Alors que le pays venait de se relever de la crise financière, le tsunami du Covid-19 a remis à genoux l’économie chypriote, à cause notamment de l'effondrement du tourisme. Mais Chypre ne manque pas de ressources pour espérer un rebond de son économie.

Par notre envoyée spéciale à Chypre,  Marie Corcelle.

On se rappelle bien en 2013 les images montrant les banques de Chypre fermées et ses habitants faisant vainement la queue devant les distributeurs de billets. Frappée par la crise financière puis contrainte de restructurer son système bancaire pour connaître une période d’austérité, l’économie chypriote semblait s’être plutôt bien rétablie. Depuis 2015, elle possédait l’une des économies les plus dynamiques d’Europe, avec un taux de croissance supérieur à 3%. Mais c’était sans compter sur l’arrivée d’une pandémie mondiale. En 2020, la dette publique s’élevait à 119%, contre 94% en 2019, soit 25 milliards d’euros supplémentaires. Le tourisme, l’un des principaux secteurs d’activité du pays, a été durement frappé, avec 90% de touristes en moins en juillet 2020. Mais l’économie chypriote a la capacité de se relever. C’est ce que soutient Elena Tanou, vice-présidente de la chambre de commerce et d'industrie de Nicosie et de l’agence de voyage Top Kinisis Travel. Depuis son bureau avec une vue imprenable sur Nicosie, cette femme d’affaires réputée et respectée affirme que « l’économie chypriote est très dynamique », et que le pays « a un potentiel énorme ». Elle salue d’ailleurs l’abandon par le gouvernement de la pratique des Golden Visas, qui visait à attirer les investisseurs dans l’immobilier en échange de la nationalité chypriote : « Je crois que c’est bien d’avoir arrêté, et puis nous avons surtout bien d’autres atouts ». En effet, l’île attire les entreprises étrangères, avec l'un des taux d’imposition sur les sociétés les plus faibles d’Europe, à hauteur de 12,5% . « De nombreuses compagnies viennent ici, notamment les tech compagnies », affirme Elena Tanou. C’est le cas des compagnies américaines NCR et Amdocs, ou encore le développeur de jeux vidéo Wargaming, dont le siège social est basé à Chypre. La main d’œuvre chypriote est également extrêmement qualifiée, notamment dans le domaine juridique. Ce qui explique la floraison des cabinets d’avocats un peu partout dans les rues de Nicosie. Car l'ancienne colonie britannique a hérité de la traditionnelle Common Law. « Les avocats et juristes étudient au Royaume-Uni, et ramènent leur expertise ici. Ils ont les mêmes qualifications et le même professionnalisme que les Anglais, à la différence que les tarifs sont différents » affirme Elena Tanou.

Le tourisme comme fer de lance

À la faveur de ses 500 km de côtes émaillées de magnifiques plages, d'un important dispositif hôtelier et de la bienveillance de ses habitants, le tourisme à Chypre est l’un des piliers de l’économie de l’île, qui représente près de 15% du PIB chaque année. Il suffit de se rendre à proximité de Paphos, dans le Sud-Ouest, du côté de l’Aphrodite Beach, pour comprendre ce qui attire les voyageurs : une mer turquoise surplombée d’immenses rocs entourés par une importante végétation. Forte de ces paysages, l’île de 800 000 habitants a accueilli 4 millions de touristes en 2019 - un chiffre record -, avec en tête des visiteurs britanniques. Mais pour cause de pandémie, le tourisme s'est effondré en 2020, à Chypre comme ailleurs : « Cette année, nous n’avons que 30 voire 45% du nombre de touristes en comparaison avec l’année 2019. Le secteur a été complètement détruit », déplore Elena Tanou. Pour relancer l'activité, le pays inaugure une campagne intitulée Heartland of Legends, afin d’attirer de nouveau les visiteurs. Le but ? « Promouvoir le patrimoine culturel de l’île en développant le tourisme dans les campagnes ». Ce qui sera « une réussite assurée », glisse Elena Tanou dans un sourire.

Les exportations, pilier de l’économie

Au-delà du tourisme, Chypre tire aussi profit des importantes sources de gaz découvertes au large de l’île en 2011. Ce qui représente pour le pays un revenu de 434 millions de dollars (en 2020), soit 16% du total des exportations. Pour Elena Tanou, « C’est une réelle opportunité étant donné que nous sommes une petite île, car c’est un élément important pour peser sur la scène internationale ». Toutefois, cette exploitation par la République de Chypre attise la convoitise d’Erdogan, qui tente par tous les moyens de faire main basse sur ces précieuses ressources. Outre les hydrocarbures, « l’une des principales sources d’exportation concerne les produits pharmaceutiques, avec deux compagnies majeures, Remedica et Delorbis Pharmaceuticals. Et le phénomène s’est accru avec la pandémie », précise la femme d’affaires. En effet, le montant s’élève à 378,69 millions de dollars en 2020, contre à peine 300 millions en 2019.

Pour illustrer ce nouvel élan et comme témoignage de la modernisation de l'économie, Elena Tanou précise que les ventes à l'international des productions pharmaceutiques chypriotes dépassent désormais celles du Halloumi, qui était auparavant le premier produit d'exportation !

Mais dans les cafés bondés à proximité des remparts vénitiens de Nicosie, cette mutation et ce rebond économique ne retiennent toutefois pas l'attention des Chypriotes. La plupart des conversations tournent autour de la question d'une immigration instrumentalisée par Erdogan, et de la menace turque, au nord de l'île. Face au danger immédiat, toujours plus sensible, d'une plus grande ingérence - sinon d'une invasion – de la Turquie, les soucis économiques des Chypriotes sont ainsi relégués au second plan.

25/10/2021 - Toute reproduction interdite


La plateforme de forage gazier Homer Ferrington, forant dans un bloc offshore sur concession du gouvernement chypriote, le 21 novembre 2011.
© Cyprus Public Information Office/Handout/Reuters
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