La majorité des pilotes de chasse et navigateurs-opérateurs systèmes d’armes (sur les avions biplaces) font désormais leurs gammes à la base aérienne 709 de Cognac-Châteaubernard, le nouveau creuset des « Chevaliers du ciel » du XXIe siècle. Reportage exclusif.

Par notre spécialiste des questions de défense, Mériadec Raffray.

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Penché sur le cockpit du Pilatus PC 21, le lieutenant Théodore, 25 ans, détaille les équipements présents dans la cabine du nouvel avion d’instruction des futurs pilotes de chasse de l’armée de l’Air et de l’Espace : « tout l’intérêt pour nous, les élèves, c’est qu’il ressemble à celui du Rafale. Avec le manche de type « HOTAS » (de langlais : « Hands On Throttle And Stick »), le pilote peut actionner les fonctions tactiques. Sur les trois écrans centraux ont été regroupées les principales informations : la cartographie du vol, l’avionique, les pistes radar, larmement embarqué simulé » car cet aéronef n’emporte rien d’autre que l’élève et son instructeur. « Au-dessus, nous avons même lafficheur dinformations tête haute ». Bienvenue à la prestigieuse École de l’aviation de chasse (l’EAC), sur la base aérienne 709 de Cognac, en Charente. En fin de cycle de formation, le jeune officier s’apprête à intégrer directement son premier escadron de Rafale et démarrer sa carrière opérationnelle de pilote de combat.

Autant motivé par l’aéronautique que le service de son pays, Théodore est diplômé de l’École de l’Air de Salon-de-Provence. Sélectionné pour la chasse, il a rejoint directement Cognac à l’issue de sa formation. Il termine un entraînement exigeant de 18 mois découpée en trois phases : « basic », « advanced » et « rated ». Au pays des aviateurs, l’anglais et les acronymes sont rois. Il l’a suivie avec son jumeau, le lieutenant Dorian, 26 ans, penché sur l’autre oiseau à la belle livrée bleue stationné sur le tarmac de cette base de 460 ha bordée par les vignes. Inséparables depuis leur prépa à l’École des Pupilles de l’air, les jeunes « Tanguy et Laverdure » ont alterné, au rythme de 4 missions par semaine, les vols avec leur instructeur sur ces avions d’origine suisse et les entraînements au sol sur les simulateurs. Cadre à l’école, le lieutenant-colonel Stanislas, 1 000 heures de vol sur Mirage 2000 N, précise : « Ici, les simulateurs comptent pour 40% de leur temps. Très sophistiquées, les deux types de machines mises à notre disposition dispensent les cours théoriques, reproduisent tous les incidents de vols jusqu’à l’éjection, et la plupart des situations tactiques. Nous pouvons ainsi gagner du temps et aller à l’essentiel quand nous sommes dans l’avion avec l’élève, tout en économisant des heures de vol ».

Avec leur hélice à 5 pâles couplée à un moteur développant 1 600 chevaux, les 17 PC21 basés à Cognac offrent les mêmes caractéristiques que les mythiques Alphajet sur lesquels sur lesquels Jusqu’en 2019, tous les pilotes se formaient au combat, et qui équipent aussi la patrouille de France.

D’ici 2023, lorsque 9 autres appareils à hélice auront été livrés à la BA 709, les derniers chasseurs franco-allemands encore en parc à Cazaux - où sont toujours aiguillés quelques élèves sortant de Salon-de-Provence - seront définitivement retirés du service. « Le plus important pour la formation », décrypte le lieutenant-colonel Stanislas, « c’est de restituer la compression temporelle que crée l’avion à réaction. À bord du Pilatus, qui vole à plus de 600 km/h, la charge de travail est importante, il n’y a pas de temps morts, croyez-moi ». Qui plus est, les contraintes physiologiques sont proches de celles du Rafale : le tandem peut encaisser de -4G et +8G. « Au terme d’une séance d’instruction de 45 minutes, on est rincé », confirme le lieutenant Dorian.

Des élèves pilotes impressionnants de maîtrise et de précision

Le patron de la base de Cognac, le colonel Nicolas, qui totalise 128 missions de guerre, confie : « un pilote de chasse n’est pas un surhomme. Il doit surtout présenter des prédispositions à diviser son attention. Nous lui faisons passer des tests pour cela. S’ils s’avèrent positifs, on va lui apprendre à faire une chose à la fois dix fois de suite dans un laps de temps de dix secondes ». Quelques instants plus tard, démonstration en salle avec le lieutenant-colonel Thibault, instructeur, titulaire de nombreuses heures de vol sur Mirage 2000 D, et le lieutenant Pierre, 27 ans, futur navigateur-officier système d’arme. Le moniteur et son élève exécutent en accéléré, sur ordinateur, la séquence d’un raid sur un objectif déterminé. Une fois à la verticale de la cible, l’apprenti dispose de 30 à 60 secondes pour la valider et larguer sa bombe. Le tout est impressionnant de maîtrise et de précision.

En escadron, s’ajouteront en plus la fatigue et le stress du combat.

En modernisant sa formation, l’École de l’Aviation de Chasse de Cognac a raccourci de près de 8 mois (avec de sérieuses économies à la clé) le temps nécessaire pour produire des pilotes de chasse et des navigateurs. Seuls les meilleurs candidats - et les plus motivés - ont leur chance.

22/06/2021 - Toute reproduction interdite


Un Pilatus PC-21 de l'Armée de l'air française en 2019
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De Meriadec Raffray