Le Géopolitologue Roland Lombardi nous livre son analyse sur la stratégie  de l'actuel locataire de la Maison Blanche

Depuis son élection en 2016, Donald Trump paraît erratique. Aveuglés par leur haine envers le 45e président américain, roi des populistes, la plupart des observateurs ne parviennent toujours pas à l'appréhender. Certains ne voient en lui qu'un idiot aux mains de faucons, prêt à nous plonger dans des guerres effroyables. Pourtant, la semaine dernière, Trump a décidé de limoger son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, le chantre des néocons américains.

Rappelons que si Trump avait choisi ce va-t-en-guerre contre l'Iran, c'est d'abord (comme la nomination de Mike Pompeo au Secrétariat d'État) pour des raisons de politique intérieure. Cette décision très politicienne (avant les élections des Midterm) avait permis de lancer un message fort à Téhéran (tout en rassurant au passage les alliés israéliens et saoudiens).

Or, pour le président américain, ce fut surtout un subtil moyen d'atténuer les critiques du courant néoconservateur (soutenu par les lobbies anti-russes et pro-saoudiens) encore très puissant à Washington. Toutefois, arrêtons une bonne fois pour toute de sous-estimer Trump !

Bolton ne faisait que de la figuration et n'entreprenait rien sans l'aval présidentiel. Par ailleurs, l'ancien promoteur de New York, aguerri par ses bras de fer avec les tyrannosaures de la finance et de l'immobilier de la mégalopole, s'y connaît en rapports de force et en négociations. Il sait que parfois, comme le disait Al Capone : « On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un revolver, qu'avec un mot gentil tout seul ! ».

Pour autant, l'actuel locataire de la Maison Blanche reste hostile à tout nouvel interventionnisme américain au Moyen-Orient. C'est cette position qui l'a aussi rendu populaire. Pour lui, comme pour la majorité de son électorat, l'aventurisme passé n'a créé que le chaos et a coûté un argent fou pour de trop piètres résultats. Assurément, l'idée d'une option militaire contre l'Iran « survivra » à Bolton, mais au final, c'est Donald Trump qui décidera seul et en dernier recours. Bref, il n'est pas près de changer d'avis sur ce sujet, surtout s'il souhaite être réélu dans 12 mois !

Quant à Mike Pompéo, le Secrétaire d'Etat, présenté lui aussi comme un « faucon », on oublie qu'outre le fait qu'il connaisse très bien les arcanes internationales (ancien patron de la CIA qu'il a littéralement purgée), il est surtout un fin manœuvrier politique (ce qui est un avantage pour Trump) maîtrisant tous les rouages du parti républicain et du Congrès. Elu à la Chambre des représentants, il est obligé de louvoyer, comme son Président, dont il partage plus qu'on ne le pense, la même ligne à l'international.

Au final, Trump n'a pas besoin d'une guerre contre les Iraniens pour les faire plier. Sa politique des sanctions fonctionne, les mollahs sont pris à la gorge. Même s'ils espèrent tenir jusqu'en 2020 et son hypothétique ''défaite'' à l'élection, il n'est pas certain qu'ils tiennent jusque-là. Les négociations risquent de reprendre plus rapidement que prévu...

Pour les amateurs du « Grand Soir », la vraie révolution se produit peut-être à Washington. Car à la différence de ses prédécesseurs, Donald Trump est beaucoup moins influençable. Il n'est l'obligé de personne. Milliardaire, il est paradoxalement le symbole du président « anti-système » soutenu par le peuple, d'où sa totale liberté de parole et d'action. Dans sa guerre contre l'establishment, contre vents et marées ou plutôt contre ouragans et tsunamis, il parvient encore à faire face.

Pour l'instant...

12/09/2019 - Toute reproduction interdite


Le président américain Donald Trump organise un rassemblement électoral à Fayetteville, en Caroline du Nord, aux États-Unis, le 9 septembre 2019.
Kevin Lamarque / Reuters
De Roland Lombardi