Analyses | 3 mai 2018

Cambodge: Phnom Penh dans la modernité ?

De Jean Carrere
2 min

Le journaliste Jean Carrère analyse la modernisation de la capitale Cambodgienne 

Il suffit de jeter un regard alentour depuis l’un des nombreux rooftops - bars de la capitale cambodgienne pour se rendre compte de son accès à la modernité le plus évident : des chantiers de construction pour immeubles d’affaires et d’habitations financés par la Chine qui émaillent la ville. Des centres commerciaux qui poussent comme des champignons. Des Cinémas, restaurants de luxe, des casinos…

Les estimations de la chaine Naga, propriétaire d’un important casino à Macau, capitale asiatique du jeu, prédisent que leur chiffre d’affaires à Phnom Penh sera supérieur à celui de leur maison mère d’ici 2020.

Mais peut-on réellement parler de modernité quand toutes ces constructions à l’air futuriste, dans un pays encore très attaché à ses traditions, se font au prix des libertés individuelles les plus fondamentales ?

Lorsque le parti du Premier ministre Hun Sen a unilatéralement décidé d’interdire le parti d’opposition CNRP le 16 novembre dernier, (son seul rival pour les élections de juillet 2018), il est revenu sur les accords de Paris en vigueur depuis 1991, qui ont mis fin à la guerre civile sanglante qui ravageait le pays depuis plusieurs décennies.

La fermeture du CNRP, l’emprisonnement de son président Kim Sokha en septembre, et l’interdiction d’exercer n’importe quel rôle politique pour 118 de ses membres ne pointent pas réellement vers la modernité, mais plutôt sur une bétonisation massive du royaume avec des fonds Chinois, seul réel partenaire du Cambodge aujourd’hui, permettant à Hun Sen d’ignorer les diverses sanctions économiques imposées par les Etats Unis et l’Union Européenne en raison des violations flagrantes des principes des accords de Paris.

Il faut également prendre en compte les divers traumatismes affectant encore le pays, tels que la présence d’innombrables mines anti personnelles sur le territoire, responsables de 20,000 morts entre 1997 et 2017, et plus du double de blessés, malgré les efforts combinés d’ONG locales et de millions investis par des pays partenaires.

Quand il ne se préoccupe pas d’enfermer ses opposants, le régime ferme des journaux (le Cambodia Daily en septembre, Radio Free Asia quelques semaines plus tard), ou des ONG qu’il trouve trop proches de ses anciens alliés (le National Democratic Institute, dont tout le staff a été déporté en septembre). La déforestation et la corruption continuent dans de nombreuses régions (Ratanakkiri, Mondulkiri), ou sur des îles paradisiaques, prétendument réserves naturelles, comme l’île de Koh Khong, vendue récemment en grande partie à Beijing pour construire resorts et autres casinos.

Dans ces conditions, si l’idée d’une modernité à Phnom Penh existe, il s’agit d’une modernité factice au détriment des libertés individuelles.

 

 

10/05/2018 - Toute reproduction  interdite.


La sécurité monte la garde devant le casino NagaWorld au centre de Phnom Penh le 11 janvier 2014
De Jean Carrere

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