Crédité de 10% à 14% des intentions de votes dans les sondages, Éric Zemmour devra, comme tous les autres prétendants à la présidentielle, récolter 500 parrainages d'élus avant de se présenter au suffrage des Français. Simple formalité pour de nombreux candidats, ces signatures représentent pour le candidat Zemmour une vraie difficulté selon l’intéressé lui-même. Si quelques maires sont dérangés par les sorties du polémiste  ou apeurés par les réactions politiques de ce parrainage public, certains n’ont pas hésité à afficher leur soutien. Tour d’horizon.

Par Alixan Lavorel

Le jeu de la démocratie est ainsi fait en France, pour éviter les candidatures loufoques. Un candidat à la présidence de la République française doit recueillir au minimum 500 parrainages d'élus en France, dans au moins 30 départements ou collectivités, sans dépasser un dixième des élus d'un même territoire (soit une cinquantaine pour un département ou une collectivité). Si pour les « gros candidats » la chose peut sembler facile - qu’ils soient présidents sortants ou issus des partis dits traditionnels - grâce au maillage d’élus locaux et de soutiens politiques de taille qui leur permettent facilement d’obtenir le sésame des « 500 signatures », pour les autres candidats, cette règle démocratique peut rapidement se transformer en un réel parcours du combattant. C'est le cas pour Eric Zemmour, même si de nombreux élus locaux lui ont déjà promis leur soutien, comme le souligne Jean-Frédéric Poisson, président du parti La Voie du peuple (anciennement Parti-chrétien démocrate) : « Ne pas donner les 500 signatures à Éric Zemmour serait un déni de démocratie, mais avec environ 300 promesses de parrainages aujourd’hui, je ne suis pas autrement préoccupé ; il aura ses signatures en temps et en heure. En revanche, il est assez inquiétant de voir que des maires refusent de le soutenir par peur des représailles. Qu’elles soient politiques ou de l’ordre de leur sécurité ». Un constat d’ailleurs partagé par l’ensemble des maires et élus que nous avons contactés, comme Spike Groen, maire de Saint-Gilles (Indre) : « C’est assez impressionnant le nombre de critiques, d’insultes, voire de menaces que l’on reçoit – notamment des écologistes ou de l’extrême gauche - en tant que maire, lorsque l’on a annoncé publiquement son soutien à Éric Zemmour », déplore celui qui est aussi délégué départemental de Reconquête (le parti fondé par Éric Zemmour).

« Nous ne sommes pas là pour faire élire Hitler »

Près de 600 kilomètres plus au sud de la France, à la mairie d’Orange (Vaucluse), l’édile de la « Cité des Princes » fait état du même bilan d’insécurité que son collègue indrois : « Ce n’est pas forcément simple d’assumer ce parrainage quand on connaît déjà les difficultés que rencontrent les maires dans leur insécurité au quotidien, notamment avec les agressions, explique Yann Bompard. « Maintenant, comme mes parents s’étaient engagés en politique pour ne pas avoir à revivre la guerre d’Algérie en France, moi je me suis engagé pour que mes filles ne se fassent pas égorger ou ne soient pas forcées de mettre le voile dans notre pays parce qu’elles sont des femmes. Il faut avoir le courage de ses convictions, je les assume avec Éric Zemmour ». « Nous ne sommes pas là pour faire élire Hitler ! Arrêtons de faire peur aux élus et laissons faire la démocratie », renchérit même Jean-Marie Moulin, maire de Saint-Bonnet-du-Gard (Gard). Dans ce village de 900 âmes du sud de la France, Jean-Marie Moulin se définit comme un maire « à mi-temps », obligé de poursuivre son activité professionnelle en plus du temps consacré à sa municipalité. Ici comme dans les petites communes de France, le sentiment d’éloignement avec Paris grandit de jour en jour, selon l’édile : « Les autorités à Paris se foutent des petits élus que nous sommes. Tout est plus compliqué aujourd’hui, même pour recevoir les financements publics. Gérer une petite mairie est devenu un tel casse-tête qu’on se demande si ce n’est pas un choix délibéré pour nous faire disparaître petit à petit ! À la différence de tous les professionnels de la politique qui ne nous ont jamais entendus, Éric Zemmour – que nous avons rencontré avec Yann Bompard, le maire d’Orange – a tout de suite été à l’écoute. Il nous a dit que même s’il connaissait le milieu parisien, on devait lui expliquer ce qu’est la ruralité et ses problématiques afin de répondre à ses attentes ». Pour Yann Bompard, « cela fait 10 ans que l’on dit que la reconquête se fera par le terrain local avec l’appui d’un chef national qui ne méprise pas la ruralité et les villes moyennes. Nous avons donc balayé parmi les élus nationaux : les LR n’ont plus aucune cohérence, et le RN n’arrive même pas à gérer les finances du parti. Comment espèrent-ils gérer les deniers publics ? Éric Zemmour est le seul candidat hors parti, de notoriété publique, qui assume ses positions et qui peut battre Emmanuel Macron ».

« Un enjeu civilisationnel qu'on ne retrouve pas ailleurs »

Le monde rural et les déçus des différentes droites vont-ils constituer le socle de la candidature d'Éric Zemmour ? Avec en plus un électorat auparavant acquis au Rassemblement national (RN) qui ne serait plus si fidèle à Marine Le Pen ? « Les LR sont devenus beaucoup trop centristes, voire Macron compatibles », estime Spike Groen. Les nombreux départs d’élus LR vers la majorité présidentielle ou le gouvernement d’Édouard Philippe (dont il était également membre) ont conduit le jeune maire à ne pas soutenir Valérie Pécresse à la future élection présidentielle de 2022. Pour Yann Bompard : « Cela fait quelques années que le courage est parti du Rassemblement national, notamment au niveau de la lutte contre l’islamisation et l’immigration. Mais en plus de cette déception-là, est venue s’ajouter l’incompétence de Marine Le Pen, illustrée lors de débat d’entre-deux tours, alors qu’elle savait depuis 5 ans qu’elle y participerait »

Mais alors, que contient le programme d’Éric Zemmour pour séduire les élus ? Les réponses sont nombreuses selon les maires, mais elles tournent constamment autour de quelques valeurs clés : « Il propose une porte d’entrée que l’on ne retrouve pas ailleurs, c’est-à-dire qu’il pose la question du redressement de la France sur le plan civilisationnel d’abord. Ce que les autres candidats ne font pas », selon l’ancien candidat à la présidentielle Jean-Frédéric Poisson, qui a retiré sa candidature à la future élection pour rejoindre le projet Reconquête : « Quand, en tant que Français, nous recevons des générations antérieures un héritage fort, il faut le conserver. Je regrette que depuis longtemps les responsables politiques n’en aient rien à faire en France. Éric Zemmour est le seul à poser le problème politique au bon niveau et au bon endroit ». Un projet « qui séduit également les jeunes », ajoute Spike Groen, qui est, à 21 ans, l’un des plus jeunes maires de France : « On a tendance, il est vrai, à beaucoup voir des jeunes soutenir Éric Zemmour, notamment avec Génération Z. Beaucoup se reconnaissent dans cette candidature. Imaginez-vous : aujourd’hui nous avons peur, nous les jeunes, de laisser nos amies rentrer seules après un restaurant ou une soirée. Que ce soit la violence, les agressions, ou « les simples dérangements » quotidiens, tout cela a explosé depuis quelques années. Les mesures et le projet global d’Éric Zemmour viennent répondre à ces problématiques » conclut -il.

Insécurité au quotidien, « combat civilisationnel », immigration et ruralité… Les grands thèmes du programme d’Éric Zemmour semblent se dessiner. Mais avant d’imaginer une quelconque feuille de route, l’heure reste à l’opération séduction des quelques 42.000 élus de France pour les équipes « du Z », avant la fin des parrainages prévue par la loi « au plus tard le sixième vendredi avant le premier tour de l'élection », soit le vendredi 4 mars 2022.

27/12/2021 - Toute reproduction interdite


Des partisans du commentateur Eric Zemmour assistent à un meeting à Béziers, en France, le 16 octobre 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Alixan Lavorel