Analyses | 21 avril 2021

Bertrand Soubelet : « Cessons de sacrifier l'avenir »

De Fild Fildmedia
4 min

Pour Bertrand Soubelet, général de gendarmerie (2S) et vice-président du parti Objectif-France, la sécurité des enseignants et des enfants n’est pas négociable. Face à la montée de la violence dans les collèges et les lycées, il appelle à une formation des enseignants adaptée à la gestion des situations conflictuelles et à l’instauration d’une autorité formelle confiée aux chefs d’établissements.

Tribune.

Il faut le dire sans ambages. Nous avons négligé depuis trop longtemps le lieu essentiel dans lequel l'avenir de notre pays se prépare : les établissements scolaires. Nous y avons laissé entrer les pires maux de notre société sans aucune réaction.

Il y a trente ans, l'école était considérée comme un sanctuaire dans lequel les influences extérieures pénétraient rarement. Hélas depuis, l'éducation nationale, enfermée dans ses paradoxes et son fonctionnement, n'a pas veillé à préserver cet espace privilégié dédié à la transmission du savoir et de la connaissance. Seul l'enseignement privé résiste à cette tendance généralisée.

Ce triste constat concerne le système, et les reproches ne s'adressent pas à la majorité de celles et ceux qui donnent le meilleur d'eux même pour transmettre à nos enfants tout ce qui doit leur permettre de préparer leur avenir.

La réalité est incontournable : les enseignants sont aujourd'hui isolés face aux difficultés qu'ils rencontrent dans leurs classes. L'opacité du système est telle qu'il n'existe aucune étude qui permette d'évaluer l'ampleur du phénomène.

Mais l'administration a consacré une pratique insidieuse : un problème dont on ne parle pas est un problème qui n'existe pas. Cette hypocrisie insupportable laisse au bord du chemin des professeurs menacés, démoralisés, démobilisés et parfois sévèrement déprimés sans compter des élèves déboussolés pour lesquels les repères volent en éclats.

C'est à la fois inadmissible et dangereux.

J'accuse l'Éducation nationale d'avoir laissé pénétrer dans les collèges et les lycées de notre pays la violence et dans certains d'entre eux la contestation des contenus pédagogiques pour des motifs qui bafouent la neutralité de l'enseignement.

Aujourd'hui au pays de Jules Ferry et de Ferdinand Buisson des milliers d'enseignants du secteur public se trouvent seuls et quasiment sans recours face à la violence et aux provocations de petits trublions qui contestent leur autorité pour des raisons diverses et ne se plient pas aux règles de comportement usuelles pour des motifs à connotation religieuse.

Combien d'enseignants sont victimes d'agressions verbales ou physiques, combien sont marqués par ces expériences qui finissent par avoir raison de leur équilibre ?

Quelle est la réaction institutionnelle et le soutien dont bénéficient ces enseignants ?

Hélas par un effet de système toutes les agressions ne sont pas signalées. Les professeurs eux même n'en parlent pas de peur d'être jugés comme des enseignants qui ne savent pas tenir leur classe ; les chefs d'établissement ne souhaitent pas ternir la réputation de leur collège ou de leur lycée et les autorités académiques se protègent.

Tout cela produit un climat dont pâtissent les professeurs mais également l'ensemble des élèves.

Car au fond que doit garantir l'Éducation Nationale ?

Un enseignement qui permet à chacun d'acquérir toutes les connaissances nécessaires à la vie d'adulte. Cette acquisition ne peut être optimale que dans un contexte apaisé et serein exempt de violences et de tensions diverses.

La réalité est que chacun se débrouille comme il peut et que dans beaucoup d'établissements du secondaire la violence et les tensions sont quotidiennes.

Les élèves sont agressifs et certains parents le sont également.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Parce que l'école est le reflet de notre société et que nous avons perdu de vue l'essentiel : la transmission. Transmission des valeurs partagées, du savoir, de la connaissance mais également du savoir être dans laquelle l'Éducation nationale a un rôle important. Celui de donner à chacun toutes les bases et le niveau de réflexion qui lui permettront de raisonner et d'aborder la vie active dans les meilleures conditions possibles.

Le système a failli avec la complicité de certains parents.

Par négligence, par lâcheté, par confort, par peur de la stigmatisation et parfois par idéologie.

Or l'avenir de notre pays repose sur la jeunesse et la manière dont on leur fournit les atouts pour affronter la complexité du monde moderne.

Il est de notre responsabilité collective de remettre les choses à l'endroit et de rétablir un climat apaisé dans tous les lieux d'enseignement.

C'est une priorité absolue dont nos gouvernants ne semblent pas avoir pris conscience tellement les considérations immédiates prennent le pas sur les enjeux d'avenir.

Il ne s'agit pas ici de programmes ou de réformes scolaires mais de climat interne donnant aux collèges et aux lycées le calme et la sérénité nécessaires afin que les enseignants puissent accomplir leur mission importante dans les meilleures conditions.

Comment faire ?

Cela nécessite une réelle prise de conscience de chacun des acteurs et un partage d'informations afin que tous les incidents soient connus et suivis d'une réponse immédiate en fonction de leur gravité. Cette réponse comprend un accompagnement des enseignants et surtout des décisions prises localement par les chefs d'établissement conseillés par des personnels expérimentés en lien avec les élus locaux, les familles et parfois l'autorité judiciaire si nécessaire.

Pour y parvenir deux préalables sont essentiels : la formation des enseignants à la gestion des situations conflictuelles et l'instauration d'une autorité formelle confiée aux chefs d'établissements.

Pour le traitement de cette violence scolaire des moyens existent déjà avec les équipes mobiles de sécurité qui ont un rôle central ; or elles ont été marginalisées et sous-employées depuis leur mise en œuvre en 2009. Ces moyens doivent être complétés et faire l'objet d'un plan national de normalisation des établissements scolaires avec une bienveillante fermeté.

C'est à ce prix, grâce à une vision claire des objectifs à atteindre que l'école de la République redeviendra le havre de paix qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être.

Courage, pugnacité et pragmatisme sont la clef du succès.

Victor Hugo disait : "Les maîtres d'école sont des jardiniers en intelligences humaines."

Image forte et vraie à condition que les jardins soient exempts de rochers et de ronciers.

18/04/2021 - Toute reproduction interdite


Une élève du secondaire entre dans une salle de classe de l'école du Collège Jules Valles lors de sa réouverture à Saint-Leu-d'Esserent, le 1er septembre 2020.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Fild Fildmedia

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