Benjamin Sire est compositeur, producteur de musique* et journaliste. Il est également membre du Conseil d'Administration du Printemps Républicain, qui entend lutter contre « l'extrême droite comme l'islamisme politique ».  Entre engagement politique et combat intellectuel, cet humaniste et universaliste dont la pensée s’inscrit dans les pas de Camus, nous livre ses réflexions sur sa vision de la politique, du communautarisme et sur la place des artistes dans la société française.

Entretien conduit par Marie Corcelle

 

Fild : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager en politique auprès du Printemps Républicain ?

Benjamin Sire : J'ai la politique et l'Histoire dans le sang depuis toujours, et un récit familial marqué par les conséquences de la Seconde guerre mondiale et du nazisme qui pouvaient difficilement me faire passer à côté d'une forme d'engagement. Le Printemps Républicain est la suite logique de ma participation à la courte aventure de la Gauche Populaire il y a une dizaine d'années, déjà impulsée par mon ami Laurent Bouvet.
Mon combat est simple : il s'appuie depuis toujours sur la défense de l'humanisme, de l'universalisme, du refus des tentations totalitaires et des extrêmes, d'où qu'ils viennent.
Il repose aussi sur la promotion d'un État qui assumerait totalement ses missions régaliennes et de protection des plus faibles, tout en essayant de réduire son périmètre d'intervention. Je considère qu'il veut régir trop de choses qui ne devraient pas dépendre de lui.
Ma vision mélange une certaine dose de libéralisme, de valeurs républicaines et de social, dans des proportions qui restent à déterminer. Je lutte en faveur de la promotion d'une société qui proposerait à tous un horizon ne s'appuyant pas sur la multiplicité des identités, mais qui permettrait à chacune d'entre-elles de se fondre dans un ensemble singulier. Et c'est assez proche de ce que nous tentons de défendre avec le printemps Républicain.


Fild : Quelle est la portée de l’universalisme dans une France menacée par les communautarismes en tout genre ?

Benjamin Sire : À partir du moment où l'universalisme est menacé par le différentialisme - qui est son opposé - et l'ère identitaire, cela signifie que sa portée se réduit. Et c'est logique dans un monde dont les logiciels culturels et intellectuels sont dominés par le modèle anglo-saxon qui a largement profité de la globalisation pour s'imposer partout. La France tente de résister malgré l'adversité, parce qu'elle est le berceau de cet universalisme. Je reste persuadé que l'idée d'indivisibilité républicaine et celle voulant que les citoyens soient tous égaux en droit sont indépassables et n'ont pas d'équivalents en termes de vertu, notamment pour lutter contre le racisme. Le problème des injustices et des inégalités qui parcourent notre société ne sont pas, contrairement à la petite musique que susurrent certains, le fait de l'universalisme, mais, à l'inverse, de l'application trop imparfaite de celui-ci.

Fild : Quelles sont les figures qui incarnent à vos yeux la pensée française aujourd’hui ?

Benjamin Sire : Je ne veux pas faire du Macron en disant qu'il n'existe pas de culture française, parce que je suis persuadé du contraire. Cette culture dépasse de loin les bornes à l'intérieur desquelles les identitaires de droite tentent de l'enfermer. Aujourd'hui, quel sens peut-on donner à une pensée nationale dans un monde où, d'un pays à l'autre, les repères culturels ont tendance à se brouiller et à se ressembler ? Je pourrais tenter une pirouette, en proposant les auteurs qui se revendiquent de l'universalisme. Le seul souci est que ceux-ci ou celles-ci ne sont pas exclusivement Français. Y-a-t-il aujourd'hui un corpus de pensée spécifiquement français qui se dégage et qui soit ainsi identifiable ? J'en doute, et sûrement d'autres vous diront le contraire. Et ce sera très bien ainsi, non ?

Fild : Pourquoi avez-vous une affection particulière pour Gary, Zweig, Camus, Arendt ? En quoi sont-ils des sources d’inspiration en matière de pensée politique ?

Benjamin Sire : Nous avons tous des histoires personnelles avec les auteurs qui nous ont marqués.. Gary et Zweig sont un peu des pères spirituels, tandis que Camus est davantage un maître à penser et un modèle en termes de justesse et de précision des mots choisis. Quant à Hannah Arendt, c'est un peu un guide de survie en période trouble. Mais il y a un fil évident entre toutes et tous qui se rapporte à l'humanisme, à l'universalisme et surtout à la raison, à une recherche de mesure et d'équilibre, et qui, comme le dit parfois Raphaël Enthoven, serait plutôt révolutionnaire à l’heure ou les radicalités et les pensées binaires sont le lot commun à l'ère de Twitter et de ses 280 signes.
Toutefois, l'importance de ces références ne sont pas à exagérer dans mon parcours. Je le répète souvent, je ne suis vraiment pas un intellectuel : j'ai une culture limitée, un parcours universitaire assez maigre et je ne lis pas assez, hélas. J'ai en revanche un instinct qui me permets parfois d'analyser les situations avec un peu de hauteur, quand certains, au bagage bien supérieur au mien, regardent les choses par le petit bout de la lorgnette.

Fild : Vous avez été très critique quant à la dernière cérémonie des Césars. Quel est l’état de la Culture en France ?

Benjamin Sire : On assiste à quelque chose de classique avec la volonté de nombres d'artistes, - on l'a déjà vu en 1968 - de toujours suivre la vague du présumé progressisme du moment, sans forcément en interroger le bien fondé. C'est assez paradoxal en vérité, parce que les artistes censés représenter l'avant garde, en termes d'idées comme de comportements, sont souvent en réalité très moutonniers et cherchent à se faire bien voir pour se payer une bonne conscience à peu de frais et ne pas nuire à leur carrière, tout en mettant leur engagement en valeur. Il y a plus ou moins de sincérité en fonction des personnes. Plus ou moins de grotesque aussi, notamment quand des acteurs ou des actrices parmi les plus riches font parler leur fibre révolutionnaire entre deux pubs pour Chanel ou Dior, ou quand ils s'emparent de sujets nécessitant une véritable expertise, dont ils sont totalement exempts. On observe le même phénomène grotesque quand Assa Traoré fait déraper son petit business identitaire, voulant dénoncer le racisme et le capitalisme, tout en s'associant à Louboutin, sur le modèle de la « marxiste » Patrisse Cullors, cofondatrice du Black Lives Matter , qui s'est acheté une maison de luxe dans un quartier blanc de Los Angeles. C'est un peu différent concernant Corinne Masiero, dont je ne partage pas les idées, mais dont l'engagement est authentique et de longue date, et se fonde sur une expérience de vie très dure. Cette soirée a touché le fond en termes de vulgarité, de volonté de coller à la société du spectacle, du paraître et du buzz. On a l'impression que le milieu de la culture lui-même célèbre l'inculture...

* Son prochain album sera disponible à la rentrée Fa-Tality, le single clipé de son nouvel album, Electronica Cinematic, sortira le 9 juillet 2021,

24/06/2021 - Toute reproduction interdite


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