Plus fort que les manifestations, plus fort que les pétitions: au Maroc, le boycott en ligne de certains produits alimentaires, organisé via les réseaux sociaux, a été suivi de près. Mais qui est derrière cette campagne de protestation 2.0?

Tout commence le 20 avril dernier, lorsqu'une campagne de boycott sur trois produits est lancée au Maroc via les réseaux sociaux, sous le titre populaire #Laisse-le se fermenter, faisant allusion au lait.

Cibles de cette campagne : la société Centrale Danone, l´eau « Sidi Ali » produite par les Eaux Minérales d'Oulmès filiale du groupe Holmarcom dont la patronne est Meriem Bensalah, également dirigeante de la confédération patronale (CGEM), et le réseau de distribution de carburants Afriquia, propriété du ministre de l´agriculture et de la pêche marocain Aziz Akhannouch qui est aussi le président du Rassemblement National des Indépendants (RNI). Les internautes activistes dénoncent notamment le prix de vente de l'eau minérale Sidi Ali, mise en vente à 6 dirhams la bouteille de 1,5 litre contre 4 à 5 dirhams en moyenne pour les marques concurrentes, ainsi que celui du lait Centrale Danone, vendu à 7 dirhams le litre, considéré « trop cher » par rapport à son coût de production. Le boycott visant Afriquia vient quant à lui en réaction à l´augmentation des prix de l'essence et du gasoil, qui ont atteint des chiffres record ces deux derniers mois.

Face à cette pression on line, les compagnies évoquent les pertes de l´économie marocaine et celle pour l´ emploi. 40.000 agriculteurs sont concernés d´une manière directe, et 450.000 indirectement. « Un désastre », souligne-t-on du côté du gouvernement.

Qui est derrière cette initiative ?

Si les marocains semblent manifester leur mécontentement face à la cherté de la vie et au prix de ces produits, l'origine de cette « révolte on line » reste surprenante. En effet, qui est derrière cette initiative ? À quelles fins ? Et qui vise-t-elle ?

Beaucoup évoquent une attaque contre de riches marocains tels que le ministre Akhannouch et la femme d´affaires Meriem Bensalah. D´autres parlent d´une tentative de renverser le gouvernement de coalition formé entre la formation islamiste du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) de Sâad-eddine Athmani également Chef du gouvernement, et le Rassemblement National des Indépendants, mené par son président l´actuel Ministre Aziz Akhannouch, patron d'Afriquia. A Rabat, on évoque même la piste d´opposants établis au Canada ...

Le véritable point de départ de ce mouvement se trouve en fait à Casablanca. Il a pour nom « Katibate el PJD » (comprendre la faction du PJD), un vaste réseau disséminé à travers le Maroc et à l´étranger qui réunit des milliers de jeunes marocains de ce parti, opposés à la participation de leur organisation au gouvernement de coalition. D´obédience salafiste, ces jeunes révolutionnaires en herbe tentent de faire imploser leur formation politique de l´intérieur et la coalition avec. Au passage, ils en profitent pour cibler les intérêts français dans leur pays, mettre à mal le Makhzen et Mohamed 6.

Ils veulent en fait créer le chaos politique aux seules fins de demeurer dans l´opposition pure et dure.

Aujourd´hui, la campagne en est à sa quatrième semaine. Près de 60% de l´ensemble des ménages l'aurait suivie. De quoi donner des ailes à ses instigateurs.

Alors que le Maroc entame le mois de jeûne du Ramadan, la campagne ne semble pas s´essouffler malgré la baisse des prix décidée par certains opérateurs. Elle pourrait mettre le feu aux poudres au Maghreb, car elle a en réalité emboité le pas à d'autres campagnes qui ont déjà circulé sur les réseaux en Tunisie et en Algérie, une autre étant en cours en Mauritanie.

La première ciblait le prix des sardines, trop cher, et portait le hashtag #laisse-les pourrir ; la deuxième visait les véhicules montés en Algérie à cause de leur prix excessif, et était accompagnée du hashtag #laisse-la rouiller.

Celle de la Mauritanie est menée contre une compagnie de téléphonie marocaine établie dans ce pays.

Où cela s'arrêtera-t-il ? A suivre.

17/05/2018 - Toute reproduction interdite.


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De Bouziane Ahmed Khodja