Analyses | 5 septembre 2020

Charlie : Pourquoi les islamistes n'auront pas notre peur

De Guillaume Bigot
3 min

Le procès des attentats contre Charlie qui ont coûté la vie à 17 innocents en janvier 2015 s’est ouvert mercredi. S’il constituera, à n’en pas douter, une épreuve pour les familles et pour les survivants, ce procès leur sera aussi essentiel.

                                                                                    La chronique de Guillaume Bigot.

 

Ce ne sera pas le jugement des meurtriers, abattus par nos forces de l’ordre mais de 14 de leurs complices présumés qui seront défendus par des avocats. Un procès doit rendre justice, ce qui n’est du tout la même chose que de venger, comme le voulaient les frères Kouachi.

Et ce n’est pas au nom d’Allah que l’on rend justice mais du peuple français.

Nous ne ressemblerons jamais à ceux qui cherchent à nous intimider.

Nous n’avons nul besoin de terroriser pour être justes.

Un procès est important pour comprendre. Mais comprendre n’est pas excuser.

Zineb el Rhazoui, ancienne membre de la rédaction de Charlie, absente le jour de l’attaque a expliqué : « Les Kouachi ne nous connaissaient pas. S'ils sont venus commettre cette boucherie, c'est qu'ils croyaient en une idéologie et cette idéologie, il faut en faire le procès. »

Ce procès est très important car il doit juger l’islamisme.  Ce procès est également historique car ce sera le premier procès du djihadisme filmé.

On se félicite de la décision de filmer la procédure.

Mais on regrette que les images qui seront versées aux archives nationales ne soient pas rendues publiques avant 50 ans.

Pourtant, on a pu rapidement visionner les minutes des procès de Nuremberg, d’Eichmann ou de Barbie. Pourquoi attendre un demi-siècle ?

Pour ne pas perturber les débats ? Mais ce sera tout de même filmé.

Pour ne pas alimenter le complotisme ou ne pas offrir de tribunes à nos ennemis ? Seulement filmer sans diffuser alimentera tous les fantasmes et toutes les propagandes.

Craindre de faire le jeu des terroristes ? C’est avouer que nous ne sommes pas sûr de nous.

La justice est publique et un procès doit servir à faire toute la lumière.

En vérité, ne pas diffuser rapidement les images de ce procès, c’est redouter sans l’avouer le verdict de l’histoire.

Il serait pourtant essentiel de révéler comment les attentats se préparent et se financent, ce qui démentirait les fables des loups solitaires ou des déséquilibrés.

La retransmission du procès permettrait de montrer que ces soi-disant guerriers sont des lâches qui tuent de sang-froid des hommes, des femmes et des enfants désarmés, comme le faisaient les nazis.

Leur courage est celui de suicidaires qui finissent par se jeter sous les balles de nos soldats ou de nos policiers.

Il aurait été important de montrer que s’il existe chez nous un Islam de bon père de famille, il existe aussi un Islam conquérant et vindicatif qui connaît une dynamique inquiétante.

La publicité des audiences aurait révélé qu’il n’existe aucune paroi étanche entre djihadistes et prédicateurs islamistes.

Il aurait été plus essentiel encore de montrer comment cette idéologie meurtrière se distille dans nos banlieues, dans nos prisons et pas seulement parmi les enfants de l’immigration musulmane d’ailleurs.

Comment un enfant qui a grandi avec les dessins de Cabu au Club Dorothée peut-il avoir envie au nom d’Allah de vider son chargeur sur des journalistes ?

Ce n’est pas une question pour dans 50 ans mais une question pour aujourd’hui.

La preuve qu’il y a urgence à y répondre, ce sont les résultats effarants mais nullement surprenants du sondage IFOP commandé par Charlie Hebdo et qui révèle qu’un jeune français musulman sur quatre comprend les meurtriers de janvier 2015.

Il y a aussi et surtout urgence à cesser de confondre laïcité et neutralité, tolérance et lâcheté. « Nous ne nous coucherons jamais. Nous ne renoncerons jamais » a promis le directeur de Charlie, Riss, lui-même blessé pendant la tuerie, dans le numéro de cette semaine qui a republié les caricatures de Mahomet.

Ce geste incroyable de courage et de résilience est considéré par certains comme une provocation. Les pétainistes inventaient des excuses aux hitlériens et cherchaient à les amadouer. Les traitres d’aujourd’hui luttent contre un racisme imaginaire qu’ils appellent l’islamophobie.

Nos ennemis doivent comprendre que si nous préférons vivre et épargner des vies, nous sommes aussi des dizaines et des dizaines de millions de citoyens à nous tenir prêts, si nous n’avions d’autres choix, à tuer et mourir pour défendre la liberté.

N’ayez aucun doute, Charlie, c’est la France.

 

Guillaume Bigot, essayiste, chroniqueur sur C-News dirige une grande école. Son prochain ouvrage sort en octobre, aux éditions Plon, La Populophobie, pourquoi il faut changer les classes dirigeantes françaises ?

06/09/2020 - Toute reproduction interdite

 

 


Ouverture du procès des attentats de janvier 2015 à Paris contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, une policière à Montrouge et le supermarché casher Hyper Cacher, au palais de justice de Paris le 2 septembre 2020
Charles Platiau / Reuters
De Guillaume Bigot

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