Les cendres des tours jumelles étaient encore fumantes lorsque le président américain George W. Bush a lancé ce qu'il a appelé une "guerre totale" contre "le terrorisme global", chassé les talibans du pouvoir. Obama a tué Oussama Ben Laden, coincé Al-Qaïda. Donald Trump pour sa part a liquidé Al Baghdadi et soi-disant fait tomber Daesh. Et pourtant, vingt ans plus tard, les talibans règnent à nouveau sur l'Afghanistan, sanctuaire d’Al-Qaïda et Daesh.

Par Bouziane Ahmed Khodja.

En 2001, l'ennemi numéro un de l'Occident était Al-Qaïda. Dans la ligne de mire, le régime des Talibans en Afghanistan, qui avait permis à Al-Qaïda de commettre l'attentat le plus meurtrier jamais perpétré contre un pays occidental. Vingt ans après le début de la guerre, le tableau est sombre : le djihadisme s'est métastasé, les groupes sont plus nombreux et se sont étendus à d'autres continents. Après l´Europe, l´Afrique en est infestée.

Après une première victoire militaire, Bush avait déclaré : "En Afghanistan, nous avons contribué à libérer un peuple opprimé, et nous continuerons à aider à rendre leur pays sûr, à reconstruire leur société et à éduquer tous leurs enfants, garçons et filles. "

Mais vingt ans plus tard, les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan et réinstaurent la charia (loi islamique). Que leurs discours d'apaisement soient crédibles ou non, il est établi que les islamistes ultra-radicaux qui gouvernent le pays sont très proches d'Al-Qaïda. Preuve en est le drapeau de la République islamique d´Afghanistan qui flotte triomphalement sur tous les toits des édifices publics. Le drapeau est blanc frappé de la "Chahada" (Profession de foi de l´Islam) en lettres noires. La "Chahada" est l´un des cinq piliers de l´Islam et signifie littéralement : " J´atteste qu´il n´y a pas de divinité hormis Allah et Mahomet est son prophète"

Si les Américains ont réussi à tuer Oussama Ben Laden, ils n´ont pas vaincu le terrorisme djihadiste. Si l'objectif était de mettre fin au djihadisme transnational, leur échec est total.

Un bilan désastreux

Les objectifs fixés étaient inatteignables. Le terrorisme ne peut être vaincu qu´avec une profonde et audacieuse réforme de l´islam, par les musulmans eux-mêmes. Ce qui ressemble à une utopie. Mais le temps presse, car la menace évolue constamment. Ce qui revient à dire que les penseurs de l´Islam doivent agir aujourd´hui, avant demain.

Christophe Cornevin écrivait dans le Figaro, le 6 juillet 2021 : En France, " Selon un dernier bilan, 7768 radicalisés figurent encore au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FPRST). (…). En prison, figurent encore 467 détenus impliqués dans des procédures terroristes et 703 prisonniers radicalisés. Au-delà des chiffres l´hydre s´est métamorphosée. "

Le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington a estimé en 2018, que le nombre de groupes terroristes actifs est de 67. Étant ainsi à son plus haut niveau depuis 1980. Quant au nombre de combattants, il varie, selon les sources compilées par le CSIS, entre 100 000 et 230 000. Cela représente une augmentation de 270 % par rapport aux estimations de 2001. Si, selon divers analystes, les chiffres sont discutables, la tendance, elle, ne l'est pas du tout.

Les observateurs estiment que malgré les plus de mille milliards de dollars dépensés par les Américains en Afghanistan, le bilan est désastreux. Toutefois, l´une des erreurs les plus graves commises par les États-Unis est le renversement du régime irakien de Saddam Hussein en 2003. Sentiment partagé par les experts du djihadisme. "Cela a permis à Al-Qaïda de refaire surface, ce qui a jeté les bases de la création de l'État islamique", avait déclaré Seth Jones, expert en terrorisme au CSIS à Washington.

20 ans après, Un djihadisme multicéphale

Les experts décrivent une stratégie qui privilégie la confrontation, sans prendre suffisamment en compte les terreaux du djihadisme, tels que la guerre, le chaos et la corruption.

Des conflits comme celui de la Syrie ou de l´Afghanistan peuvent mobiliser et radicaliser des milliers de combattants en peu de temps. Ils peuvent aussi favoriser le trafic d´armes, de drogue et la traite des êtres humains. Il est indéniable, aujourd´hui, de reconnaître que l'un des mécanismes les plus efficaces pour empêcher le recrutement de militants islamistes est celui d'offrir aux populations de ces régions de meilleures alternatives : une vie meilleure, de l’éducation, l’équité sociale et des opportunités égales á celles offertes aux classes privilégiées. Les armes ne font pas ça.

Privilégier la confrontation armée, sans tenir compte de l´analyse de la composante des terreaux du terrorisme et de la sève qui les nourrit, comme la guerre, le chaos et la corruption est une erreur et constitue un échec stratégique.

Vingt ans après le 11 septembre, le paysage terroriste a aussi complètement changé. Le djihadisme était monocéphale, incarné par Al-Qaïda, il est désormais multicéphale, avec l'émergence de Daesh, Al-Shabab, ou encore Boko Haram. La portée géographique de la menace djihadiste a également changé. Autrefois présents au Moyen-Orient, les groupes sont désormais actifs dans toute l'Afrique, dans la plupart des pays arabes et en Asie du Sud et du Sud-Est.

En Occident comme dans d´autres régions du monde, il ne s´agit plus d'un petit nombre de personnes qui doivent être mises sur une liste de surveillance. La menace s'est métastasée. Il y a plus de pays, dans des zones diverses de la planète qui sont confrontés à l'extrémisme violent.

Nouvel ordre mondial

L'Afrique est devenue la nouvelle zone d´extension du terrorisme, entre le Maghreb et le Sahel, la Somalie et la Libye, le Nigeria, le Mozambique et la République démocratique du Congo (RDC). Une expansion vers la corne de l´Afrique qui prétend envahir encore d´autres régions du continent, car là où règnent les régimes autoritaires, l´injustice et la misère, le djihadisme recrute et cultive son bouillon de culture.

Le front du djihad s'est déplacé du Moyen-Orient vers l'Afrique. En définitive, l'Occident n'a pas réussi à anticiper l'émergence d'un nouveau champ de bataille et à évaluer le potentiel de la menace terroriste en Afrique dans le contexte du " Néo-Djihad" africain.

L'ordre mondial a également changé. Du jour au lendemain, le 11 septembre a proclamé le terrorisme islamiste comme l’"ennemi numéro un" des États-Unis et de leurs alliés. Depuis lors, les tensions avec l'Iran, la Russie et la Chine se sont endurcies.

En même temps et lieu, d'autres menaces apparaissent. Ni Al-Qaïda ni l'État islamique ne semblent avoir les ressources nécessaires pour commettre une attaque massive contre l'Occident dans l'immédiat, comme l'attentat de Paris du 13 novembre 2015, mais la menace des "loups solitaires", des "cellules dormantes" ou des illuminés, souvent radicalisés sur internet et tuant sans discernement, au nom de l'un ou l'autre, avec une arme à feu, un couteau ou un camion, accable les services de renseignement. Ce qui est certain, c'est que vingt ans plus tard, la menace djihadiste n'a pas disparu. Elle a muté.

09/09/2021 - Toute reproduction interdite


Un pompier de la ville de New York demande à d'autres secouristes de se frayer un chemin dans les décombres du World Trade Center, le 15 septembre 2001.
© U.S. Navy Photo by Journalist 1st Class Preston Keres/Reuters
De Bouziane Ahmed Khodja