Le maire LR de Châlon sur Saône Gilles Platret a déclenché un tollé de réactions offusquées en évoquant « une espèce d'épuration ethnique » dans certains quartiers de France. Les mêmes termes avaient pourtant été employés dans une tribune signée en 2018 par plus de 250  personnalités de tous bords (1). Trois ans après, le problème dans les banlieues concernées reste identique, voire pire. Mais il est de toute évidence toujours plus difficile de désigner cette réalité. Comment combattre le mal sans pouvoir exprimer un diagnostic ?

Entretien conduit par Francis Mateo

Fild : Est-ce que vous vous attendiez à l'ampleur des réactions après vos propos sur « une espèce d'épuration ethnique » dans certains quartiers de nos villes ?

Gilles Platret : Oui et non. J'étais invité chez Jean-Marc Morandini en tant que maire au contact des tensions sur le terrain, et nous évoquions l'agression d'un couple à Lyon. C'est dans ce contexte que j'ai employé l'expression « d'épuration ethnique », qui me paraît conforme à la réalité. Bien évidemment, je ne fais référence ni au Kosovo, ni au génocide du Rwanda... Mais ces mots désignent une violence et des intimidations exercées par un groupe ethnique solidaire autour d'un certain islam. Et il y a d'ailleurs des musulmans parmi les victimes de cette situation, même si ce sont souvent des populations d'origine européenne qui en font les frais, qui doivent quitter un quartier où elles sont parfois installées depuis des décennies à cause de ces pressions. J'ai d'ailleurs reçu de nombreux témoignages de soutien de la part de personnes qui subissent cette réalité.

Fild : Comment avez-vous réagi au « total désaccord » de Damien Abad, le patron de votre parti à l'Assemblée Nationale ?

Gilles Platret : Je pense que la forme n'était pas bien choisie, car cette riposte par médias interposés donne le sentiment de se taper dessus, alors qu'un coup de fil aurait permis de s'expliquer entre amis politiques. Mais ce n'est finalement qu'une réaction isolée et d'une certaine manière attendue : Damien Abad est un peu le gardien de la vertu centriste au sein des Républicains, et il s'agite dès que l'on commence à affirmer des convictions plus clairement de droite, comme c'est ici le cas. Pour autant, je ne perçois pas un mouvement de rejet de ce que j'ai dit par mon propre parti. Il y a même beaucoup d'élus de terrain qui me rejoignent.

Fild : Quelle est, concrètement, cette réalité que vous dénoncez ?

Gilles Platret : J'ai un exemple très précis à Châlon sur Saône, où nous avons reçu il y a quelques années, une famille arménienne chrétienne de réfugiés politiques. Les membres de cette famille ont été harcelés et menacés par des musulmans dans leur quartier d'habitat social. Je ne dis pas que « tout » le quartier les maltraitaient, mais une partie des musulmans leur rendaient la vie impossible. Jusqu'à ce que ces réfugiés soient obligés de déménager pour fuir ce harcèlement. Comme cela arrive à un grand nombre de « natifs », pour employer un terme de démographe.

« Si tu n'es pas d'origine maghrébine ou subsaharienne, tu quittes le quartier »

Fild : Quel est le profil de ces musulmans qui exercent ce harcèlement ?

Gilles Platret : Ce sont des jeunes essentiellement, très virulents, qui occupent un territoire et veulent le tenir. Ils peuvent aussi bien s'en prendre à des grands-mères dans un bus qu'à des femmes seules qui sortent trop tard à leur goût ou ne s'habillent pas comme ils voudraient. Avec des insultes, des menaces, voire des agressions physiques. Ce sont des jeunes qui ne sont pas forcément rattachés à des groupes organisés, même si les islamistes profitent bien évidemment de cette situation pour asseoir leur emprise sur des territoires qui deviennent mono-ethniques. Je pense qu'on est simplement dans l'expression la plus vive d'une pratique rigoriste de l'islam. Avec un message simpliste : « Si tu n'es pas d'origine maghrébine ou subsaharienne, tu quittes le quartier ». C'est un message qui s'appuie évidemment sur la vision de l'islam la plus rigide, et qui exclut aussi des musulmans qui n'y adhèrent pas.

Fild : Est-ce que le débat autour de vos propos révèle une difficulté à nommer certains problèmes ?

Gilles Platret : C'est un mal français : depuis quarante ans, nous sommes incapables de mettre des mots sur des réalités, ou alors avec un langage édulcoré. C'est-à-dire en décalage complet avec une réalité violemment vécue par nos concitoyens. Cette incapacité à nommer les choses est liée à la peur d'être accusé de racisme ou d'islamophobie. C'est ce qui m'est d'ailleurs arrivé en 2015, quand j'ai décidé de supprimer les plats de substitution au porc dans les cantines scolaires. Je savais très bien que j'allais me mettre à dos une partie de la communauté musulmane, mais je l'ai fait parce que cela me semble conforme à mes convictions républicaines de ne pas catégoriser les familles selon leurs croyances religieuses. Je ne veux pas avoir des gamins qui mangent à des tables séparées selon leurs confessions, et c'est ce qui risquait de se passer à la cantine : que les petits musulmans soient rassemblés pour les besoins du service sous prétexte qu'ils ne mangent pas la même chose que les autres. Pour moi, cette ségrégation est inadmissible. J'ai toujours agi selon mes convictions, que cela plaise ou non, parce que derrière tout cela, il y a simplement des gens qui souffrent et nous n'avons pas le droit d'abandonner cette population.

Fild : Quelles sont les solutions face au phénomène d'exclusion dans les quartiers ?

Gilles Platret : Il faut dépolitiser cette affaire, en décrivant d'abord la réalité qu'on a sous les yeux. Si on arrive à dire cela, nous aurons déjà une prise de conscience qui nous amènera vers des solutions. Et les solutions sont « civilisationnelles », pour éviter que s'impose une loi différente à celle de la République sur un territoire. Pour cela, nous devons refuser d'avoir des quartiers qui soient ethniquement homogènes, mais où il y a de la mixité. Je crois que la gauche et la droite peuvent d'ailleurs se rejoindre dans cet objectif. Encore faut-il avoir conscience qu'on est en train de tuer les derniers foyers de mixité qui existent encore dans certaines villes. Et surtout, ne pas être effrayé par les mots qui décrivent ce mal. Si on ne fait pas le bon diagnostic, on ne trouvera jamais la solution.

(1) Le texte rédigé par Philippe Val dénonçait « une épuration ethnique à bas bruit au pays d'Emile Zola et de Clemenceau » sur la situation de l’antisémitisme en France

12/10/2021 - Toute reproduction interdite


Des jeunes cagoulés portant des bâtons marchent devant une voiture en feu à l'extérieur d'une cité HLM là Villiers le Bel, le 26 novembre 2007.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Francis Mateo