Société | 25 mars 2020
2020-3-25

Catalogne : Comment le coronavirus impacte les entrepreneurs français ?

De GlobalGeoNews GGN
min

La Catalogne voit son économie impactée par la pandémie. Face à cette crise sans précédent, comment réagissent les petits entrepreneurs et les indépendants français installés dans la région ?  Par Victoire Razavi.

Frédéric Bensacq est restaurateur à Barcelone. Son restaurant Italien, IL Mercante di Venezia , se situe dans le quartier Gótic, à 100 mètres du port et de la fameuse Rambla.

Il est ouvert depuis 24 ans, midi et soir, 7 jours sur 7, toute l’année. Il explique : « Nous sommes fermés depuis le samedi 14 Mars, l’état de confinement est annoncé pour 14 jours (en fait jusqu’au 11 avril ndlr) mais cela risque de durer 1 mois, voir 1 mois et demi. À ce jour nous accusons une perte de 40 000 à 50 000 euros ».

Avec son associé, Frédéric doit gérer 9 employés. Pendant la période de fermeture, ces derniers bénéficient du chômage technique et sont pris en charge par la sécurité sociale à une hauteur de 70% de leur salaire. L’entreprise s’est quant à elle engagée à compenser la différence.

En ce qui concerne les mesures prises par le gouvernement à leur égard, il raconte : « Nous avons la possibilité de demander un emprunt spécial (ICO pour le secteur de l’hostellerie) pour provisionner nos pertes, avec une année de carence (un remboursement qui commence l’année suivante, et plafonnée a 1% d’intérêt.) Cette directive a été transférée à toutes les banques privées qui accompagnent les entreprises. L’état, s’engage à étaler les impôts trimestriels du premier trimestre 2020 sur 6 mois et sans intérêt. Bien sûr, les assurances ne prennent pas en charge le manque à gagner du fait de la fermeture. En ce qui concerne les loyers, les demandes se font au cas par cas, directement avec le propriétaire (pas d’annulation de loyers, mais une carence de paiement). »

Dans son restaurant, Frédérique et son associé fabriquent eux-mêmes leurs plats et travaillent à 80% avec des produits frais. Il raconte : « Nous avons congelé de manière professionnelle une grosse partie du stock avec machine à mettre sous vide. Pour tout ce qui n’est pas congelable comme les fruits de mer, légumes et fruits, nous les avons distribués en grande partie entre nos employés, nos amis et nos clients. Malheureusement, nous avons dû jeter une partie de ce stock. »

Depuis la fermeture, Frédéric organise sa vie en fonction du confinement. « La première semaine, je me suis rendu tous les matins au restaurant, de 09h00 a 13h00, afin de faire de l’administratif, comme la prise en charge des employés, la demande de crédit, la mise à jour de la comptabilité, l’écoulement du stock et le nettoyage du restaurant…. Et depuis, comme tout le monde, tout le reste de la journée, je suis confiné dans mon appartement avec mon fils de 17 ans. J’essaye d’en profiter pour partager plus de temps avec lui (…). J’en profite également pour travailler sur une nouvelle carte du restaurant, en prévision de la réouverture. Dans tous les cas, on essaye de s’occuper pour passer le temps en faisant du nettoyage, du rangement, s’occuper de projet que l’on remet toujours à plus tard … ».

Margaux Chausson est chiropractrice indépendante au Centre chiropratique de Vilafranca, à côté de Barcelone. Son cabinet est lui aussi fermé. Elle témoigne : « Cela m’impacte beaucoup car les patients ne vont plus venir et donc je ne vais pas gagner d’argent. J’avais un peu de trésorerie, mais c’est un peu juste car j’ai 2 assistants et une femme de ménage à payer. Ça va être compliqué de faire face à ces dépenses. »

Ses 2 assistants bénéficient de la ERTE (chômage technique en Espagne) qui couvre 70% de leur salaire. Comme Frédéric, elle s’est engagée à payer les 30% restant.

Ses patients sont eux aussi affectés par cette crise sanitaire car ils ne vont plus pouvoir soigner. Une situation qui crée beaucoup d’angoisse.

Margaux a toutefois mis en place un système pour éviter de couper le contact avec eux : « Je vais appeler mes patients un par un pour les rassurer, leur donner du soutien et pour programmer une prochaine visite afin d’être sûr qu’ils reviennent. Cela va me permettre de les garder une fois que le cabinet ré-ouvrira. Je vais également instaurer une nouvelle routine de prévention, comme le port du masque, pour les rassurer quand ils reviendront. De plus, je vais faire des vidéos avec des petits exercices sur l’Instagram du cabinet »

Depuis que Margaux ne va plus travailler à son cabinet, elle essaye de s’organiser tant que bien que mal : « Je dois vous avouer que ce n’est pas mal car j’en profite pour faire plein de choses que je n’avais plus le temps de faire. Je suis une bricoleuse et j’adore la déco, donc je travaille sur des projets que j’avais laissé de côté, tout en me vidant l’esprit. Cela va aussi me permettre de me reconnecter avec ma famille, prendre de leurs nouvelles et passer du temps chez moi, avec ma sœur. Sur le plan du travail, cela va me permettre de réviser tous les protocoles de santé, de revoir ma gestion du cabinet et du personnel. »

Audrey Marin-Lafleche est la fondatrice de Plug and Play à Barcelone. Son entreprise propose des services de conciergerie administrative afin d’aider les gens dans leurs démarches administratives et leur faire gagner du temps.

Comme Frédéric et Margaux, elle a dû fermer son entreprise. « Les administrations devaient fermer. Tous les accompagnements pour faire des papiers, comme le NIE (numéro d’identification étranger), sont retardés et les rendez-vous déplacés. On a donc eu un coup de frein sur 80 % sur les demandes. »

Malgré la fermeture de sa compagnie, Audrey maintient le contact avec ses clients « via les applications WhatsApp, Zoom ou Skype. Cela à un côté positif car ça nous permet développer de nouvelles pratiques pour que l’on puisse travailler à distance. »

Au sujet des mesures prises par gouvernement Espagnol, elle explique : « Le gouvernement nous propose une cessation d’activité, un ERTE et des décalages de payement de taxes. Cependant, ce sont des mesures insuffisantes qui ne seront pas mises en place avant avril. »

Le fait d’être française et d’être confinée en Espagne ne préoccupe toutefois pas Audrey : « Rester confiné en Espagne est une nécessité sanitaire pour le moment. Et, il y a tellement d’outils pour communiquer qu’on a des nouvelles tous les jours de nos proches. De fait, l’on voit nos amis même plus souvent qu’avant. »

Des résidents français bloqués mais philosophes, en somme…

26/03/2020 - Toute reproduction interdite


Vue générale du marché de La Boqueria lors d'une épidémie de coronavirus (COVID-19) à Barcelone, le 18 mars 2020.
Albert Gea/Reutersv
De GlobalGeoNews GGN