L’ancien général (2S) Bertrand Soubelet, vice-président du parti Objectif France, appelle à la refondation d’une France qui prenne davantage en compte les territoires et les aspirations réelles des Français. Partisan d’un référendum qui donne la possibilité aux citoyens de définir le modèle de société auquel ils aspirent, il pose ainsi la question d’un nécessaire retour aux valeurs républicaines.  

                                                                                                                               Tribune.

À l'instar des autres pays européens et du reste du monde la France connaît une crise inédite. En soi elle pose le problème de la sécurité sanitaire dans notre pays et au-delà. Nous mesurons déjà les effets d'une mondialisation non contrôlée. Non pas que la mondialisation doive être présentée comme un danger mais cette crise montre bien que tout ce qui affecte une partie du monde a nécessairement des conséquences quasi immédiates pour nous. L'ignorer revient à prendre des risques inconsidérés à tout un pays. Mais cette crise, hélas, n'est pas que sanitaire. Un certain nombre d'entreprises, d'artisans, de commerçants, de travailleurs indépendants, de professions libérales dont l'activité s'est considérablement ralentie et parfois totalement arrêtée ne s'en remettront peut-être jamais.Ce "trou d'air" économique s'annonce catastrophique et sera sans aucun doute possible doublé d'une crise sociale et institutionnelle.

Cet épisode révèle et amplifie la fragilité de nos structures, du fonctionnement de l'État et d'une société à plusieurs vitesses.

Il révèle aussi une fracture territoriale entre les grands centres urbains - en particulier Paris - et le reste de la France, cette "autre France" des territoires qui représente 95% de notre espace national et près de 40 millions de Français. Ces territoires qui supportent de moins en moins les décisions d'un pouvoir urbain qui ignore la réalité quotidienne des communes de moins de 10 000 habitants. Or la crise démontre que cette France sert de "refuge" à beaucoup de citadins et fait preuve à la fois d'une résilience et d'une vitalité hors du commun.

Cette fracture est un des carburants de la crise de confiance qui affecte la France depuis la fin des années 90. Elle est le résultat d'une gouvernance erratique depuis la disparition des derniers hommes d'État ayant le sens de la parole donnée et une petite idée des vertus de l'exemplarité. Des dizaines d'années à être gouvernés par des responsables politiques qui ne tiennent jamais leurs engagements et oublient de respecter les règles de comportement exigées pour chaque citoyen, cela finit par laisser des traces. Avec un horizon de pensée qui ne dépasse pas le surlendemain, sans aucune vision de long terme, cela n'est pas non plus très inspirant.

Comment avoir confiance en des gouvernements successifs et des chefs de l'État éloignés des préoccupations du peuple, ignorant que toute la France ne peut pas vivre au rythme de Paris et des grands centres urbains ?

Les territoires de notre pays sont négligés depuis trop longtemps, probablement parce qu’ils ne pèsent pas suffisamment au plan électoral. La crise démontre cependant que les territoires et les Français sont à l'origine de beaucoup d'initiatives qui permettent aujourd'hui de résoudre bien des difficultés que le gouvernement n’a pas su régler.

Alors comment avoir confiance dans un État qui ne cesse de se désengager en laissant les collectivités territoriales en première ligne, sans donner les moyens et le soutien nécessaires pour faire face à leurs attributions ?

Comment avoir confiance dans un système suradministré qui coûte 57 % du PIB pour de médiocres résultats, et qui ne cesse de désertifier toutes les zones en dehors des grands centres urbains, au nom d'arguments comptables qui ignorent les besoins des Français ?

Comment avoir confiance dans la justice à laquelle l'État n'a pas donné de moyens, suffisants, et dont l'organisation territoriale éloigne de plus en plus les tribunaux des citoyens ?

Comment avoir confiance, lorsque dans certaines zones de notre pays les lois de la République n'ont plus cours et que leurs habitants connaissent - pour des raisons différentes - le même sentiment d'abandon que dans les communes rurales.

Comment avoir confiance, lorsqu'une idéologie politico-religieuse, l'islam radical, contraire à nos principes démocratiques, n'est pas combattue avec des mesures énergiques et menace la cohésion de notre société, voire la cohérence de notre territoire ?Comment les jeunes générations peuvent-elles enfin avoir confiance dans un modèle à bout de souffle qui va leur laisser un niveau de dettes colossal, un monde en mauvais état, dans lequel personne n'a pris conscience que nous tirons notre dynamisme de la complémentarité de nos régions.

Retrouver le chemin de la pensée

La confiance en nous, en notre pays, en notre capacité à affronter l'avenir, c'est à dire le "carburant" de la société, est absente. Or, pour avancer il faut croire en soi, en son destin et ne pas se sentir abandonné, voire méprisé.

Les fondements de la confiance ont disparu de nos écrans depuis bien longtemps. Ils reposent sur la relation profonde qui lie chacun d'entre nous au modèle de société auquel nous croyons et à notre destin commun. Chacun doit se reconnaître dans ce modèle et dans ceux qui le servent. L'existence de cette relation de confiance est le socle d'une promesse d'avenir. Mais sans un changement profond dans la manière de gouverner rien ne sera possible. Cette nouvelle gouvernance passe toutefois par deux préalables. La politique doit retrouver le chemin de la pensée. La vraie, celle qui ne se résume pas à des formules toutes faites, à des harangues électoralistes, des incantations sans lendemain ou des polémiques politiciennes.

La pensée s'inscrit dans la durée, dans le temps long et permet de construire puis de mettre en œuvre un projet cohérent, ce que nous n'avons pas connu depuis bien longtemps. Ce projet doit intégrer la diversité de la France en évitant les solutions uniques qui ignorent les réalités locales.

Dans le même temps, les Français doivent pouvoir exprimer ce qu'ils pensent, car chacun doit se sentir partie intégrante du modèle et être convaincu que chaque voix compte.

C'est la raison pour laquelle l’un des prochains rendez-vous démocratiques majeurs de notre pays doit être un référendum pour que les Français se prononcent sur le nouveau modèle qu'ils souhaitent. Car les promesses habituelles ne suffiront pas. Elles seront le déclencheur d'une implosion.

Ensuite, la vie publique gagnera en crédibilité dès que reviendront au centre des préoccupations, la sincérité, la clarté et la cohérence de la pensée et des décisions en tout temps guidées par la prééminence du bien commun.

Ce préalable souhaité par la grande majorité des Français s'exprime par la volonté de voir accéder au pouvoir des femmes et des hommes animés par des valeurs d'honnêteté, de transparence, d'honneur et insensibles aux effets perturbateurs de l'exercice du pouvoir.

La principale exigence envers eux est qu'ils mettent leurs talents au service de la France, et non pas la France au service de leur ambition et de leur ego.

C'est à ce prix, celui d’une pensée politique cohérente et d’un changement de gouvernance radical, que nous retrouverons une véritable concorde nationale, la confiance en ce que nous sommes, en une France conquérante riche et respectueuse de tous ses territoires.

07/05/2020 - Toute reproduction interdite


Général Bertrand Soubelet
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De GlobalGeoNews GGN