un trou dans la coque qui immobilisera le destroyer américain ; 17 tués et 50 blessés parmi l’équipage.

La difficulté, explique le pacha Nicolas du Chéné « est d’abord de déceler la menace. Entre la méprise et la surprise, croyez-moi, l’équilibre est parfois délicat. Je me suis déjà retrouvé sur le point d’ouvrir le feu, et nous avons finalement réussi à régler l’affaire par le dialogue. Ensuite, il faut coordonner beaucoup d’acteurs dans une ambiance de stress et de bruit, avec des paramètres qui peuvent évoluer très vite. C’est pourquoi il faut répéter régulièrement. Mon souci, enfin, est d’augmenter mon vivier de tireurs à la 12,7 mm au sein de l’équipage. En cas de crise, j’ai besoin d’une grande polyvalence ». Les 178 marins de l’Aconit (en comptant les 13 qui s’occupent de l’hélico) ont tous une spécialité. En cas de rappel aux postes de combat, certains la délaissent pour une tâche opérationnelle : tireur, pompier, brancardier - c’est le cas des cuisiniers, qui ont alors trois minutes pour rejoindre l’infirmerie et s’équiper en conséquence.

Une préparation au combat renforcée

Au diapason des consignes édictées par le chef d’état-major des armées le général Thierry Burkhard, la Marine nationale, sous la houlette des directives prises par son chef, l’amiral Pierre Vandier muscle sa préparation à l’éventualité d’un affrontement en haute mer depuis sa nomination, l’année dernière. « Je n’aurais jamais appareillé sans avoir ma dotation en munitions », assure le commandant de l’Aconit lorsqu’on l’interroge. En plus de ses armes d’autodéfense rapprochée, la frégate est armée de 8 tubes lance-missiles mer-mer 40 Exocet anti-navires, d’une batterie de missiles Crotale anti-aériens de très courte portée et d’un canon automatique de 100 mm sur l’avant, capable de viser des cibles en mer ou à terre jusqu’à 17 km. L’Aconit a déjà participé à des opérations chaudes. En 2011, elle prend part à Harmattan contre la Libye de Kadhafi. En 2015, elle évacue en urgence les salariés de l’usine de liquéfaction du gaz de Total, au Yémen, menacée par la guerre civile. Mais l’équipage s’entraîne désormais au combat naval. Ce scénario est tombé en désuétude lorsque les ingénieurs navals conçurent cette frégate de type La Fayette dans les années 90, une période où l’on ne pensait plus qu’à encaisser les dividendes de la paix et où l’on privilégiait les missions de surveillance, de police de la mer et les actions spéciales. Ses flancs recèlent des installations et des embarcations rapides qui permettent de mettre en œuvre discrètement des forces spéciales.

Parmi les exercices planifiés qui s’enchaînent durant la navigation, le plus impressionnant est la séquence dénommée « Macopex » pour tester le niveau opérationnel de l’ensemble du bâtiment. D’un seul coup, témoigne le premier maître Matthieu, le capitaine d’armes, dont la mission est de vérifier en particulier que chaque marin sait ce qu’il doit faire, « tout le bateau s’anime ». Lorsque l’alarme retentit, les coursives se remplissent de marins qui s’équipent de tenues de protection et courent pour rejoindre leur poste, fermant hermétiquement derrière eux tous les panneaux étanches afin d’isoler chaque compartiment. « Il faut durcir le flotteur », explique le capitaine de frégate Laurence, le commandant en second. L’objectif est alors « de durer et combattre ».

Ces deux injonctions sont inscrites dans l’ADN de cet équipage, comme le rappelle le morceau de l’étrave de la première des Aconit, visible au carré des officiers. Le 11 mars 1943, dans l’Atlantique, cette corvette de forces navales de la France libre a coulé, coup sur coup, deux U-Boot allemands. Après avoir torpillé le premier, elle a éperonné le second. Cet exploit lui vaudra d’être décorée de la croix de la Libération et de la croix de guerre. Les deux décorations ornent les plis du fanion de sa quatrième descendante.

01/10/2021 - Toute reproduction interdite


Exercice incendie dans une coursive de la Frégate de type La Fayette (FLF) Aconit. Mer Méditerranée, le 28 septembre 2021. La Frégate de type la Fayette (FLF) Aconit participe à l'opération Chammal en Méditerranée Orientale
© Mélanie Denniel/Marine Nationale/Défense
De Meriadec Raffray