Le film « Mon Légionnaire » sort en salle ce 6 octobre 2021. Après « Le soleil reviendra », sorti à la fin de l’année 2020, c'est le deuxième long métrage traitant du sujet difficile du couple et de l’amour chez les militaires. Deux œuvres au ton juste réalisées respectivement par Rachel Lang et Cheyenne-Marie Carron.

Par Mériadec Raffray

« Je préférais le voir moins, mais qu’il soit heureux et épanoui, plutôt que de le garder auprès de moi dans quelque chose où il se serait éteint petit à petit ». Ce sont les mots prononcés par Alexandra sur la chaîne LCI, après la mort au combat de son compagnon, le sergent Maxime Blasco, tué dans le sud-est du Mali le 24 septembre dernier. « Pour moi, il était un héros », dit la jeune femme de l’apprenti pâtissier savoyard dont elle était tombée amoureuse et qu’elle avait poussé à s’engager dans les chasseurs alpins pour qu’il accomplisse le rêve de sa vie : devenir tireur d’élite. Femme-courage, Alexandra avait connu plusieurs fois le déchirement des départs, l’angoisse de l’attente, la joie des retrouvailles, jusqu’à ce jour où les autorités du 7e bataillon de chasseurs alpins (7e BCA), en grande tenue, ont sonné à sa porte pour lui annoncer la mort de Maxime. Le don de soi pour l’autre, la grandeur et la servitude du rôle de conjoint ou de mère d’un soldat : avec le retour de la guerre et des morts au combat (52 au Sahel), un cinéma d’auteur s’est emparé de ces thèmes difficiles. Comme le film « Mon Légionnaire » qui sort en salle ce 6 octobre, dont l’action oscille entre l’ambiance familiale d’une garnison sur l’île de Beauté et les pistes poussiéreuses et piégées du Mali - reconstituées pour l’occasion au Maroc.

L’institution militaire a refusé son appui à sa jeune réalisatrice, Rachel Lang, 37 ans, car elle s’est emparée d’un tabou chez les légionnaires : les familles. À défaut, elle s'est entourée « d’anciens » et a bénéficié de son réseau parmi les officiers pour la conseiller. Dans une autre vie, Rachel est lieutenant de réserve. Elle est déjà partie en opération au Mali pendant plusieurs mois avec sa section. Tout cela se ressent dans la justesse des personnages. À commencer par le lieutenant Maxime - joué par un Louis Garrel métamorphosé - dont la diction à la radio lors d’un accrochage suffit à imprimer le rythme de la guerre, un peu dans l’esprit de la « Section Andersen » filmée par Schoendoerffer. L’autre personnage central, Vlad, un jeune légionnaire russe, est aussi magnifiquement et justement incarné par l’acteur russe qui monte, Alexandr Kuznetsov.

Son film montre ces deux soldats évoluer au rythme de leurs « femmes » respectives. L’épouse du lieutenant, Céline, est une avocate incarnée par Camille Cottin. Et Nika, la petite amie ukrainienne du légionnaire, qui a tout bravé pour le rejoindre, est un rôle parfaitement maîtrisé par la touchante Ina Maria Bartaité, une actrice lituanienne, décédée accidentellement avant la sortie du film. En dépit de certaines scènes de vie ratées et du parti-pris de la réalisatrice de n’aborder que l’aspect difficile de la séparation, le film convainc par ses qualités intrinsèques et un dénouement dramatique aussi inattendu que symboliquement fort.

En comparaison, tout le mérite de l’autre film sur le même thème l’ayant précédé de quelques mois, Le soleil reviendra, est d’avoir abordé l’ensemble des facettes de la séparation, tout en focalisant sa caméra quasi exclusivement sur les « femmes de ». Sa réalisatrice, Cheyenne-Marie Carron, campe la vie d’une épouse qui attend son premier enfant sans son homme, parti combattre en Afghanistan. Elle montre les difficultés et les doutes qui l’assaillent dans sa vie quotidienne, mais aussi la joie intime que lui procure le sacrifice de la séparation consentie par amour, qui sublime les valeurs de la fidélité et de l’espérance. Justesse des dialogues, fraîcheur des acteurs. Le personnage principal, Emma, 26 ans, est incarné par la ravissante et subtile Florence Eugène. Les comédiens qui l’entourent sont souvent des acteurs en herbe, telle Oksana incarnée par Sabrina Verrier, jouant à la perfection sa propre histoire. Mariée à 25 ans à un caporal-chef qui est mort au combat, elle est restée seule. Un film volontairement plus proche du réel, mais qui sait retranscrire l’intensité dramatique de la vie de ceux qui s’engagent.

Le Soleil reviendra, sorti en DVD (www.cheyennecarron.com)

Mon Légionnaire, en salle ce 6 octobre


"Le soleil reviendra" réalisé par Cheyenne Carron
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De Meriadec Raffray