Analyses | 13 décembre 2020

Beauvau de la sécurité : Une escroquerie pernicieuse

De Fild Fildmedia
4 min

Le Président de la République vient d'annoncer le Beauvau de la sécurité. Avec l'objectif de consolider le lien de confiance entre les forces de l'ordre et la population.  Pour le Général de corps d’armée Bertrand Soubelet (2S), vice-président du parti Objectif France, il s’agit d’une « escroquerie de plus » et d’une présentation pernicieuse de la réalité dont ce pouvoir a le secret.

Comment peut-on décemment, sans une arrière-pensée démagogique, imaginer des évolutions pour les forces de sécurité en s'appuyant sur un constat erroné ?

Chaque année depuis plus de 20 ans, un sondage annuel évalue l'image qu'ont les forces de sécurité, police, gendarmerie et armées. Cette image est positive à plus de 70%, voire à près de 80% selon les années.

On peut imaginer que ces deux dernières années, cette image ait pu se dégrader en raison des circonstances particulières créées par différentes crises qui ont affecté notre pays : gilets jaunes et crise sanitaire principalement.

Mais personne aujourd'hui n'est sérieusement en capacité d'apprécier avec précision la nature et l'importance de cette dégradation.

Certes, le dernier sondage sur lequel s'appuie le ministre de l'intérieur révèle une baisse de confiance, qui n'est pas pour autant un constat formellement établi.

On ne gouverne pas au gré des sondages.

Ces réactions permanentes du gouvernement au gré de l'émotion générée par des événements provoqués par des associations mal intentionnées et des manifestations noyautées par des professionnels de la violence sont incohérentes. Elles n'obéissent à aucune logique et à aucune politique sérieuse de sécurité visant à protéger les Français.

La question de fond : Qui a mis les forces de sécurité en situation difficile ?

Depuis de nombreuses années, bien avant ce gouvernement, le pouvoir politique a mis les forces de sécurité dans l'impasse. En ne donnant pas les moyens de fonctionner à la Justice, à la police et à la gendarmerie nationale, en votant des réformes de la procédure pénale, en complexifiant la tâche des acteurs de terrain, le pouvoir politique a permis à la délinquance de prospérer malgré ses efforts pour dissimuler la réalité en communiquant abusivement sur les chiffres.

La responsabilité de la dégradation du niveau de sécurité de notre pays n'est pas imputable aux magistrats, aux policiers et aux gendarmes mais aux gouvernements successifs qui n'ont pas impulsé une politique volontariste en leur donnant les moyens matériels et juridiques de combattre la délinquance, l'immigration et la fraude.

Pire : lorsque les moyens baissaient, les décisions de baisses d'effectifs intervenaient et des diminutions de budget étaient actées alors que la pression sur les acteurs de terrain augmentait. L'exigence d'efficacité vis à vis des acteurs de terrain était de fait proportionnelle à la lâcheté des mesures prises au mépris de la sécurité des Français.

En réalité, le lien de confiance détruit n'est pas celui entre les forces de sécurité et les Français. La perte de confiance est double : entre les Français et les gouvernants d'une part et entre les policiers, les gendarmes et l'exécutif d'autre part.

La perversion est d'avoir fait jouer un mauvais rôle, inutilement répressif, aux forces de sécurité ces deux dernières années, et d'en faire porter la responsabilité aux acteurs de terrain en les montrant désormais du doigt.

Tout cela est un enchaînement de fautes impardonnables et lourdes de conséquences pour la cohésion de notre société.

Il y a urgence à agir, commente le Président de la République.

Mais qui porte la responsabilité de cette urgence ? Les décisions erratiques et parfois l'absence de décisions qui ont placé les forces de sécurité dans les situations complexes sur le terrain.

Si l'urgence provient des images de violence diffusées et largement commentées par les médias et des scènes qualifiées de violences policières, il faut admettre que ces situations ont été tout dernièrement provoquées par une gestion désastreuse du processus législatif de la loi sur la sécurité globale.

Si l'urgence provient de la nature des chantiers à traiter, on peut dire que c'est vraiment se moquer à la fois des forces de sécurité et des Français, car l'ensemble des questions à traiter ne datent pas d'aujourd'hui.

L'urgence n'est que le résultat de l'attentisme et du manque de courage à affronter la réalité.

Le Président de la République accentue l'urgence en allumant des incendies dans ses déclarations sur les contrôles au faciès. On ne peut pas souffler le chaud et le froid avec des femmes et des hommes qui exposent leur vie chaque jour en raison des cibles qu'ils constituent sur la voie publique.

La parole a un sens et celle du Chef de l'État tout particulièrement.

Dans la même logique théâtrale que le grand débat à l'issue de la crise de gilets jaunes, le "Beauvau de la sécurité" est destiné à essayer d'éteindre l'incendie. C'est une vieille recette éculée qui ne débouchera que sur des décisions qui auraient dû être prises depuis des années. Elles sont d'ailleurs probablement contenues dans les 200 mesures du livre blanc sur la sécurité intérieure.

C'est l'illustration que dans notre pays on parle beaucoup et on agit peu.

Les professionnels de la politique qui nous amènent dans le mur depuis des décennies seraient bien inspirés de lire les maximes du cardinal de Richelieu : " il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d'un État".

Le pouvoir d'aujourd'hui, malgré ses mises en scène, fait exactement le contraire.

Décidément, cet exécutif se fourvoie en permanence dans ses analyses et dans la méthode. Le Gouvernement est aux abois car rien de solide et de pérenne ne peut s'envisager en faisant porter ses propres déficiences sur celles et ceux que l'on commande.

Les forces de sécurité ont besoin d'être soutenues et de se sentir en confiance sans aucune restriction. À cet égard, le Beauvau de la sécurité ne résoudra rien et sonne le glas d'un pouvoir apprenti sorcier qui n'a plus la confiance des policiers, des gendarmes et des Français.

11/12/2020 - Toute reproduction interdite


Un policier lit un message lors du démantèlement d'un campement de gilets jaunes sur un îlot de circulation près de l'autoroute A2 Paris-Bruxelles à Fontaine-Notre-Dame, 14 décembre 2018
Pascal Rossignol/Reuters
De Fild Fildmedia

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