L’éditorial d’Emmanuel Razavi.

Je crois avoir une bonne connaissance de notre armée.

En tant que grand reporter, je l’ai côtoyée sur le terrain, en Afghanistan, dans le Golfe persique ou en Afrique, entre autres.

En tant qu’officier de réserve, durant des années, je l’ai vue de l’intérieur.

Elle a un sens éthique et un profond respect de nos institutions.

Il n’y a ainsi, fort heureusement, aucun risque à la voir prendre le contrôle de nos rues.

La fébrilité médiatique et le manque d’imagination fait déraper certaines de nos personnalités politiques qui nous croient revenus au temps de la guerre d’Algérie.

Il y a des indignations si faciles …

Un malaise profond, perçu par une large partie de la population

La vérité est plus simple : nous sommes dans un moment de l’histoire ou un certain nombre d’hommes et de femmes qui font l’honneur de cette institution ont décidé de rompre le silence, car ils ont justement peur de voir notre pays imploser.

Ils disent en fait la même chose que les policiers ou les spécialistes des services de renseignement que nous interviewons.

Que les uns et les autres aient raison ou tort de s’exprimer publiquement n’est pas la question .

La vérité, c’est qu’ils expriment un malaise profond, perçu par une large partie de la population à laquelle ils appartiennent et dont ils prennent mieux que personne le pouls.

Qu’ils bravent ou non le devoir de réserve n’est pas non plus le sujet. D’autres, au plus haut niveau de l’État, l’ont fait avant eux.

Le véritable sujet, c’est de regarder la vérité en face, de ne plus être dans le déni comme le sont nos gouvernants.

Que cela plaise ou non, la France apparaît mal dirigée à une grande partie de nos concitoyens. Elle leur semble entre les mains de gens qui n’ont plus le sens de l’État, qui ne connaissent pas la nation française, et qui ne connaissent pas davantage les réalités de nos territoires.

Oui, les Français, dans leur immense majorité, en ont assez que l’on déconstruise leur histoire. Et non, ils ne sont pas pour autant des esclavagistes ou des négriers qui ont à se repentir de ce qui s’est passé il y a des décennies, voire des siècles.

Oui, l’insécurité est bien réelle. Et non, il ne s’agit pas d’une perception.

Oui, ils en ont assez de voir des ministres, en charge de notre sécurité et de notre justice, passer leur temps sur tweeter à faire de la com´ au lieu de conduire les affaires.

2 questions à ce propos :

Comment un ministre de l’Intérieur peut-il insulter nos soldats en les accusant d’utiliser des « références d’extrême droite », comme l’a fait Gérald Darmanin, repris dans le Figaro ?

Comment un ministre de la Justice entend-il par ailleurs s’affirmer quand il délaisse son ministère pour faire campagne dans le Nord de la France contre Marine Le Pen ?

Ces deux-là ont-ils si peu d’idées qu’ils en sont réduits à reproduire les éternels schémas de la diabolisation ? Ne feraient-ils pas mieux de lutter contre ceux qui déconstruisent la France et s’en prennent à nos institutions, plutôt que d’agiter le spectre de l’extrême droite à laquelle ils font tant de promotion par calcul électoral ?

Il est temps que nos dirigeants répondent aux exaspérations des Français plutôt que de continuer à persister dans le déni et l’arrogance. Il en va de la stabilité de notre pays, de la démocratie et de l’aspiration citoyenne des Français à vivre en paix.

À force de manquer de courage, à force de ne pas regarder la vérité en face, ce sont ceux qui persistent dans le déni et jouent les vierges effarouchées qui feront la place à l’extrême droite, ce qui n’est évidemment pas souhaitable pour notre pays.

S’ils ne changent pas de cap et ne renouent pas avec les réalités, ils seront les seuls coupables de la faillite de notre démocratie et de la montée des extrêmes.

Mais s’en rendent-ils seulement compte ?

Contrairement à eux, avec Fild, nous continuerons à dire et nommer les choses.

Pour leur rappeler leur devoir.

Parce que nous croyons que la France, sa démocratie et son histoire, doivent être protégées contre toutes les lâchetés et tous les extrémismes.

10/05/2021 - Toute reproduction interdite


Le président français Emmanuel Macron et le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin visitent le siège de la police à Montpellier, le 19 avril 2021.
© Guillaume Horcajuelo/Pool via Reuters
De Emmanuel Razavi