Essayiste, cofondatrice de l’association Viv(r)e la République, chroniqueuse pour LCI et Front Populaire, Céline Pina livre ses vérités sur l’ensauvagement, l’immigration, l’assimilation et la France.

                                                                     Entretien conduit par Emmanuel de Gestas.

GGN : Cet été a vu se multiplier les violences, comme par exemple le meurtre de la jeune Axelle à Lyon. Comment mettre fin à cet ensauvagement de notre société ?

Céline Pina : Cet ensauvagement ne vient pas de nulle part. Il est lié à des tensions extrêmement fortes sur la manière dont les gens se projettent sur ce qu’est pour eux une société désirable ou pas. Ce qu’on est en train de vivre est le retour d’un affrontement multiséculaire entre ceux qui estiment que les êtres humains sont libres, autonomes et qu’il n’y a rien au-dessus de leur raison, et ceux qui sont dans une démarche où l’appartenance est liée à la couleur de peau, à la pratique religieuse, où l’individualité n’est pas défendue, voire est perçue comme une trahison du groupe. Il y a donc de plus en plus de petits « nous » qui se créent, qui rejettent la communauté nationale. Parce qu’elle est l’empêcheur de tourner en rond, parce que cette communauté nationale tient un discours d’unité, basé sur nos principes de liberté, d’égalité, et de fraternité, sur un pacte social très beau qui demande un énorme effort d’élévation. Tous ces gens qui veulent réintégrer le communautarisme et le multiculturalisme, tirent à boulets rouges sur la démocratie, les droits de l’Homme, les libertés fondamentales. Que ce soient les racialistes, les islamistes, ou les suprématistes, ils commencent systématiquement par attaquer l’État, les Lumières, la Nation, car pour eux, leur petit « nous » est supérieur à la France. Ces gens-là multiplient donc les conflits pour empêcher l’unité nationale.

De l’autre côté, l’État français ne fait respecter ni les lois ni les principes, et se montre très peu déterminé quand il y a des actes d’une sauvagerie sans nom. Quand le Président de la République qualifie d’ « incivilité » le meurtre d’un chauffeur de bus à coups de pieds dans la tête, le sentiment demeure que l’État n’assume pas son rôle de protection de tous les citoyens. Alors la violence monte dans la société.

GGN : A Palavas les Flots, les habitants ont fait le choix de se défendre eux-mêmes face aux racailles. Risque-t-on de voir apparaitre des milices ?

Céline Pina : Malheureusement, c’est toujours le risque lorsque l’État n’est pas vu comme protecteur. En fait, à la base de tout transfert de souveraineté, il y a l’idée que vous abandonnez votre part de souveraineté individuelle en échange d’un accord entre tous les hommes. Et la première base de cet accord, c’est la protection de chacun. À partir du moment où vous ne vous sentez plus dans une entité qui vous protège, à ce moment-là, toute rencontre peut être fatale, dangereuse ; l’autre n’est plus un compagnon avec qui échanger. Il devient une menace directe. Et dans ce cas-là, le sentiment est que la violence légitime, celle nécessaire au maintien de l’ordre, celle qui garantit le respect des principes, n’est pas exercée. Il y a donc des milices qui s’installent. Tout cela ne peut se terminer que dans un chaos général.

C’est pour cela qu’il vaut mieux une police légitime dans un État démocratique. Mais si ces milices apparaissent, c’est bien parce que les habitants se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. Et le sont parfois effectivement.

GGN : Comment réaffirmer l’autorité de l’État face à la montée de la violence ?

Céline Pina : Réaffirmer l’autorité de l’Etat face à la montée de cette violence ne se fera justement pas sans violence. Le vrai problème est qu’aujourd’hui, demander à quelqu’un de radicalisé de se calmer gentiment, ça ne marche pas. De même pour ceux qui n’ont que leurs désirs comme ligne de conduite. Le problème est aussi que dès que vous plaquez un peu brutalement quelqu’un à terre, il y a des risques potentiels. L’État est tétanisé à l’idée de se voir accuser de racisme ou de violences policières. Au point qu’il en arrive à ne plus jouer son rôle. Cela ne peut pas fonctionner.

Il va donc falloir assumer que la violence n’est pas belle à voir. Que lorsqu’il y a des violences policières, il doit évidemment y avoir une enquête. Mais aussi accepter que le maintien de l’ordre ne se passe pas sans usage de la force. Il faut demander aux Français de sortir d’un déni. Lorsqu’il y a des rodéos en banlieues, tout le monde hurle. Mais lorsque les forces de l’ordre interviennent et que cela tourne mal, les habitants se mettent à tirer dans le dos de la police, maire de la commune en tête, parce qu’il songe à sa réélection, et à son image, forcément bienveillante. Or, de temps en temps, lorsqu’on est un politique, que la violence monte, on ne peut pas être que dans la bienveillance. Il faut marquer les limites, il faut l’assumer, il faut avoir ce courage-là. Hélas, aujourd’hui, il y a beaucoup de politiques qui ne sont pas courageux, qui veulent être aimés, qui veulent présenter une image qui les flatte.

Et ils le font au détriment de leur mission.

GGN : Existe-t-il un lien entre immigration et insécurité, comme la droite, et même une partie de la gauche désormais, l’affirme ?

Céline Pina : Il peut effectivement y en avoir un. Il y a un mot d’Esope qui dit : « la langue est la meilleure et la pire des choses ».

C’est pareil avec l’immigration. En soi, l’immigration n’est pas dangereuse. Mais elle n’est pas facile non plus. Tout dépend à la fois du nombre qui arrive, et des intentions. Mais également de la façon dont la société d’accueil se positionne. Le premier élément, c’est qu’à partir du moment où vous arrivez en nombre dans un pays, vous êtes déstabilisé. Et vous avez tendance à vous regrouper et à vouloir recréer le mode de vie d’où vous venez.

C’est humain. Il est nécessaire de casser cela parce que sinon les gens ne trouvent pas leur place. Donc il faut être exigeant : oui on accueille un certain nombre de personnes, mais voilà quelles sont les bases de notre société : vous les acceptez, très bien, vous les refusez, tant pis, le monde est vaste.

Le second point, c’est qu’effectivement le nombre compte.

Claude Lévi-Strauss expliquait que l’arrivée d’un grand nombre de personnes au sein d’un vieux peuple constitué était un choc très compliqué pour la société déjà présente. Et que cela pouvait créer des tensions pas forcément faciles à résoudre.

Donc oui, lorsqu’on arrive dans un pays, on n’est pas à égalité avec ceux qui l’ont fait. On doit en acquérir l’esprit, les mœurs, les lois ; cela fait partie de la réussite que l’on pourra obtenir. L’immigration qui a réussi, c’est celle qui a dit à ses enfants : « Toi, tu seras Français, parce que tu travailleras dur à l’école de la République, et parce que, libéré d’un certain nombre de choses, tu pourras ainsi trouver librement ta place dans la société ». Aujourd’hui, plein d’immigrés trouvent leur place en France. Cela dépend de notre niveau d’exigence. Et il faut être exigeant.

GGN : L’assimilation est-elle définitivement morte, ou est-il encore possible de choisir la France ?

Céline Pina : Pour réussir aujourd’hui, l’assimilation est encore la seule chose qui fonctionne. Le problème réside plutôt dans le discours : les gens sont davantage incités à se faire les porte-paroles de leurs particularismes, et à exprimer violement un rejet de la France. Cela est en train de nous détruire.

GGN : Quel modèle proposer aux banlieues pour reconquérir les territoires perdus de la République ?

Céline Pina : Cela doit passer par une République nettement plus exigeante, autrement dit, par une République qui demande des efforts, et qui ne nivelle pas tout par le bas.

GGN : Quelle personnalité pourrait incarner la République en 2022 ?

Céline Pina : Pour moi, la seule personne à remettre à l’honneur le débat public, et à savoir se battre dans un environnement compliqué, c’est Michel Onfray. Mais il ne veut malheureusement pas être candidat. Éventuellement à droite, Bruno Retailleau est très pertinent sur les questions de République et d’autorité de l’État, il a un discours assez équilibré sur les questions régaliennes. Sinon, sincèrement, aucun.

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Vue générale de la cour du Palais de l'Elysée à Paris, 28 janvier 2013.
Christian Hartmann/Reuters
De Emmanuel de Gestas