Budgets, équipements, opérations, coopérations internationales : des défis complexes attendent les Armées. Du pain sur la planche en perspective pour ses nouveaux chefs, dans un contexte incertain.

Par Mériadec Raffray

En 2017, la fête nationale d’Emmanuel Macron avait été gâchée par sa sortie publique contre le général Pierre de Villiers. La dernière descente de son quinquennat de « la plus belle avenue du monde » à bord de son Command Car, sera évidemment plus apaisée. Quant aux troupes convoquées pour ce point d’orgue traditionnel du lien Armées-Nation, elles poussent un « ouf » de soulagement, échappant in extremis au port du masque pour défiler. Leur volume est à nouveau conforme aux jauges d’avant Covid. En l’air, 97 avions et hélicoptères s’aligneront sur l’axe mythique La Défense-Les Tuileries. Au sol, 220 véhicules feront vibrer les pavés parisiens. Avec les troupes à pied, cela représente près de 5 000 hommes.

Pour les Armées, le retour à la normale n’est qu’apparent. Ce 14 juillet marque une page qui se tourne. Son avenir immédiat est jalonné de défis complexes dans un contexte d’incertitudes politiques et stratégiques.

Le plus facile sera de changer de chefs. Le 21 juillet, le général François Lecointre quittera sa fonction de chef d’état-major des armées (CEMA). Son successeur est le général Thierry Burkhard, patron de l’armée de Terre depuis deux ans. Ce dernier sera remplacé par le général Pierre Schill, l’un des grands adjoints du CEMA. L’armée de l’Air et de l’Espace héritera aussi d’un nouveau patron. Quand ce processus n’est pas perturbé, il est conçu pour assurer la continuité. D’ailleurs, le général Lecointre a souhaité partir avec la fin du quinquennat, « pour ne pas politiser la fonction ».

La priorité de la nouvelle équipe sera de poursuivre la remontée en puissance de l’outil militaire, dont le modèle complet a été sauvé et amorce sa modernisation. Fort de l’expérience des théâtres où nos unités sont engagées, de la conviction des stratèges que les conflits vont se durcir, le général Burkhard veut maintenant « l’épaissir ». Son prédécesseur a commencé en récupérant les soutiens sous son commandement. Reste à toucher tous les équipements promis, refaire le plein de munitions et de pièces de rechange…

Dès l’année prochaine, la hausse annuelle crantée dans la loi de programmation militaire 2019-2025 passera de 1,7 à plus de 3 milliards d’euros. Cette marche importante a en partie pour objectif d’assurer la modernisation de notre panoplie nucléaire. Or, le nécessaire « quoi qu’il en coûte » a généré un abysse de déficits, et la présidentielle est en mai prochain. Certains pourraient y voir l’opportunité de perturber ce plan. Des inquiétudes se font jour sur la tenue des calendriers et des cibles de livraison de matériels majeurs : frégates de défense et d’intervention, Rafale, véhicules blindés Scorpions.

Sur le plan opérationnel, l’état-major va orchestrer la mutation de notre dispositif au Sahel. Dès la fin de la saison des pluies, le mouvement s’accélérera pour s’extraire du Nord-Mali, rapatrier les chasseurs et le PC du Tchad vers le Niger, nouveau pivot, assurer la montée en puissance de la force Takuba. Cet outil complexe, composé de forces spéciales françaises et européennes, prendra le relais de nos régiments auprès des armées locales. Des 5 100 hommes de Barkhane, il en restera entre 2 500 et 3 000 début 2022. De quoi faire redescendre la pression sur nos unités. Jusqu’à quand ? Les métastases du cancer djihadiste ont infecté tout le sud du Sahel, la Côte d’Ivoire en tête…

Dernier défi, et non des moindres : assurer la préparation de l’avenir. Emmanuel Macron a privilégié la coopération franco-allemande pour lancer les programmes majeurs. Le Scaf, remplaçant du Rafale ; le MGCs, successeur du char lourd Leclerc ; la modernisation de l’hélicoptère d’attaque Tigre. Depuis 4 ans, c’est le bras de fer avec l’Allemagne. Paris vient d’arracher au forceps l’accord du Bundestag pour financer la suite des travaux du Scaf. Dans la foulée, Berlin a abandonné l’option des avions de patrouille maritime français pour se tourner vers les Américains. Fin septembre, se dérouleront les législatives allemandes. De quoi rebattre à nouveau les cartes.

13/07/2021 - Toute reproduction interdite


Le président Emmanuel Macron passe en revue les troupes avant le début du défilé militaire du 14 juillet 2020
©Christophe Ena/Pool via Reuters
De Meriadec Raffray