L'échéance du prochain - et dernier - référendum d'indépendance prévu dans le cadre des accords de Nouméa approche dans l' indifférence quasi générale. C'est pourtant un enjeu primordial de souveraineté pour la France. Mais visiblement pas pour son oligarchie politico-médiatique.

La chronique de Olivier Amiel

La menace de boycott des indépendantistes kanaks a réveillé l'intérêt des médias à l'approche du scrutin prévu en Nouvelle-Calédonie, le 12 décembre prochain. Jusqu'alors, c'est dans un grand désintérêt de la Métropole que les électeurs étaient appelés à voter une dernière fois sur l’avenir institutionnel du « Caillou », dans le cadre des accords de Nouméa de 1998. Après deux refus en 2018 et 2020, il est donc demandé une troisième fois à certains électeurs (seulement les 185 004 citoyens installés avant 1994, pour satisfaire une exigence des indépendantistes) de répondre à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ».

Le sentiment d'indifférence à Paris surprend. Car si l'archipel dispose déjà d’un statut administratif particulier très autonome, le franchissement du pas vers l’indépendance est un enjeu national primordial, à plusieurs titres. Affectivement d'abord, l’abandon de citoyens majoritairement loyalistes portant « Les voix du Non ! » qui luttent pour confirmer leur volonté de destin commun avec la République française serait une honte. Eux qui ont remporté les deux premiers référendums se battent sans relâche dans une campagne tronquée par la règle limitative et pénalisante du corps électoral restreint. Par ailleurs, au plan stratégique, il est inconscient pour la France d’abandonner sa présence dans l’espace indopacifique (d’autant plus suite au camouflet de la vente avortée des sous-marins à l’Australie) qui concentrera les principaux enjeux politiques internationaux à venir. Sans oublier la nécessité de défendre ce profond sentiment d’appartenance à une communauté humaine : la nation française !

Une oligarchie méprisante

Qu’est-ce qui explique alors ce « désintérêt » de la Métropole ? Il faut malheureusement y voir un choix de l’oligarchie française qui décide de l’agenda médiatique et dénie certains sujets. Notre souveraineté se réduit à peau de chagrin parce qu’elle n’intéresse pas certains membres de cette oligarchie, tant que demeure leur pré carré urbain, ce territoire terrestre restreint connecté aux autres métropoles. Pour eux, la France pourrait n’être que quelques arrondissements parisiens agrémentés d’un aéroport international et d’un accès aux plages normandes pour le week-end, qu’ils n’y verraient aucune différence, et encore moins d’inconvénients.

D’ailleurs, dans cette classe dominante, on se fiche depuis longtemps de la notion de perte de souveraineté du territoire… que cela soit à Nouméa, à plus de 16 000 km de Paris, ou à quelques centaines de mètres, dans les quartiers périphériques, ces territoires perdus de la République dans tout le pays, soumis à la loi des voyous ou abandonnés au séparatisme de l’islamisme radical...

Au nom d’un libéralisme béat, l’oligarchie oublie également les intérêts en matière de souveraineté nationale, en laissant place libre aux Léviathans des géants américains du numérique, tout en soumettant la France à davantage de diktats européens.

Ravie de la crèche, l’oligarchie française laisse faire ainsi tous ceux qui, à leurs niveaux et avec leurs armes, s’attaquent à l’unité de notre pays, tout en se perdant dans des discussions byzantines sur le sexe des anges.

Olivier Amiel est avocat, docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence. Sa thèse « Le financement public du cinéma dans l’Union européenne » est publiée à la LGDJ. Il a enseigné en France et à l’université internationale Senghor d’Alexandrie. Il est l’auteur de l’essai « Voir le pire. L’altérité dans l’œuvre de Bret Easton Ellis » et du roman « Les petites souris », publiés aux éditions Les Presses Littéraires en 2021.

10/11/2021 - Toute reproduction interdite


Un manifestant indépendantiste tient un drapeau kanak lors d'une manifestation devant l'Assemblée de la province Nord de la Nouvelle-Calédonie le 25 juillet 2003.
© Philippe Wojazer/Reuters
De Olivier Amiel