Analyses | 24 octobre 2019

Catalogne : Après une sentence sévère, il est temps de faire de la politique

De Josep-Maria Gascon
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Josep - Maria Gascon nous livre son analyse sur la crise Catalane.

Près de la moitié des Catalans ne veulent plus rester en Espagne, et plus des deux tiers d'entre eux veulent voter. Pour cette raison, la sévérité de la sentence de la Cour suprême condamnant les politiciens indépendantistes a provoqué de grands troubles dans une grande partie de la société catalane, et pas seulement dans le mouvement indépendantiste. Les réactions consécutives à ces absurdités politiques et judiciaires n'ont pas tardé. La violence dans les rues ne représente pas le mouvement indépendantiste, qui a été suivi pacifiquement durant des années. Les erreurs commises par les personnes condamnées ne doivent pas remettre en question le fait qu'il s'agit de personnes qui ont amplement démontré leur attachement à la liberté d'expression, et leur opposition à tout type de violence.

Il est également temps de comprendre que la douleur et les conséquences du processus vont plus loin, et ont un impact sur l'ensemble de la collectivité, indépendantiste ou non, qui aime la Catalogne.

Le climat de tension et de division qui règne dans la société catalane, ainsi qu'avec les citoyens d'autres régions d'Espagne, alimente la révolte et la frustration. Ainsi, le débat sur l'avenir de la Catalogne est plus que jamais dans la rue, animé par un gouvernement catalan peu substantiel, et un parlement inopérant qui a permis à un activisme organisé de tirer parti toute la faiblesse du pouvoir institutionnel.

La mauvaise administration et l'absence de leadership au sein de l'exécutif catalan sont si évidentes que la sentence ferme non seulement un chapitre judiciaire, mais enterre aussi la législature. Cependant, le problème fondamental n'est toujours pas résolu et montre qu'il n'existe aucune proposition de modèle d'État dans lequel l'ensemble de la population puisse se sentir à l'aise. Il n'y a donc aucune perspective de solution.

Des solutions politiques à trouver

Il faudra sans doute un leadership capable de digérer la désillusion de la rue tout en ayant la légitimité de naviguer avec la force déployée par le bloc massif de l'indépendance. Elle devra canaliser la frustration de millions de Catalans face aux propositions en faveur de la coexistence et du dialogue, en partant de l'hypothèse de la pluralité d'un État qui n'est pas uniforme.

En outre, tant que les forces de l'État situeront la pensée de l'indépendance légitime comme un mouvement antidémocratique et qu'il y aura des gens incarcérés, aucune sorte d'approche consensuelle entre des parties aussi éloignées sur le plan émotionnel ne sera possible.  

Une telle difficulté ne dispense pas, pour autant, les dirigeants politiques de tirer certaines leçons sans lesquelles ce cul-de-sac ne pourra être résolu.

La Catalogne a été et est toujours un pays d'accueil, ouvert sur le monde, un exemple de cohabitation. C'est ainsi qu'elle doit continuer d'exister. Il n'est pas acceptable de mettre en danger l'harmonie entre Catalans de sensibilités politiques différentes, et il faut éviter à tout prix toute possibilité d'une nouvelle intervention par l'État des institutions publiques de Catalogne.  La violence doit être fermement condamnée et les pouvoirs institutionnels préservés, avec un président de la Generalitat de Catalogne à l'avant-garde, qui sait être à la hauteur du pays, et pas seulement du mouvement, en tant que représentant de tous les citoyens.L'État espagnol doit tendre la main et proposer une solution négociée à un conflit qui n'aurait jamais dû être porté devant les tribunaux.

D'autre part, il faudra avoir le courage de verbaliser ce que la rue a déjà compris - et donc son indignation -, le destin promis n'étant ni aussi beau ni aussi facile que les dirigeants indépendantistes l'avaient affirmé. L'incompétence politique des deux pouvoirs exécutifs, étatique et catalan, déstabilise déjà l'ensemble de l'Espagne avec une fracture sociale évidente, un impact économique et une perte d'opportunités pour la Catalogne.

Il est donc urgent que Madrid et Barcelone reprennent la voie du dialogue politique qu'ils n'auraient jamais dû abandonner.

 

25/10/2019 - Toute reproduction interdite


Des partisans de l'indépendance de la Catalogne participent à une manifestation contre l'emprisonnement de dirigeants séparatistes catalans devant les bureaux du gouvernement espagnol à Barcelone, le 21 octobre 2019
Jon Nazca / Reuters
De Josep-Maria Gascon

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