Culture | 28 avril 2021

Chine : La révolte des Boxers

De Klervi Le Collen
5 min

À partir des années 1850, les puissances occidentales ont eu plusieurs objectifs en Chine, dont sa mise sous tutelle. La nouvelle manne financière offerte par cet immense pays, affaibli par sa désorganisation militaire et politique, a engendré des conflits qui se sont soldés par des bains de sang. La révolte des Boxers qui a débuté en 1900, est l’une des guerres les plus violentes ayant secoué la Chine. Pour maigre consolation, ce conflit s’est conclu en 1901 par le début de la modernisation du Céleste Empire.

Par Klervi le Collen.

Les premières routes commerciales entre l’Europe et l’Asie sont datées de - 2000 avant J.C. et la Chine est rapidement devenue une terre propice aux échanges. Les lazaristes, puis les missionnaires catholiques s’y sont implantés dès le XVIIème siècle et ont combattu le confucianisme, tout en apportant une vision européenne de la médecine et la création d’écoles. Deux siècles plus tard, on estimait qu’un million de Chinois s’étaient convertis. Surnommés les « chrétiens du riz », leur conversion répondait à un besoin de survie, car la Chine avait connu plusieurs famines, dont celle liée au phénomène climatique d’El Niño, qui a conduit à la révolte des Boxers.

Vers 1850, la Chine était un objet de convoitise pour les puissances du Concert européen. La France s’était imposée avec les signatures des traités de Saïgon en 1862 et 1874. Des milices chinoises étaient alors opposées au commerce maritime français qui prenait de l’ampleur et ces dissensions se sont soldées par des épisodes sanglants. La bataille du col de Zhennan et la retraite de Lang Son en mars 1885 ont provoqué la chute du ministère de Jules Ferry. « L’affaire du Tonkin » a été l’objet d’une controverse autour du colonialisme auprès de l’opinion publique française. La victoire française a toutefois été célébrée la même année, par la signature du Traité de paix, d’amitié et de commerce, donnant naissance à l’Indochine française en 1887, avec l’Annam, le Laos, le Tonkin, la Cochinchine et le Cambodge.

En cette fin de siècle, le démantèlement de la Chine était bien entamé. La Chine a perdu les villes et régions de Taïwan, de Port-Arthur et la Corée, passées sous protectorat japonais en 1895, et le pays s’est vu dominé par l’impérialisme économique occidental.

« Renversons les Qing, détruisons les étrangers. »

Tel était le slogan scandé par les insurgés des campagnes lorsqu’ils ont défilé à Pékin en mars 1898. Depuis quelques années, la colère grondait dans les campagnes. Ces révoltés, rejoints par des bateliers et des artisans appauvris furent surnommés « les Boxers ». Ils appartenaient à des sociétés secrètes dont le symbole était un poing fermé. Ces milices « de la justice et de la concorde » - les Yi He Tuan - étaient sportives, pratiquaient des arts martiaux et visaient des actions radicales. Elles souhaitaient faire disparaître la dynastie mandchoue des Qing qui gouvernait le pays de manière conservatrice, sous la coupe de l’Impératrice douairière Cixi. Les Yi He Tuan voulaient en outre mettre un terme au « break-up of China », le démantèlement colonialiste entaché par le comportement de certains colons. Animés par un fort sentiment de xénophobie, ils ont assassiné en 1897 deux missionnaires allemands dans la province du Shandong. Cet incident conduisit à la mainmise de l'Allemagne sur la baie de Jiaozhou. Le mouvement des Yi He Tuan a multiplié les actions de rébellion. Tout ce qui rapportait de l’argent aux occidentaux a été détruit comme les lignes télégraphiques et ferroviaires ou les boutiques vendant des produits importés. Sentant le déchaînement des insurgés s’aggraver, les occidentaux se sont alliés pour les combattre.

« Soutenons les Qing, détruisons les étrangers. »

L’ultime provocation est survenue avec l’assassinat du Baron allemand Von Ketteler, le 20 juin 1900. Cette date a marqué le début des « 55 jours de Pékin » ou les Boxers ont entamé le siège des légations occidentales dans la ville. Cixi, d’abord hostile aux Boxers, a décidé d’exploiter leur colère dans la reconquête de sa souveraineté. Ses soldats ont défilé avec les révoltés en clamant : « soutenons les Qing, détruisons les étrangers ».

De leur côté, l’Empire allemand, L’Autriche - Hongrie, Les Etats Unis, La France, le Royaume-Uni, l’empire de Russie, le royaume d’Italie et l’empire du Japon ont organisé leur riposte avec des troupes solidement armées.

Le 21 juin 1900, la guerre a été officialisée. Les Chinois ont fait régner la terreur : têtes coupées sur des piques, massacre des ecclésiastiques, destruction des églises... Comble de l’horreur, des têtes ont été suspendues aux portes des cités entourées par des pyramides de cadavres. Plus de 30 000 « chrétiens du riz » ont ainsi été massacrés.

Suite à la perte de l’Alsace et de la Lorraine 30 ans auparavant, les Français ont laissé leurs griefs de côté pour un temps et ont rejoint les troupes dirigées par l’Empereur allemand Guillaume II. Un corps expéditionnaire de 20 000 soldats a marché sur Pékin et ses alentours pour reprendre le contrôle et libérer les légations. Le 14 août, la situation était maîtrisée par les alliés et de terribles représailles ont commencé. Des expéditions punitives marquées par des viols, des meurtres, des pillages, et des humiliations ont été encouragées. À la fin de l’année 1900, environ 100 000 hommes ont défendu les intérêts occidentaux.

Cixi a fait volte-face en décidé de soutenir les alliés tout en contribuant au massacre des Boxers. Un traité de paix humiliant pour la Chine a été signé le 7 septembre 1901. Plusieurs établissements de défense ont dû être détruits et la Chine a dû s’acquitter de lourdes indemnités à payer, tout en étant témoin de l’expansion de la zone de contrôle des alliés.

Le retour de Cixi à Pékin en janvier 1902 a été marqué par une fragilisation de la Dynastie des Qing et par une série de réformes : le bandage des pieds pour les fillettes a été supprimé, l’éducation a été rendue accessible aux filles, et les programmes scolaires ont été européanisés. Les réalisations occidentales et l’instauration d’infrastructures ont marqué le début de l’industrialisation, faisant basculer la Chine dans une première ère de modernisation. Cette période a coïncidé avec les débuts d’une presse plus « libre », des départs d’étudiants à l’étranger, des mouvements intellectuels et réformateurs ainsi qu’une réorganisation des structures liées à la défense et au développement économique. Des chambres de commerce ont été créées et un système judiciaire indépendant a été mis en place. L’ensemble s’est inspiré du fonctionnement des entreprises et des ministères occidentaux.

Toutefois, l’application de ces réformes s’est avérée longue. Le décès de Cixi en 1908 a constitué un obstacle au progrès, et son successeur Zaifeng, n’est pas parvenu à faire face aux multiples problèmes du pays comme la mise en place d’un système bancaire et d’une stratégie d’investissement et d’ouverture aux marchés efficace. Ces difficultés ont mis un terme au règne de la dynastie des Qing, au pouvoir depuis 1644, et ont conduit à la révolution chinoise de 1911, laissant place à la République de Chine.

26/04/2021 - Toute reproduction interdite


Photo anonyme de soldats français qui posent avec des enfants chinois à Pékin en 1901.
© Collection Sirot-Angel/Le Collen
De Klervi Le Collen

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