Economie | 15 décembre 2019

Catalogne : impact de l’indépendantisme sur la situation économique

De GlobalGeoNews GGN
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Quel impact les revendications et les manifestations indépendantistes ont-elles eu sur la situation économique de la Catalogne, région qui représente à elle seule 20% du PIB espagnol ? Analyse de Souleiman Sbai

En ce début de mois de Décembre à Barcelone, le calme semble être revenu après des semaines d’agitation et d’émeutes. Celles-ci avaient en effet commencé le 14 Octobre, soit juste après que la Cour Suprême espagnole ait rendu sa décision de condamner neuf leaders politiques indépendantistes à des peines allant de 9 à 13 ans d’emprisonnement. Les manifestations, d’abord pacifiques, ont très vite été suivies d’affrontements entre des groupes séparatistes radicaux et les forces de l’ordre. Selon le ministère de l’Intérieur, on dénombrait 194 arrestations et 288 policiers blessés après une semaine de heurts.

D’après Javier, chauffeur de taxi quadragénaire que nous avons rencontré au marché de Collblanc, « les actions menées par les séparatistes les plus extrêmes ont eu un impact absolument désastreux sur l’économie de Barcelone et de la Catalogne plus généralement ». Sur un ton agacé, il ajoute que « le blocage de l’aéroport de Barcelone par le groupe ‘Tsunami Democràtic’ l’a privé lui et ses collègues ‘taxistas’ de revenus non négligeables. ». « Les premiers à trinquer, ce sont les travailleurs catalans qui bénéficient du tourisme. Cette situation est insoutenable » conclut-il. Bilan du blocage de l’aéroport : 115 blessés et 110 vols annulés.

Luis, quinquagénaire, propriétaire d’un bar proche du Camp Nou - le stade du FC Barcelone qui attire des fans du monde entier – habitué à une clientèle composée d’un nombre important de touristes, nous assure que ceux-ci ont été bien moins nombreux ces dernières semaines.

Javier et Luis se rejoignent sur un même point : l’économie catalane et certains de ses secteurs clefs ont été directement affectés par les évènements qui ont marqué ces dernières semaines.

Les chiffres avancés par le Ministère de l’Equipement espagnol début Novembre semblent confirmer l’affirmation de nos deux interlocuteurs, puisque les dégâts liés aux manifestations pro-indépendantistes avoisineraient les 7.3 millions d’euros.

L’économiste et ex-député du Parti Populaire (PP) au Parlement catalan, José Antonio Coto avec qui nous nous sommes entretenus assure que « les émeutes séparatistes d’Octobre ont clairement constitué un manque à gagner considérable pour l’économie catalane puisqu’un certain nombre d’investissements ont été paralysés ou reportés ».

Selon lui, l’effet sur la croissance de l’économie catalane, ces deux derniers mois, et plus généralement ces deux dernières années est indéniable. « La croissance économique en Catalogne a été nettement inférieure à la croissance d’autres Communautés Autonomes telles que Madrid ou encore le Pays Basque ». D’après lui, les secteurs les plus touchés par ce climat de tension et de violences ont été le secteur bancaire, ainsi que le secteur touristique. En somme, les secteurs « les plus liés à l’instabilité politique » pour reprendre ses termes. D’après l’organisation patronale ‘Alliance pour l’Excellence du tourisme’, le secteur aurait perdu plus de 300 millions d’euros depuis l’organisation du référendum illégal du 1er Octobre 2017, avec environ 185 000 touristes en moins.

À la crise économique traversée en Catalogne, s’ajoute une crise politique sans précédent. La condamnation des neufs leaders séparatistes en Octobre dernier a rendu le dialogue entre le gouvernement socialiste à Madrid et le gouvernement régional de la Generalitat encore moins envisageable qu’il ne l’était déjà. Le gouvernement central de Pedro Sanchez juge que le verdict de la Cour Suprême doit être respecté au nom de l’État de Droit ; le pouvoir régional séparatiste estime pour sa part que cette condamnation va à l’encontre des aspirations démocratiques du peuple catalan.

Le fait que ce même gouvernement régional catalan n’ait toujours pas été en mesure d’adopter un nouveau budget pour l’année 2020 contribue également à renforcer ce climat d’instabilité qui, selon le politologue Victor Lapuente avec qui nous avons pu échanger, « envoie des signaux négatifs aux investisseurs nationaux et internationaux ». Il est selon lui tout simplement impossible en l’état actuel des choses de voir la « lumière au bout du tunnel, c’est à dire de voir émerger un gouvernement stable en Catalogne ».

Quant à l’apaisement récent, le politologue nous explique qu’il existe en fait deux Catalognes : « La première composée d’une une minorité qui a fait le choix de l’agitation, et la seconde, majoritaire qui a choisi le retour à une vie apaisée et productive ». Selon lui, l’idée d’une « rupture unilatérale vis à vis de l’Espagne est de moins en moins envisagée d’autant plus qu’il n’existe pas de majorité suffisante qui le permettrait. »

Une chose est certaine, quelle que soit la solution adoptée pour sortir de la crise, la sécession unilatérale aurait pour conséquence directe la sortie de l’Union Européenne conformément aux traités de l’Union et à la doctrine Prodi établissant « qu’un Etat né d’une sécession au sein de l’UE ne serait pas automatiquement considéré comme faisant partie de l’Union. »


Des manifestants indépendantistes catalans participent à une manifestation pour demander la libération des dirigeants séparatistes emprisonnés à Barcelone, Espagne, le 26 octobre 2019
Albert Gea / Reuters
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