Société | 19 janvier 2021

Camélia Jordana, la meilleure amie de l’homme blanc

De Guillaume Bigot
3 min

Camélia Jordana a déclaré : « si j’étais un homme, je demanderai pardon car les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les mots de la terre. »  Une formule qui condense tous les poncifs de l’époque. 

                 La chronique de Guillaume Bigot.

Camélia Jordana n’est pas une intellectuelle mais une chanteuse - plutôt douée d’ailleurs - et lui reprocher de penser comme un tambour serait aussi injuste que de reprocher à Einstein de chanter faux.

Ce qui est intéressant, ce n’est donc pas tant ce qu’elle a dit , mais le fait que des journaux destinés à des lecteurs supposément cultivés s’en fassent l’écho comme si un oracle avait parlé.

Nous sommes tellement confits de culpabilité et imbibés par le sanglot de l’homme blanc évoqué par Pascal Bruckner que nous ne percevons même plus ce qu’il peut y avoir de choquant, de révoltant voire d’inquiétant dans des déclarations comme celle de Jordana. Reprenons.

Imaginons qu’un chanteur blanc déclare : « si j’étais un noir, je demanderai pardon ». Remplaçons noir par musulman, juif, hindou, végane, femme ou transgenre, c’est tout aussi choquant. Reprocher à n’importe qui d’être ce qu’il est devrait déclencher un tollé. Mais les préjugés hostiles aux mâles blancs sont si répandus que l’on ne les remarque même plus.

Jordana exprime une idéologie en pointillé, un peu confuse mais pourtant très répandue au sein des jeunes générations. Tâchons de relier les points. Et pour commencer, intéressons-nous aux mots comptent triple qu’elle a utilisés : terre, homme et blanc.

D’abord, la terre. Pour toute une génération greenwashée au nom du réchauffement climatique, la terre est devenue une matrice qui a remplacé les vielles patries.

La terre, c’est Gaïa, notre mère nourricière. On est dans l’idéologie du care, de la mièvrerie, de la bienveillance et de la victimisation généralisée.

Ensuite, les hommes. Sans eux, la planète serait pleine de gentilles infirmières et de bonnes jardinières qui prendraient soin de la nature, de toutes et de tous. Car qui joue au pistolet ? Qui a besoin de grosses voitures ?

L’homme et son patriarcat, voilà l’ennemi. Il est vrai que l’homme a plus de testostérone que la femme, que sa masse musculaire est plus développée que la sienne. Et il est hélas vrai que l’homme abuse parfois de sa force sur sa compagne.

Enfin, il y a pire que l’homme, il y a cet être maudit, contre-nature, ce rebut de la création, l’homme blanc qui souille la terre. On force à peine le trait.

Évidemment, ce n’est pas ce que dit explicitement Camélia Jordana mais ce qu’elle sous-entend n’en reste pas moins terrible.

L’homme blanc ne doit pas s’excuser pour ce qu’il fait mais pour ce qu’il est.

Pourtant, reprocher à des humains d’être ce qu’ils sont, c’est ce que les nazis reprochaient aux juifs ou les hutus au tutsis. Les hommes blancs, ajoute l’ancienne gagnante de la nouvelle Star, devraient demander pardon.

Demander pardon, c’est-à-dire, implorer leur juge afin qu’un juste châtiment ne leur soit pas appliqué.

On entend d’ici les pénitents de la wok culture se récrier. Mais tout de même l’Occident a commis l’irréparable, il est de bonne guerre qu’il demande pardon. Ce raisonnement est pure folie.

L’homme blanc a inventé les droits de l’homme.

Si l’homme blanc a perpétré les plus grands crimes et engendré les plus grands désastres écologiques de l’histoire, ce n’est pas parce qu’il était plus mauvais, c’est parce qu’il disposait de moyens techniques lui permettant d’agir à une échelle inédite.

L’homme blanc a aussi et surtout inventé l’unité du genre humain.

L’homme blanc n’a pas inventé le racisme, ni le sexisme, il a inventé l’anti racisme et l’égalité des sexes. Il n’a pas le monopole des génocides, il a inventé les droits de l’homme et le qualificatif de crime contre l’humanité.

Si l’homme blanc n’existait pas, Camélia Jordana aurait peut-être été mariée de force, battue ou excisée.

Si l’homme blanc n’existait pas, elle n’aurait pas d’idéaux au nom desquels le crucifier.

19/01/2021 - Toute reproduction interdite.


Représentation de la « Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789
Jean-Jacques-François Le Barbier /Wikimedia Commons
De Guillaume Bigot

À découvrir

ABONNEMENT

80 journalistes
indépendants
sur le terrain,
pour vous !

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement

Newsletter FILD
Soutenez-nous

Parce que la presse indépendante est un pilier de la démocratie!

Abonnement 80 reporters engagés sur le terrain

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement