L'année 2020 risque d'être une année noire pour le vin de Bourgogne. Après les taxes américaines, c'est l’épidémie de coronavirus qui frappe de plein fouet. La fermeture des cafés, des hôtels et des restaurants a en effet conduit à une baisse drastique des ventes. En Côte d’Or, les vignerons, soutenus par les autorités et la population, s’organisent.

                                                                                       Reportage de Marie Corcelle

« Les restaurateurs reportent leurs commandes de vin de plusieurs mois, les diminuent quand ils ne les annulent pas tout simplement », explique Clément Boillot, vigneron à Chambolle-Musigny. En avril 2019, c'est 484 bouteilles qui ont été vendues à travers la France : un an plus tard, en avril 2020, seulement 2. En conséquence, une perte d'environ 14 500 euros pour le domaine. Mais paradoxalement, les exportations à l'étranger continuent, avec près de 1300 bouteilles expédiées dans l’Union Européenne et hors de ses frontières.

Pour pallier ces difficultés, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé « procéder à des exonérations de cotisations sociales pour les TPE et PME du secteur viticole les plus en difficulté́ ». Le calendrier a été adapté pour les professionnels afin de tenir compte de la crise sanitaire. Les échéances fiscales du mois de mai ont été reportées au 30 juin : CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés...

Le Gouvernement a également demandé aux banques des assouplissements concernant les crédits bancaires dans le but de venir en aide aux entreprises. Toutefois, si beaucoup de vignerons ont recours à des emprunts pour divers investissements, ces mesures sont insuffisantes pour certains. En effet, une fois la crise terminée, il n'est pas dit que les entreprises viticoles seront plus en capacité de rembourser leurs crédits actuels.

Réorganisation du travail

La vigne ne s’arrête pas de pousser pour autant, et si la saison est celle du coronavirus, des mesures de précaution ont été mises en place pour prévenir tout risque de contamination et continuer l'activité autant que possible. La mise en place des gestes barrières a conduit à réorganiser les différentes tâches. Philippe Gay, chef de culture au domaine Dugat-Py à Gevrey-Chambertin, raconte : « Nous avons partagé les équipes en plusieurs groupes de cinq personnes, avec différents camions. Les employés travaillent avec un rang d'écart dans les parcelles pour respecter les distances recommandées, et des masques et du gel hydroalcoolique sont fournis ».

Désormais focalisés sur les prochaines vendanges, les syndicats de vignerons se sont également mobilisés. Le président de la CAVB (Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne) Thiébault Huber, a demandé au préfet de Côte d’Or que des « mesures concrètes » soient adoptées pour que les vendanges se déroulent dans des conditions optimales, conscient que les mesures sanitaires actuelles sont nécessaires mais contraignantes, et qu'elles risquent d'être accentuées.

De son côté, le ministère de l'Agriculture vient d'autoriser la venue de travailleurs saisonniers européens : en Bourgogne, ils représentent près de 50% de la main d'œuvre lors des vendanges.


Les volontaires du Bourgogne

En attendant l’arrivée des saisonniers, les viticulteurs peuvent compter sur les bonnes volontés. Dans certains domaines, comme chez Ghislaine Barthod, à Chambolle-Musigny, les employés opèrent une reconversion temporaire. Betty Lechine, assistante commerciale chargée du traitement des commandes, de l'élaboration des devis et factures, s'est ainsi retrouvée au beau milieu des vignes, parmi les ouvriers viticoles. Pour elle, cela s'est fait naturellement. « Cela ne m'a pas dérangé de changer de poste, et puis je n'allais pas rester les bras croisés : nous avons eu seulement 4 commandes en export pour le mois d'avril. D'habitude, il y a toujours quelque chose à faire. Étiqueter les bouteilles, appeler les transporteurs, préparer les commandes... Mais là, plus rien ».
Parmi ces volontaires au travail dans les vignes, on voit aussi des sexagénaires - pourtant parmi les plus fragiles - qui sont allé prêter main forte aux vignerons.

François Caldera, un retraité de 65 ans, est l’un d’entre eux. Se décrivant comme un « passionné du vin », pour qui « le travail de la vigne est noble », il a donc décidé́ de travailler à Puligny-Monrachet, au domaine du Château de Puligny, pour la saison entière. « J'ai commencé́ aux alentours du 20 avril, et je me suis bien adapté. C'est physique, mais j'ai vite appris, et puis il y a une bonne ambiance ».

Cette année, c'est donc un nombre record de seniors qui effectuent les travaux en vert, se retrouvant à ébourgeonner, piocher et cisailler à travers toute la Côte-d’Or, de Marsannay à Beaune.

En Bourgogne, où l’économie du vin représente un enjeu majeur, la cause est donc entendue : tout sera fait pour sauver la récolte ! Et les Bourguignons, quels que soient leur sexe ou leur âge, font déjà la preuve d’une détermination qui force l’admiration.

28/05/2020 - Toute reproduction interdite



De GlobalGeoNews GGN