SOS Chrétien d’Orient est une association humanitaire créée par des jeunes catholiques français pour venir en aide aux populations chrétiennes du Proche-Orient. Elle est présente dans plusieurs pays : Syrie, Liban, Irak, Jordanie, Egypte, Arménie, Ethiopie et Pakistan. Entretien avec son Directeur Général, Benjamin Blanchard.

                                                 Entretien conduit par Emmanuel de Gestas

Fild : Quel est l’objet de votre association ?

Benjamin Blanchard : Nous avons créé SOS Chrétiens d’Orient en 2013 pour aider les chrétiens du Proche-Orient à rester chez eux malgré les circonstances difficiles, afin qu’ils n’aient pas pour seul choix l’émigration forcée.

Fild : Vous avez récemment fait l’objet d’attaques très violentes dans une enquête de Médiapart. Pourquoi s’en prendre à une association humanitaire ? Que vous reproche le média d’Edwy Plenel ?

Benjamin Blanchard : Il faudrait le leur demander. Il faut tout de même se souvenir que pendant la guerre du Liban, Edwy Plenel soutenait l’occupation syrienne contre laquelle se battaient les chrétiens libanais. Il est ironique que, trente ans après, il nous reproche de travailler en Syrie, au motif que nous serions partisans du gouvernement syrien, dirigé par Bachar el-Assad, fils du précédent. Il faut cependant préciser que si l’attaque était violente, ses coups n’ont pas porté. Cet article, plus militant que journalistique, n’a absolument pas été relayé, sûrement du fait de son indigence et de son évidente malhonnêteté !

Fild : Vous avez ouvert il y a environ un mois une mission permanente en Arménie. Quelle est la situation humanitaire sur place suite au conflit contre l’Azerbaïdjan ?

Benjamin Blanchard : Sur les plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabagh qui ont été déplacés à cause du conflit, seulement 20 000 sont retournés dans leur région - tous ne retrouvant pas leur maison détruite ou passée entre les mains de l’Azerbaïdjan-. Cette guerre a abouti à une situation très douloureuse pour les Arméniens, qui voient l’Artsakh amputé d’une grande partie de ses territoires et relié à l’Arménie par un unique corridor, contrôlé par l’armée russe. SOS Chrétiens d’Orient s’est portée au secours des populations civiles déplacées dès le début du conflit, et amplifie son action chaque jour. Nous avons ouvert deux missions, l’une à Erevan, l’autre à Goris aux portes de l’Artsakh, et une équipe de 14 volontaires est présente sur place. Ils effectuent essentiellement des donations d’urgence (nourriture, vêtements, couvertures…), et le temps de la reconstruction s’annonce déjà.

Fild : Plus globalement, quelles sont les perspectives d’avenir pour les minorités chrétiennes d’Orient ?

Benjamin Blanchard : Ce ne sont pas toutes des minorités. En Arménie, il s’agit de la totalité de la population, et d’une large majorité en Éthiopie. Au Liban une majorité, relative certes, mais une majorité tout de même. En Égypte les chrétiens sont aussi très nombreux. Les cas sont très différents selon les pays. En Irak, les chrétiens représentent une infime minorité, en Palestine aussi, en Jordanie idem. Cependant, si la situation reste très instable, il y a une petite amélioration depuis la défaite de Daesh et un début de pacification de la zone syro-irakienne. Avec la crise économique, politique et bancaire au Liban, amplifiée par la crise sanitaire, avec la guerre en Arménie ou avec la Turquie qui continue de faire feu de tout bois, avec peut-être Chypre ensuite, nous sommes toutefois entrés dans une nouvelle période de turbulences qui est loin d’être achevée. La stabilisation de la région est derrière nous, et il est loin le temps où l’on pouvait franchir les frontières en voiture sans aucun problème, ce qui est d’ailleurs un bon indicateur de la stabilité d’une zone.

Fild : Quel bilan tirez-vous de l’année 2020 pour SOS Chrétiens d’Orient ?

Benjamin Blanchard : Cela a été une année extrêmement difficile. Tout d’abord avec l’enlèvement de quatre de nos collaborateurs en Irak (ils sont libérés le 26 mars 2020, NDLR). Ensuite il y a eu le confinement, non seulement en France mais aussi dans les pays où nous travaillons. Par conséquent, tous nos projets ont dû être arrêtés. Nous avons pu reprendre à la fin de l’été. Nous avons désormais beaucoup de travail, car la crise du nouveau coronavirus a amplifié la pauvreté dans beaucoup de pays, et nous devons donc revenir à de l’aide d’urgence, comme au début.

01/12/2020 - Toute reproduction interdite



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De Emmanuel de Gestas