À l’approche du 25 décembre, chaque année, les médias français font état d’une série d’interdictions liées à l’installation de scènes de la nativité de Jésus dans les espaces publics. Depuis l’élection, de plusieurs maires écologistes en 2020, le sapin de Noël ainsi que des repas de fête n’échappent pas non plus à cette chasse aux symboles. Toutefois, à trois mois de la présidentielle, la situation semble évoluer.

La chronique de Matteo Ghisalberti

Tout le monde sait que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » et qu’elle « respecte toutes les croyances (...) ». Toutefois, tous les ans à l’approche des fêtes de fin d’année, des collectifs, des associations et des mouvances diverses et variées s’opposent par les voies légales à l’installation de symboles rappelant la naissance de Jésus dans l'espace public. En 2018, le Conseil d’État avait donné raison au département de la Vendée, dont le président avait installé une crèche de Noël dans les locaux de l'hôtel du Conseil Général. L’initiative avait été contestée par la Fédération de la Libre Pensée du département.

Depuis quelques années, même le plus "laïque" des sapins de Noël naturels a été chassé des places de certaines villes. Cela a été le cas à Bordeaux, à Lyon et dans un arrondissement parisien. À leur place ont été installés des objets plus ou moins ressemblant à l’arbre de Noël, réalisés en matériaux apparemment plus écologiques : acier, cristal, bois. Cela n’a pas plu à certains résidents de ces villes. Ainsi, les habitants du XIIe arrondissement parisien – dont la maire est l’écologiste Emmanuelle Pierre-Marie - ont décidé d'acheter, d’installer et de décorer un véritable sapin devant celui érigé par la mairie. À Besançon, on est allé encore plus loin. L’Office du commerce et de l’artisanat de Besançon (Ocab) a fait installer dans les rues du centre-ville des luminaires sur lesquels on peut lire « Fantastique décembre » plutôt que « Joyeux Noël ».

Faut-il ménager l’électorat chrétien ?

Il faut constater qu’à la différence des années précédentes, les décorations urbaines des fêtes de fin d’année en 2021 ont été source de polémiques, plus que les petits santons et les scènes de la nativité du Christ. La France serait-elle envahie par une vague de renouveau chrétien ? C’est très improbable. En revanche, on pourrait supposer que l'élection présidentielle de 2022 y est pour quelque chose. Peut-être que certains candidats, en bonne position dans les sondages, ne souhaitent pas froisser l’électorat chrétien, et surtout catholique. Des faits récents offrent ainsi quelques clés de lecture.

Du 11 au 14 décembre, Eric Zemmour s’est rendu en visite officielle en Arménie, avec à ses côtés Philippe de Villiers. Lors de leurs déambulations, ils ont rappelé que l’Arménie était la première nation chrétienne de l’histoire. Du 20 au 23 décembre, une autre candidate aux élections a visité l'État du Caucase : Valérie Pécresse. Et une autre bouteille à la mer vis-à-vis des chrétiens a été lancée directement depuis l’Élysée. Dans une interview exclusive accordée à l’hebdomadaire L’Express du 23 décembre, le président Emmanuel Macron a déclaré qu’« il peut exister des continuités entre Dieu et la science ». Certes, ces déclarations et déplacements ne sont pas liées à des symboles de Noël, mais ils tombent à quelques jours de la fête chrétienne.

L’entêtement des anti-Noël

De l’autre côté de l’échiquier politique, on évite soigneusement d’afficher une quelconque attention à l’électorat chrétien, mais on essaye de limiter les dégâts de certains élus locaux. À Strasbourg, Grenoble et Lyon - trois villes gérées par EELV - ainsi qu’à Villeurbanne (PS), le foie gras a été banni des réceptions officielles. Ce met est l’un des symboles culinaires de Noël en France, dont la production est source de centaines d'emplois. Mais pour les maires écolo-socialistes, il s’agit d’un symbole de la maltraitance animale ; il faudrait donc s’en passer, même à Noël. Heureusement pour la filière du gavage des oies, le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, a corrigé le tir. Dans une interview accordée à Sonia Mabrouk sur Europe 1, le candidat a déclaré qu'il « aimait le foie gras artisanal et qu’il en mangeait ». Certes, le foie gras n'a pas de signification religieuse, mais il est intéressant de constater que ses opposants sont souvent les mêmes qui ne tolèrent pas l’installation des crèches de Noël dans l’espace public.
Pourtant, interdire tout ce qui rappelle Noël tout en continuant à vouloir « faire la fête » serait comme vouloir assister à des J.O. sans athlètes ou participer à une fête de carnaval sans déguisement. Dans tous les cas, que les nostalgiques des recours contre les Nativités sur les places publiques se rassurent, une fois passée l'élection présidentielle, à l’approche des fêtes de fin d’année, les opposants aux traditions de Noël feront leur retour en grande pompe…

22/12/2021 - Toute reproduction interdite


Français automatique Un arbre de Noël illuminé lors d'un marché de Noël sur la place Kleber à Strasbourg, le 26 novembre 2021. Un arbre de Noël illuminé lors d'un marché de Noël sur la place Kleber à Strasbourg, le 26 novembre 2021.
© Arnd Wiegmann/Reuters
De Matteo Ghisalberti