La chronique de Guillaume Bigot

Bonaparte promettait à ses soldats qu’un bâton de maréchal était caché dans leur sac. Il suffit d’emprunter le boulevard des maréchaux à Paris pour vérifier que la promesse a été tenue. Napoléon a aussi inventé le Bac tandis que les jésuites avaient ramené de Chine la pratique du concours afin de recruter les fonctionnaires parmi les meilleurs candidats. C’est ce système que la France avait poussé à son maximum avec la méritocratie républicaine.

Aujourd’hui, la volonté d’imiter l’Amérique et de flatter le populisme incite la classe dirigeante française à remplacer le concours anonyme par des techniques de sélection jugées plus modernes et plus justes. La France était jusqu’ici attachée à un système méritocratique dont le seul but était de favoriser les meilleurs, indépendamment de leurs origines.

Cette méritocratie républicaine permettait à des gens modestes d’accéder aux formations les plus sélectives.

Depuis que Sciences-po a ouvert sa voie d’accès spécifique pour les élèves issus de Zep, la France est en passe de se convertir à la discrimination positive. Autrement dit, on ne se contente plus de sélectionner les meilleurs, on cherche à avantager les plus défavorisés. C’est ce modèle américain qui s’invite dans l’enseignement secondaire.

La plateforme Affelnet qui affecte les collégiens dans les lycées de la capitale cherche désormais à favoriser la mixité sociale. Pour s’inscrire dans les meilleurs établissements, les notes auront dorénavant moins d’importance que les origines sociales.

La réforme du Bac va dans le même sens. Seules les notes de première et de terminale comptent pour s’orienter. Or, on sait que les notes ne valent pas du tout la même chose d’un lycée à l’autre. De plus, l’algorithme de Parcoursup assume de favoriser les candidats issus des quartiers populaires.

Ce système présente de multiples inconvénients.

D’abord, il avantage les enfants de l’élite qui affrontent une concurrence moins rude que dans un système fondé sur la sélection des meilleurs. Ensuite, ce système pénalise ceux dont les places seront prises par des élèves moins bons mais favorisés en raison de leurs origines sociales. Enfin, ce système est condescendant comme si les bons élèves, issus de milieux modestes avaient envie qu’on les aide.

En fait, le système scolaire ne parvenant plus à les faire réussir sans leur donner un coup de pouce, la discrimination positive est un aveu d’échec. Le paradoxe, c’est que lorsque l’on sélectionnait les meilleurs sans tenir compte de leurs origines, il y avait à la fois un meilleur niveau général et une plus forte mobilité sociale.

Dans les classements internationaux, les élèves français arrivent désormais bons derniers des pays de l’OCDE. Il y a trente ans, c’était l’inverse et notre système scolaire était alors l’un des meilleurs du monde mais aussi l’un des plus sélectifs.

Pour dénoncer cette chute du niveau scolaire, un professeur de philosophie, René Chiche, a publié l’extrait d’une de ses copies sur Twitter. En la lisant, on découvre qu’un élève de Terminale de 2021 n’aurait pas pu passer en CM2 il y a trente ans. Ce n’est pas seulement un problème d’orthographe mais aussi de langage qui révèle une désarticulation de la pensée. Selon René Chiche, cette copie traduit un phénomène de masse. On donne le bac à des quasi illettrés.

Le but de l’école n’est plus d’instruire mais de faire réussir à tout prix. Par démagogie, pour acheter la paix scolaire mais aussi pour appliquer des méthodes anglo-saxonnes d’affirmation de soi et d’épanouissement personnel, on a fait s’effondrer le niveau.

La réduction constante des heures de discipline au profit de débats ou de travaux de groupe, le remplacement des évaluations écrites par des QCM ou par des oraux et la faible attractivité du métier de professeur se conjuguent pour tirer le système vers le bas. Le plus grave est sans doute le recrutement d’enseignants eux-mêmes mal formés puisque cela aboutit à casser la chaîne de transmission des connaissances.

Pour enrayer ce cercle vicieux, il faudrait doubler le salaire des profs afin de pouvoir les trier sur le volet et repenser leur formation. Renouer avec la véritable promesse républicaine n’est pas de faire croire à tous les enfants qu’ils sont capables de faire des études mais que les citoyens soient correctement formés et « également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Bonaparte qui avait créé la prestigieuse école polytechnique avait d’ailleurs pris soin de préciser : « L’École Polytechnique n’est pas la seule porte par laquelle on puisse parvenir au grade d’officier d’artillerie ; et quoique, le nombre des maréchaux de France sortis de ce corps soit très peu considérable, là, comme dans le reste de l’armée, tout soldat porte dans sa giberne le bâton de maréchal. »

29/06/2021 - Toute reproduction interdite


Des lycéens arrivent au lycée La Bruyère à Versailles pour passer une épreuve du baccalauréat général d le 18 juin 2018.
© Benoit Tessier/Reuters
De Guillaume Bigot